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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203725

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203725

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203725
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantSOULARUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 12 mai 2022, 21 août 2023 et 4 avril 2024, M. A B, représenté par Me Soularue, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 4 636,46 euros assortie des intérêts au taux légal à compter de sa réclamation indemnitaire en date du 9 septembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au profit de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 13 euros au titre du droit de plaidoirie en application des dispositions des articles L.723-3 et R. 723-26-1 et 2 du code de la sécurité sociale.

Il soutient que :

- la présence de la grille à l'origine de son accident révèle un défaut d'entretien normal de la chaussée ;

- un devis des travaux à effectuer sur son véhicule, sous réserve démontage et sous réserve du contrôle des trains, a chiffré le coût desdits travaux à hauteur de 2967,46 euros ;

- il a subi un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence à hauteur de 1000 euros;

- il a dû continuer à régler inutilement 636,46 euros d'assurance de son véhicule correspondant à la période de mai 2020 à avril 2021.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 octobre 2022, 27 septembre 2023 et 7 mars 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- la responsabilité de l'État en matière de défaut d'entretien de la voirie routière ne peut être retenue ;

- M. B roulait à une vitesse excessive et a de ce fait commis une faute de nature à exonérer la collectivité de sa responsabilité.

Par une décision du 13 octobre 2021, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Un mémoire en défense du préfet de l'Essonne a été enregistré le 25 avril 2024 et non communiqué.

L'affaire, qui relève du 10° de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rivet,

- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public,

- et les observations de Me Soularue, représentant M. B présent.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 mai 2020, alors qu'il circulait sur l'A6 en direction de Paris, M. A B a été victime à 00h40 d'un accident suite au choc dû à la présence d'une grille métallique sur la chaussée au milieu de la route proche de la sortie 6 Savigny. Le 26 mai 2020, son assureur, la MACIF, a saisi la direction régionale et interdépartementale des routes d'Ile de France (DIRIF) d'une demande indemnitaire d'un montant de 551,73 euros correspondant au montant, établi à titre conservatoire, des réparations nécessaires du véhicule du requérant. Par un courrier du 29 décembre 2020, la DIRIF a rejeté cette demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à l'indemniser de ces différents préjudices et de lui verser la somme de 4 636,46 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit de l'absence de défaut d'entretien normal, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. Il résulte de l'instruction que l'accident de voiture dont M. B a été victime est dû à la présence sur la voie d'une grille métallique, qui par ses dimensions et sa dangerosité constitue un obstacle et un risque inhabituels excédant ceux auxquels doivent normalement s'attendre les usagers de la voie routière. Toutefois, même si le lien de causalité est établi, il résulte de l'instruction et notamment des pièces produites par l'administration et notamment des fiches de patrouillages des 29 avril et 4 mai 2020 qu'une tournée 48 heures avant l'accident a eu lieu et des relevés d'intervention du 1er mai 2020 que ses services sont intervenus à plusieurs reprises ce même jour pour ramassages d'objets. Ainsi, ces éléments permettent d'établir que la grille métallique, à l'origine du dommage, n'a pu apparaitre que peu de temps avant l'accident de M. B. Dans ces conditions, l'administration apporte la preuve qui lui incombe de l'entretien normal de la voie. Les conclusions indemnitaires de M. B ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. B doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

5. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

6. D'autre part, le droit de plaidoirie institué par l'article L. 723-2 du code de la sécurité sociale entrant dans les sommes susceptibles d'être prises en compte au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, les conclusions distinctes présentées par le requérant tendant à ce que ce droit soit mis à la charge de la commune doivent être rejetées par les mêmes motifs.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Essonne et à Me Soularue.

Délibéré après l'audience du 29 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 30 avril 2024.

La rapporteure,

signé

S. Rivet

La présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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