vendredi 6 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2203726 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Magistrat Crandal |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 12 mai et 24 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal l'annulation du titre de recettes du 8 novembre 2021, notifié le 28 avril 2022, émis par le président du conseil départemental des Yvelines ayant pour objet un indu de revenu de solidarité active de 8 857,44 euros pour la période du 1er janvier 2018 au 30 septembre 2020. Il demande également au tribunal de le décharger de cet indu et de mettre à la charge du conseil départemental des Yvelines la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à défaut de production d'une copie du bordereau titre dûment signé, la décision méconnait les dispositions de l'article L.1617-5 du code général des collectivités territoriales ;
- la motivation de ce titre est sibylline ;
- l'indu n'est pas fondé car il n'a pas bénéficié de revenus qu'il n'aurait pas déclarés mais de virements bancaires d'une agence immobilière pour la prise en charge d'un prêt immobilier dont la caisse d'allocations familiales avait été informée ;
- il n'a pas bénéficié de l'information requise de la part de la caisse d'allocations familiales et invoque son droit à l'erreur.
Par un mémoire enregistré le 7 octobre 2022, le président du conseil départemental des Yvelines conclut au rejet
Il soutient que :
- le bordereau du titre de recettes est signé et qu'il peut justifier de la délégation de sa signature ;
- le titre de recettes est régulièrement motivé et que le requérant avait connaissance de tous ses éléments ;
- la caisse est fondée à considérer comme revenus des sommes qui en aucun cas n'ont pu être justifiées par le requérant qui notamment n'a pu établir l'existence de ce prêt immobilier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des collectivités territoriales ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Crandal, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative selon la procédure prévue par cet article.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R.772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Bénéficiaire du revenu de solidarité active, M. A C a adressé toutes ses déclarations trimestrielles de ressources en indiquant ne percevoir aucune ressource pour la période de mai 2018 à avril 2020. Son dossier a fait l'objet d'une vérification par les services de la caisse d'allocations familiales des Yvelines qui ont conclu dans un rapport du 5 décembre 2020 que n'avaient pas été déclarés des montants de revenus de 6 598 euros en 2018, de 2 526 euros en 2019 et de 3 576 euros en 2020. Un courrier du 5 janvier 2021 a informé M. C de la modification de ses droits au revenu de solidarité active à compter du 1er janvier 2018 et de ce qu'un indu de 8 857,44 euros était mis à sa charge. Le 29 janvier 2021 il a été informé de la fin de son droit au revenu de solidarité active. Le 15 février 2021, M. C a introduit un recours administratif préalable obligatoire auprès du président du conseil départemental des Yvelines pour contester le bien-fondé de l'indu mis à sa charge et pour en demander à titre subsidiaire, la remise gracieuse. Le 30 juillet 2021, le conseil départemental a informé le requérant de la cession de la créance de la caisse d'allocations familiales. Ce recours et cette demande de remise ont fait l'objet d'une décision de rejet du 6 septembre 2021. Le 22 avril 2022 a été notifié à M. C l'avis des sommes à payer n°2021-1352 émis par le département des Yvelines, le 8 novembre 2021, ayant pour objet l'indu de RSA CAF7536957 pour la période du 01/01/2018 à 30/09/2020 d'un montant de 8 857,44 euros. Par sa requête, M. C fait opposition à ce titre de recettes et demande à être déchargé de l'indu mis à sa charge.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'indu de revenu de solidarité active :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L.262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / () ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer. " Enfin, aux termes de l'article R.262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
3. Il résulte de l'instruction et notamment de l'enquête de l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales des Yvelines que M. C n'a pas porté dans les déclarations de ressources effectuées auprès de la caisse d'allocations familiales des sommes constituant des virements sur son compte bancaire au titre des années 2018 à 2020. M. C demande la décharge de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge en contestant les conclusions du contrôleur assermenté de la caisse d'allocations familiales qui se serait mépris en qualifiant de revenus les virements bancaires effectués par l'agence immobilière COMIMOB Gestion. S'il soutient qu'il s'agirait d'écritures comptables pour la prise en charge d'un prêt immobilier destiné à financer un bien immeuble qu'il met en location, il produit un tableau d'amortissement d'un prêt immobilier contracté en 2006 et les documents de compte-rendu de gestion du cabinet immobilier COMIMOB Gestion établis pour la seule année 2020. Les montants de revenus retracés comme revenus non déclarés par l'agent de contrôle de la caisse d'allocations familiales correspondent aux montants versés par l'agence immobilière chargée de la gestion du bien immobilier de M. C pour la seule période du premier trimestre 2020. M. C soutient qu'il ne s'agit pas de revenus dès lors qu'il doit rembourser le prêt bancaire contracté en 2006 pour l'acquisition de ce bien et acquitter sa participation aux diverses charges de co-propriété de cet immeuble. Toutefois, d'une part il n'établit pas avoir déclaré ce bien et les revenus qu'il lui procure à la caisse d'allocations familiales et d'autre part s'il soutient que les revenus identifiés par l'agent de contrôle comme provenant de l'agence de transfert de devises UKFOREX sont destinés à payer des charges de copropriété de cet immeuble, il ne produit à l'appui de son allégation aucune preuve. Il suit de là que les conclusions à fin de décharge de l'indu de revenu de solidarité active mis la charge de M. C pour la période de janvier 2018 à septembre 2020 ne peuvent qu'être rejetées.
4. En second lieu, aux termes d'une part de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou fraude () ".
5. Pour se prévaloir des dispositions citées ci-dessus, M. C soutient avoir avisé la caisse d'allocations familiales des Yvelines du prêt immobilier qu'il invoque et de ce qu'il qualifie d'écritures comptables et que dès lors, il revenait à cette caisse de l'informer avant de le sanctionner. S'il soutient ne jamais avoir reçu les convocations aux rendez-vous de la caisse d'allocations familiales, il s'abstient de produire tout justificatif établissant qu'il aurait cherché à informer les services de la caisse d'allocations familiales de sa situation patrimoniale. En tout état de cause, ce moyen sera écarté comme étant sans incidence sur la récupération de l'indu en litige dès lors, d'une part, que cette récupération ne constitue pas une sanction et, d'autre part, que les prestations en cause ne lui étaient pas dues.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'a pas déclaré les revenus qu'il a perçus au titre des années 2018 à 2020. Dès lors, il n'est pas fondé à contester le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge par le président du conseil départemental des Yvelines.
Sur les conclusions à fin d'annulation du titre de recettes :
7. D'une part, aux termes du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. / " () En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. () ".
8. Aux termes, d'autre part, du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci()Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration. ".
9. Il résulte des dispositions citées aux points 7 et 8, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 12 mai 2009 de simplification et de clarification du droit et d'allègement des procédures d'où les deux derniers alinéas sont issus, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les noms, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions citées au point 7, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
10. Il résulte de l'instruction que l'avis des sommes à payer n°2021-1352 comporte pour toute mention de nom, prénom et qualité de la personne l'ayant émis : " Pierre Bédier président du conseil départemental des Yvelines " conformément aux dispositions précitées de l'article L.1617-5 du code général des collectivités territoriales. Le conseil départemental des Yvelines a transmis au tribunal avec son mémoire en défense, un document du 20 septembre 2022 sous le timbre de DOCAPOSTE FAST à fin d'attester que : " le fichier dénommé PES 1202111101814334 XML contenant le bordereau n°2022 signé électroniquement par Véronique Chagny le 12 novembre 2021 a été télétransmis à Hélios le même jour ". Il résulte de ce qui précède que le bordereau prévu par l'article L.1617-5 du code général des collectivités territoriales ne comporte pas la signature de Pierre Bédier mentionné comme auteur du titre de recettes. Dans ces conditions, M. C est fondé à en demander l'annulation.
11. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'avis de sommes à payer n°2021-1352 émis par le département des Yvelines, le 8 novembre 2021, ayant pour objet l'indu de RSA CAF7536957 pour la période du 01/01/2018 à 30/09/2020 d'un montant de 8 857,44 euros doit être annulé.
12. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.
13. Pour les motifs exposés aux points 9 et 10 du présent jugement, l'annulation de l'avis de somme à payer n°2021-1352 émis par le département des Yvelines, le 8 novembre 2021, n'implique pas la décharge de la somme de 8 857,44 euros mise à la charge de M. C au titre de l'indu de revenu de solidarité active pour la période de janvier 2018 à septembre 2020.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y pas lieu de faire droit aux conclusions de M. C au titre des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'avis de sommes à payer n° 2021-1352 émis par le département des Yvelines, le 8 novembre 2021, dont l'objet est l'indu de RSA pour la période de janvier 2018 à septembre 2020 d'un montant de 8 857,44 euros est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. A C, au président du conseil départemental département des Yvelines, au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
signé
J-M. B
La greffière,
signé
B. Dalla Guarda
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2203726
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026