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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2203984

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2203984

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2203984
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7éme chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a rejeté la demande de la société Effistone, qui sollicitait le remboursement d’un crédit de TVA de 7 764 euros pour la période d’octobre à décembre 2021. Ce crédit portait sur des prestations facturées par l’association Junior CentraleSupélec avant l’immatriculation de la société. Le tribunal a jugé que les factures, bien que reprises par la société après son immatriculation, ne pouvaient ouvrir droit à déduction car elles avaient été émises au nom de la société en formation, dépourvue de personnalité juridique à cette date. La solution est fondée sur les articles 271 et 289 du code général des impôts, combinés aux articles 1842 et 1843 du code civil.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mai 2022, la société par actions simplifiée Effistone demande au tribunal le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée à concurrence d'une somme de 7764 euros au titre de la période du 4 octobre 2021 au 31 décembre 2021.

Elle soutient que :

- elle a droit au remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée grevant les services fournis par l'association Junior CentraleSupélec avant sa création, lorsqu'elle était en formation ; ces services ont été conclus au nom et pour le compte de la société Effistone en formation, dont les statuts ont précisé la reprise de ces contrats ; les factures ont été établies au nom de Effistone ;

- aucun texte ne prévoit de délai entre l'émission d'une facture au nom d'une société en formation et l'immatriculation de celle-ci.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Les parties ont été invitées, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des éléments ou des pièces en vue de compléter l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de commerce ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lutz, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiés à associé unique Effistone a été immatriculée le 4 octobre 2021 et a pour activité principale la conception et programmation de logiciels, applications informatiques, sites internet et plateformes en ligne, en lien avec l'activité de gestion immobilière. Elle a déposé pour la période d'octobre à décembre 2021 une déclaration annuelle de taxe sur la valeur ajoutée mentionnant une taxe déductible de 9 686 euros, correspondant notamment à des prestations de service facturées par l'association Junior CentraleSupélec. À défaut de taxe collectée, il en est résulté un crédit du même montant, dont elle a demandé le remboursement. Sa demande ayant été partiellement rejetée par décision du 19 avril 2022, la société Effistone doit être regardée comme demandant au tribunal de lui accorder ce remboursement, à concurrence d'une somme de 7 764 euros.

2. D'une part, aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. - 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. ( / Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () / IV. - La taxe déductible dont l'imputation n'a pu être opérée peut faire l'objet d'un remboursement dans les conditions, selon les modalités et dans les limites fixées par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de son article 289 : " Tout assujetti est tenu de s'assurer qu'une facture est émise, par lui-même, ou en son nom et pour son compte, par son client ou par un tiers : / a. Pour les livraisons de biens ou les prestations de services qu'il effectue pour un autre assujetti, ou pour une personne morale non assujettie, et qui ne sont pas exonérées en application des articles 261 à 261 E () Un décret en Conseil d'Etat fixe les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures. Ce décret détermine notamment les éléments d'identification des parties, les données concernant les biens livrés ou les services rendus et celles relatives à la détermination de la taxe sur la valeur ajoutée ". Enfin, aux termes de l'article 242 nonies A de l'annexe II de ce code : " I. - Les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures en application du II de l'article 289 du code général des impôts sont les suivantes : / 1° Le nom complet et l'adresse de l'assujetti et de son client() ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 1832 du code civil : " La société est instituée par deux ou plusieurs personnes qui conviennent par un contrat d'affecter à une entreprise commune des biens ou leur industrie en vue de partager le bénéfice ou de profiter de l'économie qui pourra en résulter. / Elle peut être instituée, dans les cas prévus par la loi, par l'acte de volonté d'une seule personne () ". Aux termes de l'article 1842 dudit code : " Les sociétés autres que les sociétés en participation () jouissent de la personnalité morale à compter de leur immatriculation. Jusqu'à l'immatriculation, les rapports entre les associés sont régis par le contrat de société et par les principes généraux du droit applicable aux contrats et obligations ". Aux termes de l'article 1843 du même code : " Les personnes qui ont agi au nom d'une société en formation avant qu'elle ait acquis la jouissance de la personnalité morale sont tenues des obligations nées des actes ainsi accomplis, avec solidarité si la société est commerciale, sans solidarité dans les autres cas. La société régulièrement immatriculée peut reprendre les engagements souscrits qui sont alors réputés avoir été dès l'origine contractés par celle-ci ". Aux termes de l'article L. 201-6 du code de commerce : " Les sociétés commerciales jouissent de la personnalité morale à dater de leur immatriculation au registre du commerce et des sociétés. () Les personnes qui ont agi au nom d'une société en formation avant qu'elle ait acquis la jouissance de la personnalité morale sont tenues solidairement et indéfiniment responsables des actes ainsi accomplis, à moins que la société, après avoir été régulièrement constituée et immatriculée, ne reprenne les engagements souscrits. Ces engagements sont alors réputés avoir été souscrits dès l'origine par la société ".

4. Il est constant que les statuts constitutifs de la société Effistone ont été signés par M. A B, son associé unique, le 1er octobre 2021, et que son immatriculation au registre du commerce et des sociétés est intervenue le 4 octobre 2021. L'état des engagements pris avant la signature des statuts et repris par la société, qui est annexé à ses statuts, mentionne la reprise d'une " convention avec la Junior Entreprise " Junior CentraleSupelec " et ses avenants ", concernant le développement d'une plate-forme informatique. Si les neuf factures au titre desquelles la société Effistone sollicite le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée concernent bien toutes des prestations réalisées pour le compte de Junior CentraleSupelec, il résulte toutefois de leurs mentions que celles-ci se rattachent à cinq avenants de quatre conventions différentes, sans qu'il soit possible d'identifier laquelle correspond à la convention que la société Effistone a entendu reprendre. En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, la société Effistone a été invitée à produire cette convention par courrier du 19 juin 2024, mais cette demande est restée sans réponse. Dans ces conditions, la société Effistone n'établit pas que les factures qu'elle a présentées se rattachent effectivement à l'engagement de reprise annexé à ses statuts. Il suit de là que la société Effistone ne peut être regardée comme ayant valablement repris les engagements dont sont nées les factures pour lesquelles elle demande le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée. Ses conclusions à fin de remboursement dudit crédit doivent donc être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Effistone est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Effistone SAS et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Mauny, président,

M. Lutz, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le président,

O. Mauny

Le rapporteur,

F. Lutz

La greffière,

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203984

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