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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204118

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204118

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204118
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantPINEL-BOTTON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et quatre mémoires, enregistrés les 27 mai 2022, 26 janvier 2024, 15 février 2024, et 17 septembre 2024, Mme B C et M. A C, représentés par Me Pinel-Botton, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier général de Rambouillet à verser à Mme B C la somme de 41 058,70 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis et à M. A C la somme de 2 235,44 euros au titre des frais de déplacement ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner le centre hospitalier général de Rambouillet à verser à Mme B C la somme de 40 008,70 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis et à M. A C la somme de 1 202,80 euros au titre des frais de déplacement ;

3°) de déclarer le jugement à intervenir opposable à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier général de Rambouillet les entiers dépens de l'instance ;

5°) de mettre à la charge du centre hospitalier général de Rambouillet la somme de 5 124 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la responsabilité du centre hospitalier de Rambouillet :

- sa prise en charge dans les suites immédiates de son intervention du 25 décembre 2016, et en particulier le fait de l'avoir laissée seule lors de sa toilette le lendemain matin de l'intervention, sans accès à la sonnette d'alarme, au regard de son état, caractérise un défaut de surveillance constitutif d'une faute dans l'organisation et le fonctionnement du service de nature à engager la responsabilité de l'établissement à son égard ;

- l'absence de prescription et de réalisation de clichés d'imagerie de contrôles à la suite de son opération du 25 décembre 2016 est également constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'établissement ;

-le lien de causalité entre les fautes ainsi commises et les préjudices dont elle demande réparation est établi dès lors que sa chute du 26 décembre 2016 à l'hôpital a occasionné un débricolage du matériel d'ostéosynthèse placé lors de l'intervention chirurgicale de la veille ainsi qu'une fracture du péroné droit au-dessus de la plaque d'ostéosynthèse externe, qui ont nécessité trois interventions chirurgicales portant sur sa cheville droite et que l'absence d'imagerie de contrôle à l'issue de l'opération initiale du 25 décembre 2016 empêche de déterminer la part des préjudices subis du fait des fautes commises par le centre hospitalier ;

Sur l'évaluation de ses préjudices :

- ses préjudices patrimoniaux temporaires doivent être indemnisés à hauteur de :

- 1 909,19 euros au titre de ses dépenses de santé actuelles ;

- 2 235,44 euros, à verser à M. A C, au titre de ses frais de déplacement ;

- 1 377,32 euros de frais divers ;

- 7 164 euros au titre des frais d'assistance par tierce-personne temporaire ;

- ses préjudices extrapatrimoniaux temporaires doivent être indemnisés à hauteur de :

- 7 918,75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

- 8 000 euros au titre des souffrances endurées ;

- 1 200 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;

- ses préjudices extrapatrimoniaux permanents doivent être indemnisés à hauteur de :

- 6 050 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ; à titre subsidiaire, 6 500 euros ;

- 1 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

- 2 500 euros au titre du préjudice d'agrément ; à titre subsidiaire, 1 000 euros ;

- 2 500 euros au titre du préjudice sexuel.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 5 avril 2023 et 12 février 2024, le centre hospitalier général de Rambouillet, représenté par Me Cariou, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et des conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme à son encontre, à ce que soient mis à la charge des succombants les entiers dépens de l'instance ainsi que le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à titre subsidiaire à ce que les demandes d'indemnisations des préjudices de Mme C soient ramenées à de plus justes proportions.

Il soutient que :

- à titre principal, aucun défaut de surveillance ne peut être retenu à son encontre car, compte tenu de son âge de 70 ans, de son état de santé sans aucun antécédent médical, des conditions de sa première chute causée par le fait d'avoir " loupé une marche ", et de l'absence de prescription d'une immobilisation totale hormis une absence d'appui sur la cheville opérée, Mme C n'était pas une patiente à risque, notamment à risque de chutes de sorte qu'elle pouvait réaliser sa toilette de façon autonome et qu'aucune mesure de surveillance particulière n'était à mettre en place ;

- l'absence de réalisation de clichés radiographiques de contrôle à la suite de l'intervention du 25 décembre 2016 ne constitue pas un manquement car ces clichés auraient uniquement permis à l'expert de déterminer la part des séquelles liées à la chute initiale et celles liées à la seconde chute de Mme C ;

- le lien de causalité entre la chute et les préjudices dont Mme C se prévaut n'est pas certain, dès lors d'une part, que l'échec de la première chirurgie ne peut être exclu et un accident médical non fautif eût pu conduire aux préjudices détaillés par l'expert et, d'autre part, que la luxation tibia-tarsienne associée est un facteur de risque connu d'arthrose précoce de l'articulation tibia-tarsienne ;

- à titre subsidiaire, si sa responsabilité était retenue, le montant de 1 909,19 euros de dépenses de santé restées à la charge de Mme C n'est pas justifié, à l'exception des frais de matériel d'un montant de 31,75 euros, des frais d'hospitalisation à la clinique de l'Union de 258 euros et des frais de séjour pour arthrodèse de 68,40 euros, d'un montant total de 358,15 euros ; il n'entend pas prendre en charge les séances d'ostéopathie, d'acupuncture et d'EMDR, dont l'imputabilité n'a pas été retenue par l'expert ;

- il ne s'oppose pas au remboursement des frais de reproduction du dossier médical à hauteur de 33,32 euros, ni des frais d'assistance à expertise d'un montant de 1 080 euros si bien qu'une somme supérieure à 1 113,32 euros ne saurait être allouée au titre des frais divers ;

- le poste d'assistance par tierce personne non spécialisée sera réduit à de plus justes proportions sans excéder la somme de 9 552 euros, dont le montant maximal de 4 776 euros sera mis à sa charge ;

- l'indemnisation du préjudice esthétique temporaire subi par Mme C sera ramenée à de plus justes proportions, sans toutefois excéder la somme de 2 000 euros dont 800 euros à sa charge ;

- le déficit fonctionnel temporaire sera ramené à de plus justes proportions sans excéder la somme de 1 248 euros ;

- l'indemnisation des souffrances endurées sera réduite à de plus justes proportions sans excéder la somme de 4 500 euros ;

- la réparation du déficit fonctionnel permanent sera ramenée à de plus justes proportions sans excéder la somme de 5 000 euros ;

- l'indemnisation du préjudice esthétique permanent sera réduite à de plus justes proportions sans excéder la somme de 1 000 euros dont 500 euros à sa charge ;

- sa demande de réparation de son préjudice d'agrément sera à titre principal rejetée et à titre subsidiaire, ramenée à de plus justes proportions sans excéder la somme de 2 000 euros à laquelle sera appliqué un taux de 50%, retenu au titre du préjudice esthétique permanent, soit la somme de 1 000 euros à sa charge ;

- la réparation du préjudice sexuel de Mme C sera réduite à de plus justes proportion sans excéder la somme de 1 000 euros après application du taux de 50 % ;

- à titre infiniment subsidiaire, les demandes de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme de remboursement de la somme de 24 563,93 euros au titre des frais exposés à la suite de la prise en charge de Mme C ainsi que la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion sont irrecevables en l'état.

Par trois mémoires, enregistrés les 27 septembre 2022, 2 mai 2023 et 30 janvier 2024, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, représentée par Me Nolot, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier général de Rambouillet, sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, à lui rembourser une somme de 24 563,93 euros au titre de ses débours, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de son premier mémoire, et de la capitalisation de ces intérêts ;

2°) de lui verser une somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier général de Rambouillet les entiers dépens de l'instance ainsi que la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle a engagé des frais dans l'intérêt de son assurée qui s'élèvent à la somme définitive de 24 563,93 euros dont le détail est précisé dans la notification définitive des débours, rectifiée le 9 novembre 2023, communiquée avec l'attestation d'imputabilité rectifiée du 3 mai 2023.

Vu

- l'ordonnance du 13 septembre 2021 n° 2007840 par laquelle la présidente du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise médicale réalisée par le docteur D ;

- le rapport de l'expertise ordonnée en référé, déposé le 27 mai 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corthier ;

- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public ;

- les observations de Me Cervello, substituant Me Pinel-Botton, représentant Mme et M. C ;

- et les observations de Me Denise substituant Me Cariou, représentant le centre hospitalier général de Rambouillet.

Une note en délibéré, présentée pour Mme et M. C, a été enregistrée le 11 octobre 2024, non communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Le 25 décembre 2016, à la suite d'une chute, Mme C a été prise en charge par le centre hospitalier général de Rambouillet, lequel a diagnostiqué une fracture luxation bimalléolaire fermée de la cheville droite et a réalisé, le jour-même, une réduction de la luxation de sa cheville droite associée à la réalisation d'une ostéosynthèse par plaque en regard de la malléole externe et par plaque, brochage et haubanage en regard de la malléole interne. Le lendemain, lors de sa toilette dans sa chambre d'hôpital, Mme C a chuté une seconde fois. La radiographie a mis en évidence une reluxation en varus avec un débricolage au niveau de la plaque fibulaire du matériel d'ostéosynthèse et une fracture du péroné droit au-dessus de la plaque d'ostéosynthèse externe, ce qui a conduit, le 28 décembre suivant, à une nouvelle opération afin de réduire la luxation de la cheville droite, de réaliser une ablation de la plaque existante et une double synthèse de la malléole externe par plaque et vis. Le 30 décembre 2016, Mme C a quitté le centre hospitalier général de Rambouillet. Par une ordonnance du 8 janvier 2021, la présidente du tribunal a diligenté une expertise judiciaire et a désigné un expert médical, lequel a rendu son rapport le 27 mai 2021. Par un courrier du 2 février 2022, Mme C a présenté une demande indemnitaire préalable, laquelle est restée sans réponse du centre hospitalier général de Rambouillet. Mme B C et M. A C demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, à titre principal, de condamner le centre hospitalier général de Rambouillet à verser à Mme B C la somme de 41 058,70 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis et de condamner le même centre hospitalier à verser la somme de 2 235,44 euros à M. A C au titre des frais de déplacement.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ". Aux termes de l'article L. 6111-1 du même code : " Les établissements de santé publics, privés d'intérêt collectif et privés assurent, dans les conditions prévues au présent code, en tenant compte de la singularité et des aspects psychologiques des personnes, le diagnostic, la surveillance et le traitement des malades (). ".

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'à la suite d'une chute, le 25 décembre 2016, au domicile de son fils, Mme C a été prise en charge par le service d'urgence du centre hospitalier général de Rambouillet. Une fracture luxation bimalléolaire fermée de la cheville droite, avec bascule du talus, y a été diagnostiquée et le jour-même, une réduction de la luxation associée à une ostéosynthèse a été réalisée. Mme C, alors âgée de 70 ans, a été raccompagnée dans sa chambre vers 22h30 à la suite de l'opération. Le compte rendu opératoire établi le 25 décembre 2016 prescrit, dans le cadre du suivi post-opératoire, l'absence d'appui du côté opéré jusqu'à consolidation complète. Il résulte de l'instruction que le lendemain de l'intervention, Mme C a chuté dans la salle d'eau de sa chambre où elle effectuait sa toilette. Si les circonstances exactes de sa chute ne sont pas précisément établies, il résulte des explications fournies par l'intéressée dans ses courriers du 12 janvier 2017 et du 1er juillet 2020 mais aussi dans le cadre de l'expertise amiable du 30 août 2017 et de l'expertise judiciaire du 27 mai 2021, que Mme C a été levée le lendemain de son intervention, aux alentours de 10h30, par deux aides-soignantes qui l'ont amenée à la salle de bain de sa chambre, en tenant le pied de perfusion, alors qu'elle se déplaçait à l'aide d'un déambulateur, sans pouvoir prendre appui sur son pied droit. Les deux aides-soignantes l'ont informée qu'elles reviendraient afin de l'aider à se recoucher après sa toilette. Mme C explique qu'à l'issue de sa toilette, ne pouvant atteindre la sonnette d'appel du personnel située au niveau des toilettes, elle a préféré regagner seule son lit. Cependant, en essayant de se déplacer, Mme C a voulu décrocher les poches à perfusion qui la gênaient, ce qui a déstabilisé le déambulateur, lequel a basculé et l'a entraînée dans sa chute. Mme C a alors appelé le personnel de santé qui est venu la relever et la recoucher. Si les deux expertises médicales ont retenu un défaut de surveillance en indiquant que Mme C aurait dû être accompagnée dans ses déplacements et assise pendant sa toilette, il résulte de l'instruction qu'elle a bien été accompagnée jusqu'à la salle de bain par deux aides-soignantes qui lui ont demandé de les attendre pour qu'elles la reconduisent jusqu'à son lit. En outre, alors que la patiente a pris l'initiative de rejoindre seule son lit, contrairement aux instructions qu'elle avait reçues du personnel soignant, aucun élément du dossier ne permet de tenir pour établi ni qu'elle ne pouvait atteindre la sonnette, qu'elle est d'ailleurs parvenue à actionner après sa chute, ni qu'elle aurait attendu trente minutes le retour des aides-soignantes avant de prendre la décision de se déplacer seule. Il résulte à cet égard de l'instruction que ce n'est que dans un courrier du 1er juillet 2020, établi plus de trois ans après l'accident, que Mme C a évoqué avoir attendu trente minutes le personnel afin de justifier sa décision de n'avoir pas attendu les aides-soignantes pour rejoindre son lit, cette explication n'apparaissant ni dans le courrier du 12 janvier 2017, ni dans ceux retranscrits par les deux expertises médicales. Par ailleurs, la circonstance selon laquelle les deux aides-soignantes auraient dû fournir à Mme C un siège afin de s'asseoir pendant sa toilette est sans incidence sur l'engagement de la responsabilité de l'établissement de santé dès lors que Mme C n'est pas tombée pendant sa toilette mais au moment où elle a tenté de regagner son lit, seule, alors que le personnel de santé lui avait demandé de l'attendre. Mme C ajoute qu'elle souffrait également de la cheville gauche à cause d'une entorse, sans que cet élément ne ressorte de son dossier médical ainsi que l'a noté l'expert judiciaire. Dans ces conditions, la circonstance selon laquelle Mme C a été laissée seule dans la salle d'eau de sa chambre, sans possibilité de s'asseoir alors qu'il lui avait été prescrit une interdiction de prendre appui sur son membre inférieur droit jusqu'à consolidation complète et qu'elle était sous perfusion, ne peut être regardée, dans les circonstances de l'espèce, compte tenu du fait que Mme C a tenté de regagner elle-même son lit à l'issue de sa toilette, contrairement aux instructions qu'elle avait reçues du personnel de santé, comme un défaut de surveillance constitutif d'une faute dans l'organisation du service engageant la responsabilité du centre hospitalier général de Rambouillet.

4. En second lieu, il résulte de l'instruction, et plus particulièrement du rapport d'expertise judiciaire, qu'à la suite de l'opération de Mme C le 25 décembre 2016, aucun bilan d'imagerie de contrôle n'a été réalisé par le centre hospitalier, ce qui n'est pas contesté par l'établissement de santé défendeur. Cependant, Mme C étant retournée en chambre à 22h30 et ayant chuté dès le lendemain matin, il ne peut être tenu pour acquis, compte tenu de ce court délai, qu'aucun contrôle n'aurait été réalisé en l'absence de chute. En toute hypothèse, si l'absence d'imagerie de contrôle à l'issue de la première opération le 25 décembre 2016 de Mme C ne permet pas de déterminer, avec exactitude, la part de préjudices respectifs causés par les deux opérations subies par Mme C au sein du centre hospitalier général de Rambouillet, ce manquement, à le supposer établi, est sans lien direct et certain, ainsi que le fait valoir le centre hospitalier en défense, avec les préjudices dont Mme C demande la réparation au titre des conséquences dommageables de sa seconde chute.

5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme et M. C ne sont pas fondés à demander l'engagement de la responsabilité pour faute du centre hospitalier général de Rambouillet. Par suite, leurs conclusions indemnitaires, assorties des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, doivent être rejetées.

Sur les débours de la caisse primaire d'assurance maladie :

6. Il résulte du point 5 que la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme n'est pas fondée demander au centre hospitalier général de Rambouillet le remboursement de la somme de 24 563,93 euros au titre de ses débours. Par suite, ses conclusions correspondantes ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

7. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 susvisé, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme n'est pas fondée à demander le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion. Par suite, ses conclusions correspondantes ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions en déclaration de jugement commun :

8. Aux termes des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () L'intéressé ou ses ayants droit doivent indiquer, en tout état de la procédure, la qualité d'assuré social de la victime de l'accident ainsi que les caisses de sécurité sociale auxquelles celle-ci est ou était affiliée pour les divers risques. Ils doivent appeler ces caisses en déclaration de jugement commun ou réciproquement. A défaut du respect de l'une de ces obligations, la nullité du jugement sur le fond pourra être demandée pendant deux ans, à compter de la date à partir de laquelle ledit jugement est devenu définitif, soit à la requête du ministère public, soit à la demande des caisses de sécurité sociale intéressées ou du tiers responsable, lorsque ces derniers y auront intérêt () ".

9. Seuls peuvent se voir déclarer commun un jugement rendu par une juridiction administrative, les tiers dont les droits et obligations à l'égard des parties en cause pourraient donner lieu à un litige dont la juridiction saisie eût été compétente pour connaître et auxquels pourrait préjudicier ce jugement dans des conditions leur ouvrant droit à former tierce-opposition à ce jugement. En l'espèce, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme a été régulièrement mise en cause et a produit un mémoire. Dès lors, les conclusions en déclaration de jugement commun doivent être rejetées.

Sur les dépens :

10. Par ordonnance de la présidente du tribunal du 13 septembre 2021 n°2007840, les frais et honoraires de l'expertise médicale confiée au docteur D ont été taxés et liquidés à la somme 1 920 euros, mise à la charge de Mme C. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre ces frais et honoraires à la charge définitive pour moitié de Mme et M. C et pour moitié du centre hospitalier général de Rambouillet, en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier général de Rambouillet, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme et M. C ainsi que la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme et M. C ainsi que de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme la somme demandée au même titre par cet établissement de santé.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête aux fins d'indemnisation, assorties des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme en remboursement de ses frais et débours et au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion sont rejetées.

Article 3 : Les frais et honoraires de l'expertise judiciaire du docteur D, taxés et liquidés à hauteur de la somme totale de 1 920 euros (mille neuf cent vingt) par l'ordonnance du 13 septembre 2021 n°2007840, sont mis à la charge définitive pour moitié de Mme et M. C et pour moitié du centre hospitalier général de Rambouillet.

Article 4 : Les conclusions des parties sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à M. A C, au centre hospitalier général de Rambouillet et à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme.

Copie en sera adressée au docteur E D, expert.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lellouch, présidente,

M. Gibelin, premier conseiller,

Mme Corthier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

Z. Corthier

La présidente,

signé

J. Lellouch

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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