jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2204858 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET LERIOUX & SENECAL ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 juin 2022 et 25 octobre 2023, Mme M I, Mme G F épouse C, M. E C, M. J I, M. B I, Mme K I et Mme H I, représentés par Me Lerioux, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) la somme minimale de 40 000 euros à leur verser, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'ordonnance de référé du 7 décembre 2020, et de la capitalisation de ces intérêts à chaque date anniversaire de cette demande, en réparation des préjudices subis par M. A I ;
2°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme minimale de 40 000 euros à verser à Mme G F et à M. J I chacun, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'ordonnance de référé du 7 décembre 2020, et de la capitalisation de ces intérêts à chaque date anniversaire de cette demande, en réparation du préjudice d'affection qu'ils estiment avoir subi en raison du décès de leur fils ;
3°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme minimale de 20 000 euros à verser à Mme M I, à M. E C, à Mme K I, à Mme H I et à M. B I chacun, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'ordonnance de référé du 7 décembre 2020, et de la capitalisation annuelle à chaque date anniversaire de cette demande, en réparation du préjudice d'affection qu'ils estiment avoir subi en raison du décès de leur frère ;
4°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 10 040,19 euros à verser à M. J I, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'ordonnance de référé du 7 décembre 2020, et de la capitalisation annuelle à chaque date anniversaire de cette demande, au titre des frais d'obsèques ;
5°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 8 585,37 euros à verser à Mme G F, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'ordonnance de référé du 7 décembre 2020, et de la capitalisation annuelle à chaque date anniversaire de cette demande, en réparation du préjudice de perte de gains professionnels actuelle qu'elle estime avoir subi ;
6°) de mettre à la charge de l'ONIAM les entiers dépens de l'instance ;
7°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- M. A I a été victime d'un accident médical non fautif en lien avec l'opération réalisée au sein du centre hospitalier de Longjumeau le 3 janvier 2019 ;
- le dommage subi par M. A I remplit les conditions d'anormalité et de gravité ouvrant droit à une indemnisation par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale ;
- ils sont fondés à demander, dans le cadre de la succession de M. A I, le versement de la somme de 40 000 euros en réparation des souffrances endurées par ce dernier lors de son opération ;
- le préjudice d'affection de M. J I, père de la victime, et de Mme G F, mère de la victime, sera réparé à hauteur de 40 000 euros chacun ;
- le préjudice d'affection de Mme M I, la grande-sœur de M. A I, sera réparé à hauteur de 20 000 euros ;
- le préjudice d'affectation des demi-frères et sœurs de M. A I, à savoir M. E C, M. B I, Mme K I et Mme H I, sera réparé à hauteur de 20 000 euros chacun ;
- les frais d'obsèques de la victime exposés par M. J I seront fixés à la somme totale de 10 040,19 euros ;
- les frais de perte de gains professionnels actuelle de Mme G F seront indemnisés à hauteur de 8 585,37 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Roquelle-Meyer, demande au tribunal :
1°) d'allouer aux ayants droit de M. A I la somme de 5 000 euros en réparation des souffrances endurées par ce dernier ;
2°) d'allouer à Mme G F et à M. J I la somme de 6 500 euros chacun en réparation du préjudice d'affectation subi ;
3°) d'allouer à Mme M I, à M. E C, à M. B I, à Mme K I et à Mme H I la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice d'affectation subi ;
4°) d'allouer à M. J I la somme de 8 895,19 euros au titre des frais d'obsèques ;
5°) de rejeter la demande d'indemnisation de Mme G F en réparation de son préjudice de perte de gains professionnels actuelle ;
6°) de rejeter le surplus des demandes des consorts I ;
7°) de rapporter le montant des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à de plus justes proportions ;
8°) de mettre à la charge des consorts I et à sa charge, chacun la moitié des dépens de l'instance.
Il soutient que :
- il n'entend pas s'opposer à l'indemnisation, au titre de la solidarité nationale, des préjudices subis par M. A I et par ses proches ;
- les souffrances endurées par M. A I seront réparées à hauteur de 5 000 euros ;
- il sera alloué à chacun des parents de la victime, M. J I et Mme G F, la somme de 6 500 euros ;
- il sera alloué la somme de 5 000 euros chacun à Mme M I, à M. B I, à Mme K I, à Mme H I et à M. E C ;
- les frais d'obsèques exposés par M. J I seront indemnisés à hauteur de 8 895,19 euros ;
- la demande d'indemnisation de la perte de gains professionnels actuelle de Mme F sera rejetée.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne qui n'a pas présenté d'observations.
Vu :
- l'ordonnance du 26 février 2021 n°2006122 par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise médicale réalisée par le docteur D à la somme de 2 496 euros toutes taxes comprises ;
- l'ordonnance du 5 novembre 2024 n°2006122 par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise médicale réalisée par le docteur L à la somme de 2 496 euros toutes taxes comprises ;
- le rapport de l'expertise ordonnée en référé, déposé le 19 février 2021 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Corthier ;
- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public ;
- les observations de Me Mouzarine substituant Me Lerioux, représentant les consorts I.
Considérant ce qui suit :
1. Le 3 janvier 2019 à 14h14, M. A I, né le 22 juillet 1995, alors âgé de 23 ans, a été pris en charge au sein du service des urgences du centre hospitalier de Longjumeau pour des douleurs abdominales. Le diagnostic d'une appendicite aigüe non compliquée ayant été posé, M. A I a été transféré au sein du service de chirurgie viscérale de l'établissement et opéré le jour-même à 22h30. Au cours de l'opération, M. A I a subi trois arrêts cardiaques successifs et il est décédé le 4 janvier 2019 à 0h40 d'un choc anaphylactique. Par une ordonnance du 7 décembre 2020, le juge des référés du tribunal a diligenté une expertise médicale confiée à un spécialiste en chirurgie viscérale et en cœliochirurgie ainsi qu'à un spécialiste en réanimation, lesquels ont déposé leur rapport le 19 février 2021. Par un courrier du 31 mai 2022, les consorts I ont présenté une demande d'indemnisation préalable auprès de l'ONIAM, qui a rejeté cette demande par courrier du 1er juin suivant. Les consorts I demandent la réparation, au titre de la solidarité nationale, des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait du décès de M. A I.
Sur le droit à la réparation au titre de la solidarité nationale :
2. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical () ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. () Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". A cet égard, l'article D 1142-1 du même code précise : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. () ". L'article L. 1142-22 du même code dispose : " L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est un établissement public à caractère administratif de l'Etat, placé sous la tutelle du ministre chargé de la santé. Il est chargé de l'indemnisation au titre de la solidarité nationale, dans les conditions définies au II de l'article L. 1142-1 () des dommages occasionnés par la survenue d'un accident médical () ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins, à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du même code. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Pour apprécier le caractère faible ou élevé du risque dont la réalisation a entraîné le dommage, il y a lieu de prendre en compte la probabilité de survenance d'un événement du même type que celui qui a causé le dommage et entraînant une invalidité grave ou un décès.
4. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement du rapport d'expertise, que lors de son admission au service des urgences du centre hospitalier de Longjumeau, M. A I, présentait une appendicite aigüe dont la forme nécessitait une intervention chirurgicale en raison du risque majeur de survenue d'une péritonite, qui constitue une urgence vitale. M. A I ne présentait aucun antécédent connu d'allergie, ni d'antécédent particulier en dehors de la notion d'un reflux gastro-œsophagien, d'une obésité avec un indice de masse corporelle à 32,9 et d'un kyste de la cuisse opéré en septembre 2019. Cependant à l'induction de l'anesthésie à 22h40, dix minutes après la prise en charge au bloc opératoire, M. I a subi un choc anaphylactique gravissime de stade IV avec un arrêt cardio-respiratoire et un œdème massif du poumon, à l'origine de son décès survenu à 0h40. L'estomac de M. A I ayant été considéré comme plein, il a reçu une induction de 90 milligrammes de célocurine, un curare ayant une action rapide et très courte, afin d'éviter un risque d'inhalation bronchique, puis une induction de 30 milligrammes d'actracrium, un autre curare, permettant un relâchement musculaire et un arrêt du péristaltisme digestif. L'indication d'une intervention chirurgicale, les inductions de l'anesthésie, ainsi que la prise en charge au décours de l'opération du choc anaphylactique en étant résulté, sont conformes aux règles de l'art et ne constituent pas des fautes de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Longjumeau. Le décès de M. A I lié à la survenue d'un choc anaphylactique irréversible au décours de l'induction de l'anesthésie constitue un aléa thérapeutique, dont la survenance est de l'ordre de 1/7000 en cas d'utilisation d'un curare et entraîne le décès du patient dans 3 à 9% des cas selon les pays, ce qui présente le caractère d'une probabilité faible. Dans ces conditions, les préjudices subis par M. I étant en lien direct avec un acte de soin ayant eu des conséquences graves et anormales au sens de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique précité, les consorts I sont fondés, en l'absence de faute imputable au centre hospitalier de Longjumeau, à demander à l'ONIAM, qui ne le conteste pas, la réparation au titre de la solidarité nationale des préjudices résultant du décès de M. A I en leur qualité d'ayants droit et en leur nom propre.
Sur la réparation des préjudices :
5. En prévoyant, depuis la loi n° 2004-806 du 9 août 2004, l'indemnisation au titre de la solidarité nationale des ayants droit d'une personne décédée en raison d'un accident médical, le premier alinéa du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ouvre un droit à réparation aux proches de la victime, qu'ils aient ou non la qualité d'héritiers, qui entretenaient avec elle des liens étroits, dès lors qu'ils subissent du fait de son décès un préjudice direct et certain.
6. Par ailleurs, lorsque la victime a subi avant son décès, en raison de l'accident médical, des préjudices pour lesquels elle n'a pas bénéficié d'une indemnisation, les droits qu'elle tirait des dispositions précitées sont transmis à ses héritiers en application des règles du droit successoral résultant du code civil.
7. Il résulte de l'instruction que la dévolution successorale de M. A I a été établie par acte de notoriété du 24 avril 2019. M. J I, Mme G F épouse C, Mme M I, M. B I, Mme K I, Mme H I et M. E C sont, dès lors, fondés, en qualité d'héritiers de la victime, à demander la réparation des préjudices subis par M. A I ainsi que de leurs préjudices propres.
En ce qui concerne les souffrances endurées par M. A I :
8. Il résulte de l'instruction que, pendant l'intervention chirurgicale qui a duré de 22h40 à 0h40, soit deux heures, M. A I, alors inconscient, a néanmoins fait l'objet de trois arrêts cardiaques successifs, entrecoupés de deux massages cardiaques puis d'une défibrillation ayant permis la reprise d'une activité cardiaque temporaire. Dans ces conditions, en tenant compte de la nature des souffrances ainsi endurées par la victime qui a subi des actes lourds et invasifs mais également de leur durée, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant à ce titre une somme de 5 000 euros, à verser aux consorts I.
En ce qui concerne le préjudice d'affection des ayants droit de M. A I :
9. En premier lieu, dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de M. J I, père de la victime, qui, s'il ne résidait pas au sein du même foyer, a néanmoins été la première personne contactée par le centre hospitalier de Longjumeau à la suite du décès de son fils, s'y est rendu pendant la nuit et a eu un entretien à 3h10 avec le personnel médical, en le fixant à la somme de 20 000 euros.
10. En deuxième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de Mme G F, épouse C, mère de la victime qui résidait avec elle au sein du même foyer, placée en arrêt de travail pendant neuf mois puis en mi-temps thérapeutique pendant une année à la suite du décès de son fils, en le fixant à la somme de 20 000 euros.
11. En troisième lieu, il sera fait une juste appréciation, dans les circonstances de l'espèce, du préjudice d'affection de Mme M I, alors âgée de 33 ans au moment du décès, sœur de la victime, de M. E C, alors âgé de 8 ans, frère de la victime, de M. B I, alors âgé de 16 ans, frère de la victime, de Mme K I, alors âgé de 16 ans sœur de la victime et de Mme H I, alors âgée de 10 ans, sœur de la victime, en l'évaluant à la somme de 12 000 euros à verser à chacun.
En ce qui concerne les frais d'obsèques :
12. Le préjudice susceptible d'ouvrir droit à indemnisation au titre des frais d'obsèques se limite aux seuls frais directement liés aux obsèques à l'exclusion des dépenses relevant du choix personnel de la famille.
13. Il résulte de l'instruction que M. J I sollicite l'indemnisation des frais d'obsèques de M. A I d'un montant de 10 040,19 euros, sur présentation de deux factures d'un montant respectif de 6 705,20 euros et 3 074,99 euros ainsi que d'un titre de concession d'un montant de 260 euros. Cependant, les frais de caveau pour deux places d'un montant de 2 290 euros et les frais de concession correspondants d'un montant de 260 euros ne peuvent être pris en charge que pour moitié. Par suite, l'ONIAM est chargé de verser à M. J I la somme de 8 765,19 euros au titre des frais d'obsèques qu'il a exposés pour les funérailles de son fils.
En ce qui concerne la perte de gains professionnels de Mme F :
14. Il résulte de l'instruction que les éléments produits par Mme F ne permettent pas d'établir la perte de gains professionnels actuelle alléguée, ni son lien suffisamment direct avec l'aléa thérapeutique dont a été victime son fils. En effet, en se bornant à produire ses arrêts de travail à compter du 4 janvier 2019 jusqu'au 31 octobre 2019, une attestation de son employeur relative à ses différents revenus mensuels pendant sa période d'arrêt, un avis d'imposition sur ses revenus au titre de l'année 2018 et une attestation de son employeur relative à la reprise de ses fonctions à temps partiel thérapeutique pendant un an à compter du 1er novembre 2019, elle établit seulement sa position administrative pendant ces périodes, mais n'apporte aucun élément permettant au tribunal de déterminer l'ensemble des revenus perçus en 2019 par rapport à 2018, ni les causes des variations mensuelles de ses revenus de janvier à octobre 2019 et ainsi d'apprécier la perte alléguée. Dès lors, la demande d'indemnisation présentée à ce titre par Mme F ne peut qu'être rejetée.
15. Il résulte de tout ce qui précède qu'il est mis à charge de l'ONIAM la somme totale de 113 765,19 euros à verser aux consorts I.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
16. En vertu de l'article 1236-1 du code civil, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
17. Les consorts I ont droit, à compter de la date de réception de leur demande indemnitaire préalable, le 1er juin 2022, aux intérêts au taux légal de la somme de 113 765,19 euros qui est mise à la charge de l'ONIAM à leur profit.
18. Aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. "
19. Les consorts I ont également sollicité la capitalisation des intérêts, laquelle peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée par les consorts I lors de l'introduction de leur requête. Par suite, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 1er juin 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les dépens :
20. Par une ordonnance de la présidente du tribunal du 26 février 2021 n°2006122, les frais et honoraires de l'expertise médicale confiée au docteur D ont été taxés et liquidés à la somme 2 496 euros toutes taxes comprises, mise à la charge de Mme M I, Mme G F et M. J I. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre ces frais et honoraires à la charge définitive de l'ONIAM, en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.
21. Par une ordonnance de la présidente du tribunal du 5 novembre 2024 n°2006122, les frais et honoraires de l'expertise médicale confiée au docteur L ont été taxés et liquidés à la somme de 2 496 euros toutes taxes comprises, mise à la charge de Mme M I. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre ces frais et honoraires à la charge définitive de l'ONIAM, en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les frais d'instance :
22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ONIAM une somme totale de 1 800 euros à verser aux consorts I au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'ONIAM versera aux consorts I la somme de 5 000 euros (cinq mille) en réparation des préjudices subis par M. A I, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er juin 2022. Les intérêts échus à la date du 1er juin 2023, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'ONIAM versera la somme de 28 765,19 euros (vingt-huit mille sept cent soixante-cinq euros et dix-neuf centimes) à M. J I en réparation de son préjudice, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er juin 2022. Les intérêts échus à la date du 1er juin 2023, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : L'ONIAM versera la somme de 20 000 euros (vingt mille) à Mme G F épouse C en réparation de son préjudice, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er juin 2022. Les intérêts échus à la date du 1er juin 2023, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 4 : L'ONIAM versera la somme de 12 000 euros (douze mille) chacun à Mme M I, à M. B I, et à Mme K I en réparation de leur préjudice, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er juin 2022. Les intérêts échus à la date du 1er juin 2023, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 5 : L'ONIAM versera la somme de 12 000 euros (douze mille) à Mme G F épouse C, représentante légale de M. E C, en réparation du préjudice subi par son fils, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er juin 2022. Les intérêts échus à la date du 1er juin 2023, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 6 : L'ONIAM versera la somme de 12 000 euros (douze mille) à M. J I, représentant légal de Mme H I en réparation du préjudice de sa fille, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er juin 2022. Les intérêts échus à la date du 1er juin 2023, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise judiciaire du docteur D, taxés et liquidés à hauteur de la somme totale de 2 496 euros (deux mille quatre cent quatre-vingt-seize) sont mis à la charge définitive de l'ONIAM.
Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise judiciaire du docteur L, taxés et liquidés à hauteur de la somme totale de 2 496 euros (deux mille quatre cent quatre-vingt-seize) sont mis à la charge définitive de l'ONIAM.
Article 9 : L'ONIAM versera aux consorts I une somme totale de 1 800 euros (mille huit cents) sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 10 : Les conclusions des parties sont rejetées pour le surplus.
Article 11 : La présente décision sera notifiée à Mme M I, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne.
Copie en sera adressée aux docteurs D et L, experts.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lellouch, présidente,
M. Gibelin, premier conseiller,
Mme Corthier, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.
La rapporteure,
signé
Z. Corthier
La présidente,
signé
J. Lellouch
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026