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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2205250

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2205250

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2205250
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7éme chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de Mme A B, qui contestait des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour 2015 et 2016, d’un montant total de 196 420 euros. L’administration avait requalifié des bénéfices non déclarés de la société EJ Bâtiment, dont Mme B était gérante et associée, en revenus distribués sur le fondement des articles 109 et 110 du code général des impôts. Le tribunal a jugé que Mme B, en tant que seule maître de l’affaire, était présumée avoir appréhendé ces distributions, et qu’elle n’apportait pas la preuve contraire, conformément à l’article R. 194-1 du livre des procédures fiscales. La décision confirme le bien-fondé des impositions maintenues après dégrèvement partiel.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 8 et le 26 juillet 2022, Mme C A B doit être regardée comme demandant au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016, pour un montant en droits et pénalités de 196 420 euros.

Elle soutient que :

- elle n'a pas touché de dividendes de la société Ej Bâtiment ;

- la SARL Construker, unique client de cette société a été placée en liquidation judiciaire, de sorte que la créance que détenait la société Ej Bâtiment contre elle est devenue irrecouvrable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable au regard de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, celle-ci ne faisant état d'aucune conclusion ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lutz, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B était gérante et associée à 50% de la société SARL EJ Bâtiment. L'administration, à la suite d'une vérification de comptabilité, a procédé au rehaussement des bénéfices de cette société. Elle a ensuite assujetti Madame A B à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2015 et 2016. Après l'admission partielle de ses réclamations du 19 novembre 2018 et du 24 décembre 2021, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu laissées à sa charge pour un montant total en droits et pénalités de 196 420 euros.

2. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ". Il résulte de l'instruction que, à la suite d'une vérification de comptabilité, l'administration a déterminé que la société Ej Bâtiment a omis de déclarer un chiffre d'affaires de 71 228 euros au titre de l'année 2015 et de 316 106 euros au titre de l'année 2016. Les produits qui en sont issus n'ayant pas été incorporés au capital de la société, ils ont été regardés comme des revenus distribués par application de l'article 109 du code général des impôts et appréhendés par Mme A B au motif qu'elle détenait la maîtrise exclusive de l'affaire.

3. Aux termes de l'article R. 194-1 du LPF : " " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ". Madame A B s'étant abstenue de répondre à la proposition de rectification dans le délai de trente jours qui lui était imparti, elle ne peut obtenir, par la voie contentieuse, la décharge ou la réduction des impositions mises à sa charge qu'en apportant la preuve de l'exagération des bases retenues par l'administration.

4. Enfin, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle

5. Il résulte de la décision d'admission partielle de la seconde réclamation de Mme A B que l'administration a dégrevé la fraction des revenus regardés comme distribués correspondant à la créance que la société Ej Bâtiment détenait à l'encontre de la SARL Construcker. Par suite, la requérante ne peut pas utilement se prévaloir, pour contester les droits finalement laissés à sa charge, que cette créance n'était pas recouvrable. En outre, à supposer que Mme A B puisse être regardée comme contestant dans sa requête sa qualité de seule maître de l'affaire, elle n'apporte aucun élément de nature à contredire les constats opérés par l'administration, qui a relevé qu'elle détenait la moitié du capital social, qu'elle était gérante de la société Ej Bâtiment et était la seule à posséder la signature de l'ensemble des comptes bancaires de la société pour l'intégralité de la période concernée. Par les éléments qu'elle apporte, Mme A B n'apporte donc pas la preuve, qui lui incombe, qu'elle n'aurait pas appréhendé les sommes litigieuses.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration, que la requête de Mme A B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Mauny, président,

M. Lutz, premier conseiller,

M. Le Vaillant, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le président,

Signé

O. Mauny

Le rapporteur,

Signé

F. Lutz

La greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2205250

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