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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2205266

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2205266

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2205266
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELAS LCA & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a condamné la commune de Palaiseau à indemniser les préjudices subis par C G I, âgé de 2 ans, brûlé au menton et au sternum par une soupe trop chaude servie dans une crèche municipale le 9 octobre 2017. La responsabilité de la commune a été engagée en raison de la faute commise par son agent, principe non contesté par la commune. Le tribunal a fixé la consolidation de l'état de santé de l'enfant au 12 avril 2019 et a évalué les différents postes de préjudice corporel (déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées, préjudice esthétique, assistance par tierce personne, frais de santé). La décision s'inscrit dans le cadre du plein contentieux et applique les principes de la responsabilité administrative pour faute.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoires enregistrés le 5 juillet 2022 et le 30 août 2023, Mme A I, agissant en son nom propre et en sa qualité de représentante légale de Quentin Besson I, C G I et de Jérémy K, M. E G agissant en son nom propre et en sa qualité de représentant légal C G I, M. F I, Mme B J épouse I et Mme H D épouse G, représentés par Me David, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner la commune de Palaiseau à verser à C K la somme de 23 295,95 euros à parfaire en réparation de son préjudice corporel résultant de l'accident du 9 octobre 2017 ;

2°) de condamner la commune de Palaiseau à verser à Mme A I et M. E G la somme de 2 000 euros chacun en réparation de leur préjudice moral et d'affection ;

3°) de condamner la commune de Palaiseau à verser à M. E G le somme de 4 641 euros en réparation de son préjudice économique et le cas échéant les frais de déplacement ;

4°) de condamner la commune de Palaiseau à verser à M. F I, Mme B I et Mme H G, la somme de 500 euros chacun au titre du préjudice moral et d'affection ;

5°) de condamner la commune de Palaiseau à verser à Quentin et Jérémy I la somme de 750 euros chacun en réparation de leur préjudice moral et d'affection ;

6°) de condamner la commune de Palaiseau à rembourser les frais et honoraires du médecin-conseil des consorts G et I ;

7°) de mettre à la charge de la commune de Palaiseau la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- la commune ne conteste pas le principe de l'engagement de sa responsabilité ;

S'agissant des préjudices C :

- les préjudices se décomposent comme suit : 3 171,25 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire, 6 000 euros au titre des souffrances endurées, 1 500 euros au titre du dommage esthétique temporaire, 4 000 euros au titre du dommage esthétique permanent, 990 euros au titre de l'assistance par tierce personne, 1 320 euros, 825 euros, 2 332 euros, 220 euros et 88 euros au titre de l'aide humaine pour l'accompagnement aux rendez-vous médicaux, 1 313,68 euros au titre des frais de déplacement et de parking et, enfin, 1 536,02 euros à parfaire au titre des frais de santé restés à charge ;

S'agissant des préjudices des autres membres de la famille :

- les parents C ont subi un préjudice moral qu'il convient d'évaluer à hauteur de 1 000 euros chacun ;

- M. G a subi un préjudice économique d'un montant de 4 641 euros en raison des heures de travail qu'il n'a pu réaliser lorsqu'il accompagnait son fils à ses rendez-vous médicaux ;

- les grands-parents C ont subi un préjudice moral qui peut être évalué à 500 euros chacun ;

- les deux frères C, Quentin et Jérémy, ont subi un préjudice moral qui peut être évalué à 750 euros chacun.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 6 juillet 2023 et le 18 octobre 2023, la commune de Palaiseau, représentée par Me Laurent, demande au tribunal de fixer le préjudice C G I à la somme de 8 398 euros, de rejeter le surplus des conclusions des requérants et de condamner in solidum les requérants à lui verser la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les montants des préjudices C devraient être évalués comme suit : 1 649 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 2 600 euros au titre des souffrances endurées, 1 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent, 1 113 euros au titre de l'aide apportée par une tierce personne et 1 536 euros au titre des frais de santé ;

- s'agissant de M. G, la réalité de son préjudice économique n'est pas établie ;

- la réalité du préjudice moral invoqué par les membres de la famille du jeune C n'est pas établie.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne qui n'a pas produit d'observations.

Par ordonnance du 24 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 14 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sauvageot,

- les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique,

- et les observations de Me David, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Le 9 octobre 2017, C G I, alors âgé de 2 ans, a été victime de brûlures au second degré au menton et à la partie supérieure du sternum, occasionnées par une soupe brûlante qui lui a été servie au sein de la crèche communale où il était accueilli. Une expertise médicale amiable a été réalisée par les docteurs Amsellem et Baggio qui ont rendu leur rapport le 20 mai 2019. Le 6 avril 2022, les requérants ont formé une réclamation préalable indemnitaire auprès de la commune de Palaiseau. Par la présente requête, les consorts G et I demandent au tribunal de condamner la commune de Palaiseau à indemniser les préjudices subis par C et les autres membres de la famille à la suite de l'accident du 9 octobre 2017.

Sur la responsabilité de la commune de Palaiseau :

2. Il résulte de l'instruction que le 9 octobre 2017, l'enfant C G I, alors âgé de 2 ans et accueilli dans une des crèches municipales de la commune de Palaiseau, a été victime de brûlures sur le menton et le haut du torse occasionnées par une soupe brûlante servie par un des agents de l'établissement. Cet agent a commis une faute de nature à engager la responsabilité de son employeur, la commune de Palaiseau, laquelle ne conteste d'ailleurs pas le principe de l'engagement de sa responsabilité.

Sur les préjudices :

3. Il y a lieu de fixer la date de consolidation de l'état de santé C au 12 avril 2019.

En ce qui concerne les préjudices C G I :

Sur les préjudices extrapatrimoniaux :

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le déficit fonctionnel temporaire C était de classe II (25%) du 9 octobre 2017 au 31 janvier 2019, puis de classe I (10%) du 1er février 2019 jusqu'au 12 avril 2019 date de consolidation. Il sera ainsi fait une juste appréciation de ce préjudice en mettant à la charge de la commune de Palaiseau une somme totale de 2 032,50 euros sur la base de 125 euros mensuels pendant la période de classe II et 50 euros mensuels pour la période de classe I.

5. En deuxième lieu, les médecins experts ont évalué à 2,5 sur une échelle comprise entre 1 et 7, les souffrances endurées par C. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui allouant la somme de 2 700 euros à ce titre.

6. En troisième lieu, les requérants demandent l'indemnisation du préjudice esthétique temporaire et permanent subi par C. Si l'expertise retient effectivement un préjudice esthétique permanent en raison de la persistance d'une cicatrice hypertrophique de la fourchette sternale, évalué à 2 sur une échelle de 1 à 7, la réalité du préjudice esthétique temporaire dont aurait souffert l'enfant alors âgé de 2 à 4 ans en raison de la présence de cicatrices et du port d'un vêtement compressif n'est pas établie. Il sera donc fait une juste appréciation du seul préjudice esthétique permanent en allouant à l'enfant la somme de 2 000 euros.

Sur les préjudices patrimoniaux :

7. En premier lieu, il résulte du rapport d'expertise qu'Ethan a bénéficié d'une assistance par une tierce-personne d'une durée de trente minutes par jour pendant trois mois, ainsi que lors de tous les transports effectués par son père pour l'emmener à ses rendez-vous médicaux en lien direct avec l'accident survenu au sein de la crèche. En tenant compte du nombre de jours et de semaines concernées rapportées à une année de 412 jours comprenant les congés payés et jours fériés et du montant du SMIC horaire brut augmenté des charges sociales s'agissant en l'espèce d'une assistance non spécialisée, ce préjudice peut être évalué à la somme totale de 3 108,15 euros.

8. En deuxième lieu, les requérants sont fondés à demander le remboursement des frais de santé restés à leur charge et directement liés à l'accident survenu au sein de la crèche. Au regard des factures produites au dossier, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant la somme de 1 536,02 euros.

9. En troisième lieu, les requérants demandent à ce que soient remboursés les frais de santé futurs mentionnés par l'expert dans l'hypothèse d'une intervention au laser pour atténuer la cicatrice C. Cependant, en l'état de l'instruction, ce préjudice revêtant un caractère éventuel, il ne peut être indemnisé.

10. Enfin, si les requérants sollicitent l'indemnisation des honoraires du médecin conseil, ils ne justifient pas avoir exposé de frais à ce titre.

11. Il résulte de ce qui précède que la commune de Palaiseau doit être condamnée à verser la somme totale de 11 376,67 euros à Mme A I et M. F G en réparation des préjudices subis par leur fils C.

En ce qui concerne les préjudices des parents C K :

Sur les préjudices patrimoniaux :

12. En premier lieu, les requérants demandent le remboursement des frais de déplacement comprenant les frais kilométriques et de parking exposés par M. G lors des rendez-médicaux nécessaires à la prise en charge C. Il résulte de l'instruction que M. G a engagé des frais kilométriques présentant un lien direct avec les conséquences de l'accident pour une distance de 1 134 kilomètres. Il résulte également de l'instruction que le véhicule du requérant dispose d'une puissance administrative de plus de 7 CV. Compte tenu des barèmes kilométriques applicables en 2017, 2018 et 2019, ces frais peuvent être évalués à la somme de 673 euros.

13. En revanche, les requérants n'apportent aucune facture permettant d'évaluer le montant des frais de parking exposés à l'occasion des déplacements mentionnés au point 12. Il s'ensuit que la demande d'indemnisation formulée sur ce poste de préjudice doit être rejetée.

14. En second lieu, M. G sollicite l'indemnisation d'une perte de revenus d'un montant de 4 641 euros entre 2017 et 2018 en raison des heures de travail qu'il n'a pu réaliser lorsqu'il accompagnait son fils à ses rendez-vous médicaux. Cependant, les pièces produites ne permettent pas d'établir l'existence d'un lien de causalité entre les déplacements induits par les rendez-vous médicaux C et la diminution des revenus de M. G. Il s'ensuit que ce dernier n'est pas fondé à demander l'indemnisation de ce chef de préjudice.

Sur le préjudice moral :

15. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. E G et Mme A I en lien avec l'accident dont leur enfant alors âgé de 2 ans a été victime au sein de la crèche municipale, en leur allouant la somme de 1 000 euros chacun.

16. Il résulte de ce qui précède, que M. E G est fondé à demander la condamnation de la commune de Palaiseau à lui verser la somme 1 673 euros. Il en résulte également que Mme A I est fondée à demander la condamnation de la commune à lui verser la somme de 1 000 euros.

En ce qui concerne les préjudices des grands-parents et des frères C K :

17. En premier lieu, M. F I, Mme B I et Mme H G demandent à être indemnisés à hauteur de 500 euros chacun, en raison de l'inquiétude qu'ils ont nourrie pour leur petit-fils C. Ces allégations ne sont cependant corroborées par aucune pièce démontrant les liens qu'entretient C avec ses trois grands-parents. Dans ces conditions, la demande d'indemnisation de ce chef de préjudice ne peut être accueillie.

18. En second lieu, les consorts G et I demandent à ce que Quentin et Jérémy soient indemnisés du préjudice moral qu'ils ont subi en raison de l'accident de leur frère. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que Quentin, âgé de six ans au moment de l'accident, et Jérémy, qui n'était pas encore né, aient subi un préjudice moral lors de la survenance de l'accident subi par C, ni au cours des années qui ont suivi. La demande d'indemnisation de ce chef de préjudice doit donc par suite être rejetée.

Sur les frais de l'instance :

19. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ".

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Palaiseau demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Palaiseau la somme de 1 800 euros à verser à M. E G et à Mme A I au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Palaiseau est condamnée à verser la somme de 11 376,67 euros à Mme A I et M. F G, en leur qualité de représentants légaux de leur enfant mineur C K.

Article 2 : La commune de Palaiseau est condamnée à verser la somme de 1 000 euros à Mme A I et de 1 673 euros à M. F G.

Article 3 : La commune de Palaiseau versera à Mme A I et M. E G la somme de 1 800 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A I, à M. E G, à M. F I, à Mme B I, à Mme H G, à la commune de Palaiseau et à la Caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Sauvageot, présidente-rapporteure,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

J. SauvageotL'assesseure la plus ancienne,

signé

F. Lutz

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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