jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2205388 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | BOUTAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 juillet 2022 et 4 septembre 2023, M. C A, représenté par Me Boutault, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a implicitement rejeté sa demande de communication de l'état d'avancement de la demande de renouvellement de carte professionnelle et dans l'éventualité où une décision aurait été prise d'annuler cette décision, et d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de carte professionnelle ;
2°) de condamner le CNAPS à lui verser la somme de 51 096,34 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, assortie des intérêts à compter de la date de réception de sa demande préalable et de la capitalisation des intérêts ;
3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le refus de répondre à la demande de communication d'une décision ou de l'informer sur l'état d'avancement de son dossier est illégal ;
- la décision de refus de renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- le silence gardé par l'administration et le délai anormalement long dans le traitement de sa demande constituent des négligences qui lui ont causé des préjudices qu'il évalue à 43 096,34 euros s'agissant de la perte de salaires, à 5 000 euros s'agissant du préjudice de carrière, et à 3 000 euros s'agissant du préjudice moral.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 7 juin et 15 septembre 2023, le conseil national des activités de sécurité privées de sécurité (CNAPS) conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, dès lors que le requérant n'a présenté aucune demande préalable indemnitaire ;
- les moyens sont infondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen soulevé d'office tiré de ce que les conclusions en annulation dirigées contre le refus de communication de l'état d'avancement de la demande de renouvellement de carte professionnelle et dans l'éventualité où une décision aurait été prise de cette décision, sont irrecevables dès lors que la décision relative à la demande de renouvellement était inexistante à la date d'enregistrement de la requête et que le refus implicite de délivrer une information sur l'état d'avancement de la procédure ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de recours pour excès de pouvoir.
Un mémoire, enregistré le 4 septembre 2023, a été présenté par le requérant en réponse au moyen d'ordre public.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 décembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,
- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a sollicité le 16 février 2021 le renouvellement de sa carte professionnelle auprès de la commission locale d'agrément et de contrôle (CLAC) d'Ile-de-France du CNAPS. Un récépissé lui a ensuite été délivré le 2 avril 2021, lui permettant de poursuivre ses activités jusqu'au 1er juillet 2021. En l'absence de réponse à sa demande, M. A a présenté le 4 avril 2022 un recours préalable auprès du CNAPS, par lequel il demande communication de l'état d'avancement de sa demande de renouvellement de carte professionnelle et, dans l'éventualité où une décision aurait été prise, communication de cette décision. Cette demande a été implicitement rejetée par une décision née le 4 juin 2022, dont le requérant demande l'annulation. Il sollicite également la condamnation du CNAPS à lui verser la somme de 51 096,34 euros.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision implicite de rejet de la demande de communication de l'état d'avancement de la demande de renouvellement de carte professionnelle :
2. Les conclusions tendant à l'annulation du refus implicite de communication de l'état d'avancement de la demande de renouvellement de carte professionnelle sont irrecevables dès lors qu'aucune décision expresse de refus de renouvellement de carte professionnelle susceptible d'être communiquée au requérant n'existait à la date d'enregistrement de la requête et que le refus implicite de délivrer une information sur l'état d'avancement d'une procédure ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de recours pour excès de pouvoir. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision implicite de refus de renouvellement de carte professionnelle :
3. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées () ". Aux termes de l'article R. 631-4 du même code : " Dans le cadre de leurs fonctions, les acteurs de la sécurité privée respectent strictement () l'ensemble des lois et règlements en vigueur () ".
4. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'elle est saisie d'une demande de délivrance d'une carte professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-23 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.
5. En l'espèce, à supposer que M. A puisse être regardé comme ayant présenté par son courrier du 4 avril 2022 le recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure à l'encontre de la décision implicite de rejet par la CLAC de sa demande de renouvellement de carte professionnelle, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est rendu coupable d'escroquerie faite au préjudice d'un organisme de protection sociale pour l'obtention d'une allocation ou d'une prestation indue, faits commis du 1er août 2015 au 30 juin 2018 pour lesquels il a fait l'objet d'une condamnation à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis, inscrite au bulletin numéro 2 de son casier judiciaire, prononcée le 15 mars 2021 par le tribunal correctionnel de Versailles. Si M. A conteste la matérialité de ces faits, celle-ci a été établie par le jugement du tribunal correctionnel de Versailles du 15 mars 2021, devenu définitif, soit à une date antérieure à la naissance B et à l'envoi par le CNAPS de l'accusé réception de sa demande de renouvellement, alors qu'en outre il ne justifie pas de la réalité de la demande présentée en 2020 dont il se prévaut. Ainsi, en retenant que ces faits caractérisent des agissements incompatibles avec l'exercice d'une activité privée de sécurité, le CNAPS n'a pas fait une appréciation erronée des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.
6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de ces conclusions, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de carte professionnelle d'agent de sécurité. Les conclusions de la requête en ce sens doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
Sur la fin de non-recevoir soulevée par le directeur du CNAPS :
7. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa rédaction résultant du décret n° 2016-1480 du 2 novembre 2016 portant modification du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.
8. Il résulte de l'instruction que M. A a, en cours d'instance, adressé au CNAPS une demande d'indemnisation de ses préjudices résultant de négligences dans le traitement de sa demande de renouvellement de carte professionnelle. Cette demande indemnitaire préalable a été notifiée le 21 juin 2023. En l'absence de réponse à cette demande, une décision implicite de rejet est née le 21 août 2023. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'à la date du jugement attaqué, l'intervention de cette décision implicite a régularisé la requête du demandeur en liant le contentieux. Par suite, il y a lieu d'écarter la fin de non-recevoir soulevée par le CNAPS.
Sur la responsabilité du CNAPS :
9. Il résulte de l'instruction que M. A, dont la carte professionnelle arrivait à échéance le 6 janvier 2021, au terme d'une prolongation de six mois de validité accordée par le CNAPS, n'a présenté sa demande de renouvellement que le 16 février 2021, en dépit de plusieurs courriers de son employeur lui demandant d'accomplir une telle démarche. Par ailleurs, alors qu'une décision implicite de rejet de sa demande était née depuis plusieurs mois, ce n'est que le 4 avril 2022 qu'il a saisi le CNAPS d'un recours préalable. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le traitement de sa demande a été anormalement long ni que le CNAPS aurait fait preuve de négligences.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Le CNAPS n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de M. A à fin d'octroi d'une somme au titre des frais liés à l'instance et non compris dans les dépens, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Boutault et au conseil national des activités de sécurité privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Mégret, présidente,
Mme Rivet, première conseillère,
M. Gibelin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.
Le rapporteur,
signé
F. GibelinLa présidente,
signé
S. Mégret
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026