jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2205635 |
| Type | Décision |
| Recours | Question préjudicielle |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SELAS SORBA PAYRAU |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 14 juin 2022, enregistrée le 18 juillet 2022 au greffe du tribunal, le tribunal judiciaire de Bobigny a sursis à statuer dans l'instance opposant la commune d'Orsay et la société " Les Fils de Mme A " et saisi le tribunal de l'interprétation de l'article 25 a) du traité d'exploitation des marchés publics de la commune d'Orsay du 23 octobre 1964 tel que modifié par avenant n° 21 du 14 février 2003 et plus particulièrement des deux questions préjudicielles suivantes :
1°) les termes " emplacements régulièrement occupés " doivent-ils être interprétés comme excluant les linéaires " volants " réservés aux commerçants occasionnels, non abonnés '
2°) les termes " le montant de la redevance prévue à l'article 23 sera révisé systématiquement chaque année proportionnellement au nombre de places réellement occupées " doivent-ils être interprétés comme impliquant l'application de la formule de révision : " redevance révisée = redevance de base * taux d'occupation effectif " ou bien " redevance de base * (taux d'occupation effectif / 75) " '
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 juillet 2022 et 27 février 2023, la commune d'Orsay, représentée par Me Forray, conclut d'une part, que les termes " emplacements réellement occupés " doivent être interprétés comme excluant les linéaires volants réservés aux commerçants occasionnels non abonnés et d'autre part, que les termes " le montant de la redevance prévue à l'article 23 sera révisé systématiquement chaque année proportionnellement au nombre de places réellement occupées " doivent être interprétés comme impliquant l'application de la formule " redevance révisée = redevance de base * (taux d'occupation effectif / 75) " et enfin, qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société " Les Fils de Mme A " au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les termes " emplacements régulièrement occupés " doivent être interprétés comme ne portant que sur les commerçants abonnés, qui seuls occupent " régulièrement " ou habituellement ces emplacements, la redevance devant être calculée sur la partie stable et prévisible des recettes ;
- la formule de révision doit être calculée selon les modalités " redevance révisée = redevance de base * (taux d'occupation effectif / 75) ", à défaut de quoi, le délégataire est incité à maintenir un taux d'occupation réel inférieur à 75 % pour diminuer le montant de la redevance qu'il lui appartient de verser à la commune ;
- le taux de 75 % doit ainsi être regardé comme la référence pour le calcul de la révision du montant de la redevance;
- retenir la formule de révision " redevance révisée = redevance de base * taux d'occupation effectif " conduit à un effet de seuil très important.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 décembre 2022 et 15 mars 2023, la société " Les fils de Mme A ", représentée par Me Laroche, conclut d'une part, que les termes " emplacements réellement occupés " doivent être interprétés comme n'excluant pas les linéaires " volants " dont il est allégué qu'ils sont réservés aux commerçants occasionnels, non abonnés, d'autre part, que les termes " le montant de la redevance prévue à l'article 23 sera révisé systématiquement chaque année proportionnellement au nombre de places réellement occupées " doivent être interprétés comme " redevance révisée = redevance de base * taux d'occupation effectif " et enfin, qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune d'Orsay au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- interpréter les termes " emplacements régulièrement occupés " comme ne portant que sur les commerçants abonnés conduirait à rompre l'équilibre économique global de la concession, dès lors que le montant de la redevance ne serait plus proportionnel à celui des droits de place perçus auprès de l'ensemble des commerçants, abonnés ou non ;
- ces termes comprennent nécessairement les commerçants abonnés et volants, aucune clause du contrat ne faisant la distinction entre ces commerçants ;
- la révision du montant de la redevance doit être proportionnelle au nombre de places réellement occupées lorsque ce taux est inférieur à 75 %, afin de maintenir l'équilibre économique du contrat de concession par la formule " redevance révisée = redevance de base * taux d'occupation effectif " ;
- la clause de révision ne serait pas applicable si elle décidait sciemment de maintenir un taux d'occupation inférieur à 75 %.
Par un courrier du 6 mars 2023, les parties ont été informées que la clôture de l'instruction était susceptible d'être prononcée à compter du 21 mars 2023 en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
Par une ordonnance du 21 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée le même jour en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure civile ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grenier,
- les conclusions de Mme Marc, rapporteure publique,
- et les observations de Me Keita représentant la commune d'Orsay et de Me Beye, substituant Me Laroche, représentant la société " Les fils de Mme A ".
Une note en délibéré, présentée pour la société " Les fils de Mme A ", a été enregistrée le 8 juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article 49 du code de procédure civile : " () Lorsque la solution d'un litige dépend d'une question soulevant une difficulté sérieuse et relevant de la compétence de la juridiction administrative, la juridiction judiciaire initialement saisie la transmet à la juridiction administrative compétente en application du titre Ier du livre III du code de justice administrative. Elle sursoit à statuer jusqu'à la décision sur la question préjudicielle. ". Selon l'article R. 771-2-1 du code de justice administrative : " Lorsque la juridiction administrative compétente est saisie d'une question préjudicielle soulevée par une juridiction judiciaire, l'affaire est instruite et jugée comme une affaire urgente. / Les délais les plus brefs sont donnés aux parties pour produire leurs observations. A défaut de production dans le délai imparti, il est passé outre sans mise en demeure ".
2. Le 23 octobre 1964, la commune d'Orsay a concédé aux consorts B et A, aux droits desquels vient la société " Les fils de Mme A " l'exploitation des marchés publics forains communaux. Le traité d'exploitation des marchés publics d'approvisionnement du 23 octobre 1964 a été modifié, en dernier lieu, par un avenant n° 21 du 14 février 2003. Saisi d'un litige relatif au versement des redevances prévues par le traité d'exploitation des marchés publics de la commune d'Orsay tel que modifié par l'avenant n° 21, le juge de la mise en état du tribunal judiciaire de Bobigny a saisi le tribunal, par une ordonnance du 14 juin 2022, enregistrée le 18 juillet 2022 au greffe du tribunal, d'une question préjudicielle relative à l'interprétation de l'article 25 a) du traité d'exploitation des marchés publics de la commune d'Orsay.
3. L'article 25 a) du traité d'exploitation des marchés publics de la commune d'Orsay, tel que modifié par l'avenant n° 21 du 14 février 2003 stipule que : " Il est convenu que, si le taux d'occupation des emplacements régulièrement occupés lors des séances de marché était inférieur à 75% de ceux exploités, par suite de diverses circonstances non imputables au délégataire, le montant de la redevance prévue à l'article 23 sera révisé systématiquement chaque année proportionnellement au nombre de places réellement occupées. Pour ce faire, il sera fait contradictoirement, au cours de 4 séances consécutives des mois d'avril et d'octobre, le décompte des mètres occupés, et la moyenne déterminera le décompte des places occupées habituellement justifiant le calcul de la redevance ".
4. L'article 18 de l'avenant n° 21 du 14 février 2003 au traité d'exploitation du 23 octobre 1964 prévoit que le délégataire perçoit d'une part, des droits de place, dont le tarif est fixé selon que les emplacements sont couverts ou découverts en fonction du mètre linéaire de façade ainsi que, pour les commerçants non abonnés, un supplément par mètre linéaire de façade fixé à 0,50 euros à compter du 1er mars 2003. D'autre part, le délégataire perçoit également une redevance d'animation et de publicité par commerçant et par séance de marché.
5. L'article 23 de ce même avenant fixe les redevances applicables. Selon l'article 23-1, le délégataire verse à la commune d'Orsay une redevance forfaitaire annuelle de 40 000 euros, qui est révisée dans les conditions prévues par l'article 24 de cet avenant. En vertu de l'article 23-2 de cet avenant, la commune perçoit également une redevance égale à 35 % du résultat d'exploitation annuel du délégataire. De plus, selon l'article 23-3 de cet avenant, le délégataire verse à la commune une redevance spéciale, forfaitaire et non révisable calculée pour être égale à l'annuité d'un emprunt de 150 000 euros au taux de 4,5 % sur une durée de quinze années.
6. Enfin, l'article 24 de l'avenant n° 21 stipule que le tarif journalier des perceptions prévu à l'article 18 et la redevance déterminée à l'article 23-1 seront révisés au moins une fois chaque année " dans la même proportion et à la même date " et " subiront la même évolution " que la formule de variation définie par cet article.
7. En premier lieu, il résulte de l'ensemble de ces stipulations qu'il existe une corrélation entre le tarif journalier des perceptions, calculé ainsi que le prévoit l'article 18 de l'avenant n° 21 du 14 février 2003 et le montant de la redevance forfaitaire annuelle prévue par l'article 23-1 du même avenant qui sont révisés dans la même proportion. Il résulte de ces mêmes stipulations que les droits de place sont calculés par mètre linéaire de façade pour les commerçants abonnés ou non, avec un supplément pour ces derniers. En outre, en vertu du dernier alinéa de l'article 25 a) de l'avenant n° 21 du 14 février 2003, les emplacements habituellement occupés sont déterminés par la moyenne du " décompte des mètres occupés ", celui-ci étant réalisé contradictoirement au cours de quatre séances consécutives de marché des mois d'avril et d'octobre. Ces stipulations se réfèrent ainsi aux " mètres occupés ", sans distinguer selon qu'ils le sont par des commerçants abonnés ou non.
8. Il résulte de ce qui précède, qu'en réponse à la première question de l'ordonnance du 14 juin 2022 du juge de la mise en état du tribunal judiciaire de Bobigny, les termes " emplacements régulièrement occupés " doivent s'entendre des places habituellement occupées, déterminées selon les modalités fixées par le dernier alinéa de l'article 25 a) de l'avenant n° 21 du 14 février 2003 en fonction du décompte des " mètres occupés " au cours de quatre séances consécutives des mois d'avril et d'octobre, sans exclure les linéaires volants occupés par des commerçants occasionnels non abonnés.
9. En second lieu, d'une part, il résulte des stipulations combinées des articles 23-1 et 25 a) de l'avenant n° 21 du 14 février 2003, que le délégataire verse une redevance annuelle forfaitaire de 40 000 euros lorsque le taux d'occupation des emplacements régulièrement occupés lors des séances de marché est de 75 % ou plus. En revanche, le montant de la redevance est révisé lorsque ce taux d'occupation est inférieur à 75 % et ce pour des circonstances qui ne sont imputables au délégataire et doivent donc être regardées comme étant extérieures, imprévisibles et indépendantes des actions du délégataire. Par suite, la commune d'Orsay n'est pas fondée à soutenir que, dans l'hypothèse dans laquelle le montant révisé de la redevance serait calculé selon la formule " redevance révisée = redevance de base * taux d'occupation effectif ", le délégataire aurait sciemment intérêt à maintenir un taux d'occupation des emplacements régulièrement occupés lors des séances de marché inférieur à 75 %, dès lors qu'en un tel cas, la clause de révision ne s'appliquerait pas.
10. D'autre part, il résulte des stipulations de l'article 25 a) de l'avenant n° 21 du 14 février 2003 que lorsque le taux d'occupation des emplacements régulièrement occupés lors des séances de marché est inférieur à 75 %, le montant de la redevance annuelle forfaitaire de 40 000 euros est révisé " proportionnellement au nombre de places réellement occupées ". Ainsi qu'il a été dit, le montant de la redevance forfaitaire annuelle est proportionnel aux droits de place perçus par le délégataire, dont le montant diminue nécessairement lorsque le taux d'occupation des emplacements habituellement occupés par rapport au nombre total d'emplacements exploités diminue. Il résulte de ces stipulations que le taux de 75 % de places habituellement occupées, donnant lieu au versement à la commune d'Orsay d'une redevance forfaitaire annuelle de 40 000 euros par le délégataire constitue le seuil de référence permettant d'assurer l'équilibre économique de la concession. Par suite, la commune d'Orsay est fondée à soutenir que la redevance doit être révisée en fonction du nombre de places réellement occupées par rapport à un seuil de référence de 75%.
11. Il résulte de ce qui précède, qu'en réponse à la seconde question de l'ordonnance du 14 juin 2022 du juge de la mise en état du tribunal judiciaire de Bobigny, les termes " le montant de la redevance prévue à l'article 23 sera révisé systématiquement chaque année proportionnellement au nombre de places réellement occupées " doivent être interprétés comme impliquant l'application de la formule de révision : " redevance révisée = redevance de base * (taux d'occupation effectif / 75) ".
Sur les frais liés à l'instance :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que présentent la commune d'Orsay et la société " Les fils de Mme A " au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il y a lieu d'interpréter les termes " emplacements régulièrement occupés " de l'article 25 a) de l'avenant n° 21 du 14 février 2003 au traité d'exploitation des marchés publics d'approvisionnement du 23 octobre 1964 comme incluant les linéaires " volants " habituellement occupés décomptés selon les modalités fixées par le dernier alinéa de l'article 25 a) de l'avenant n° 21 du 14 février 2003, qu'ils soient occupés par des commerçants occasionnels abonnés ou non.
Article 2 : Il y a lieu d'interpréter les termes de l'article 25 a) de l'avenant n° 21 du 14 février 2003 au traité d'exploitation des marchés publics d'approvisionnement du 23 octobre 1964 selon lesquels " le montant de la redevance prévue à l'article 23 sera révisé systématiquement chaque année proportionnellement au nombre de places réellement occupées " comme s'effectuant selon la formule " redevance de base * (taux d'occupation effectif / 75) ".
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune d'Orsay et la société " Les Fils de Mme A " au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié au président du tribunal judiciaire de Bobigny, à la commune d'Orsay et à la société " Les Fils de Mme A ".
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Grenier, présidente,
- Mme Caron, première conseillère,
- M. Connin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe, le 22 juin 2023.
La présidente-rapporteure,
signé
C. Grenier
L'assesseure la plus ancienne
dans le grade,
signé
V. Caron
La greffière,
signé
G. Le Pré
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2300356
**Sujet principal** : Demande d'indemnisation d'un agent public pour absence de réintégration après une période de disponibilité. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Marseille (8ème chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la fin de non-recevoir opposée par la commune, estimant que le requérant a bien produit l'ensemble des pièces requises selon l'article R. 414-5 du code de justice administrative. **Textes appliqués** : Article R. 414-5 du code de justice administrative (règles de procédure concernant la production des pièces).
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2302852
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