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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2205684

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2205684

mercredi 19 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2205684
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSCP LONQUEUE SAGALOVITSCH EGLIE RICHTERS & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 juillet et 25 octobre 2022, la société Rubner construction bois, représentée par Me Sultan, demande au juge des référés du tribunal, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner la communauté d'agglomération Grand Paris Sud Seine Essonne Sénart à lui verser à titre de provision le solde du marché s'élevant à la somme de 102 974,96 euros ;

2°) de condamner la communauté d'agglomération Grand Paris Sud Seine Essonne Sénart à lui verser les intérêts moratoires à compter du 11 avril 2022 ;

3°) de condamner la communauté d'agglomération Grand Paris Sud Seine Essonne Sénart à lui verser l'indemnité pour frais de recouvrement de 40 euros ;

4°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Grand Paris Sud Seine Essonne Sénart la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable, dès lors qu'il ne peut exister de différend au sens de l'article 50 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux en cas de naissance d'un décompte général tacite

- la réception des travaux du lot n°2 présente un caractère définitif à la date du 17 juin 2021, dès lors que la réalisation concluante d'épreuves n'est pas une condition suspensive de la réception, mais une condition potentiellement résolutoire en application de l'article 41.4 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux )(CCAG Travaux) ;

- la communauté d'agglomération a décidé de lever toutes les réserves, ce qui établit que la réception " sous réserve " était irrégulière ;

- les documents particuliers du marché litigieux ne prévoyaient pas la réalisation d'un autocontrôle sur la mise en eau des chéneaux bordant les toitures ;

- le décompte général qu'elle a adressé est devenu le décompte général et définitif depuis le 11 mars 2022 et présente un caractère intangible ;

- en l'absence de rejet du projet de décompte général, le maître d'ouvrage a renoncé à toute réclamation, y compris celle relative aux pénalités ;

- elle est ainsi fondée à demander le paiement du solde du marché, qui présente un caractère non sérieusement contestable.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 septembre et 23 novembre 2022, la communauté d'agglomération Grand Paris Sud Seine Essonne Sénart, représentée par Me Sagalovitsch, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société Rubner construction bois au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence de mémoire en réclamation préalable portant sur le solde du marché adressé par la société requérante avant l'introduction de son recours contentieux ;

- le cahier des clauses administratives particulières du marché renvoie au cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux approuvé par l'arrêté du 8 septembre 2009, et non au même cahier dans sa rédaction résultant de l'arrêté du 3 mars 2014 et aucun décompte tacite n'a ainsi pu intervenir ;

- les essais prévus par l'article 3.5.2 du cahier des clauses techniques particulières portent nécessairement sur les chéneaux ainsi que cela résulte de l'article 3.4.5.2 du même cahier et la réception a été prononcée sous réserve de la réalisation de ces essais prévus par les stipulations contractuelles ;

- la réception des travaux a été prononcée sous réserve de la réalisation de prestations prévues par les stipulations du marché en application de l'article 41.5 du CCAG Travaux et non de l'article 41.6 de ce même cahier ;

- les réserves ont été levées le 27 septembre 2022, délai à compter duquel les délais prévus par l'article 13.3.2 du CCAG Travaux ont commencé à courir, aucun décompte général tacite n'étant né ;

- le différend sur le montant des pénalités dues par la société requérante donne à la créance dont elle se prévaut un caractère sérieusement contestable.

Par une ordonnance du 24 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux,

- l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

2. La communauté d'agglomération Grand Paris Sud Seine Essonne Sénart a attribué un marché portant sur les travaux de construction du groupe scolaire Saint-Exupéry sur le territoire de la commune de Saint-Pierre-du-Perray. Par un acte d'engament du 14 septembre 2018, notifié le 19 septembre 2018, la société Vaninetti s'est vue attribuer le lot n°2 " Charpente bois / couverture " de ce marché. Par un avenant n°2 du 2 avril 2021, le lot n°2 de ce marché a été transféré à la société Rubner construction bois, qui détient à 100% la société Vaninetti depuis le 1er janvier 2019. Le 9 septembre 2021, les travaux ont été réceptionnés avec des réserves et également sous réserve de l'exécution concluante d'épreuves. Le 12 octobre 2021, la société Rubner construction bois a adressé son projet de décompte final au maître d'œuvre et au maître d'ouvrage. En l'absence de projet de décompte général du maître d'ouvrage, la société Rubner construction bois lui a adressé, par un courrier du 25 février 2022, reçu le 1er mars suivant, un projet de décompte général faisant apparaître un solde créditeur à son profit d'un montant de 102 974,96 euros.

3. La société Rubner construction bois fait valoir qu'en l'absence de notification du décompte général du lot n°2 par la communauté d'agglomération Grand Paris Sud Seine Essonne Sénart, le projet de décompte général qu'elle lui a adressé le 25 février 2022 est devenu définitif. Elle demande au juge des référés de lui verser une provision de 102 974,96 euros correspondant au solde du marché sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative.

4. En premier lieu, l'article 3.1 du cahier des clauses administratives particulières du marché (CCAP) relatif aux travaux de construction du groupe scolaire Saint-Exupéry à Saint-Pierre du Perray stipule que le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG Travaux) approuvé par arrêté du 8 septembre 2009 est applicable au marché litigieux. En l'absence d'autre précision ou stipulation du CCAP, le CCAG Travaux applicable est celui résultant de l'arrêté du 8 septembre 2009, dans sa rédaction modifiée par l'arrêté du 3 mars 2014, applicable à la date d'attribution du marché.

5. Aux termes de l'article 13.3 " Demande de paiement finale " du CCAG Travaux, dans sa réaction applicable en l'espèce : " 13.3.1. Après l'achèvement des travaux, le titulaire établit le projet de décompte final, concurremment avec le projet de décompte mensuel afférent au dernier mois d'exécution des prestations ou à la place de ce dernier (). / 13.3.2. Le titulaire transmet son projet de décompte final, simultanément au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur, par tout moyen permettant de donner une date certaine, dans un délai de trente jours à compter de la date de notification de la décision de réception des travaux telle qu'elle est prévue à l'article 41.3 ou, en l'absence d'une telle notification, à la fin de l'un des délais de trente jours fixés aux articles 41.1.3 et 41.3. / Toutefois, s'il est fait application des dispositions de l'article 41.5, la date du procès-verbal constatant l'exécution des travaux visés à cet article est substituée à la date de notification de la décision de réception des travaux comme point de départ des délais ci-dessus. / S'il est fait application des dispositions de l'article 41.6, la date de notification de la décision de réception des travaux est la date retenue comme point de départ des délais ci-dessus. / 13.3.3. Le maître d'œuvre accepte ou rectifie le projet de décompte final établi par le titulaire. Le projet accepté ou rectifié devient alors le décompte final () ". Selon l'article 13.4 du même cahier : " () / 13.4.2. Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. / Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général à la plus tardive des deux dates ci-après : / - trente jours à compter de la réception par le maître d'œuvre de la demande de paiement finale transmise par le titulaire ; / - trente jours à compter de la réception par le représentant du pouvoir adjudicateur de la demande de paiement finale transmise par le titulaire () ". L'article 13.4.4 du même cahier stipule que : " Si le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire le décompte général dans les délais stipulés à l'article 13.4.2, le titulaire notifie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé, composé : / - du projet de décompte final tel que transmis en application de l'article 13.3.1 ; / - du projet d'état du solde hors révision de prix définitive, établi à partir du projet de décompte final et du dernier projet de décompte mensuel, faisant ressortir les éléments définis à l'article 13.2.1 pour les acomptes mensuels ; / - du projet de récapitulation des acomptes mensuels et du solde hors révision de prix définitive. / Dans un délai de dix jours à compter de la réception de ces documents, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie le décompte général au titulaire. Le décompte général et définitif est alors établi dans les conditions fixées à l'article 13.4.3. / Si, dans ce délai de dix jours, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas notifié au titulaire le décompte général, le projet de décompte général transmis par le titulaire devient le décompte général et définitif. Le délai de paiement du solde, hors révisions de prix définitives, court à compter du lendemain de l'expiration de ce délai. / Le décompte général et définitif lie définitivement les parties, sauf en ce qui concerne les montants des révisions de prix et des intérêts moratoires afférents au solde. Le cas échéant, les révisions de prix sont calculées dans les conditions prévues à l'article 13.4.2. ".

6. Aux termes de l'article 41.4 du CCAG Travaux, dans sa réaction applicable en l'espèce : " 41.4. Dans le cas où certaines épreuves doivent, conformément aux stipulations prévues par les documents particuliers du marché, être exécutées après une durée déterminée de service des ouvrages ou certaines périodes de l'année, la réception ne peut être prononcée que sous réserve de l'exécution concluante de ces épreuves. / Si de telles épreuves, exécutées pendant le délai de garantie défini à l'article 44. 1, ne sont pas concluantes, la réception est rapportée. ". Selon l'article 41.5 du même cahier : " 41.5 S'il apparaît que certaines prestations prévues par les documents particuliers du marché et devant encore donner lieu à règlement n'ont pas été exécutées, le maître de l'ouvrage peut décider de prononcer la réception, sous réserve que le titulaire s'engage à exécuter ces prestations dans un délai qui n'excède pas trois mois. La constatation de l'exécution de ces prestations doit donner lieu à un procès-verbal dressé dans les mêmes conditions que le procès-verbal des opérations préalables à la réception prévu à l'article 41.2 ". L'article 41.6 du même cahier stipule que : " 41.6. Lorsque la réception est assortie de réserves, le titulaire doit remédier aux imperfections et malfaçons correspondantes dans le délai fixé par le représentant du pouvoir adjudicateur ou, en l'absence d'un tel délai, trois mois avant l'expiration du délai de garantie défini à l'article 44.1 () ".

7. Il résulte des articles 13.3.1, 13.3.2, 41.3 et 41.5 du CCAG Travaux, dans sa rédaction approuvée par l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009, que, lorsque le maître de l'ouvrage ne notifie au titulaire aucune décision expresse de réception ou de refus de réception dans les trente jours suivant la date du procès-verbal des opérations préalables à la réception, les propositions du maître d'œuvre s'imposent au maître de l'ouvrage et au titulaire. Dans ce cas, le point de départ du délai de trente jours pendant lequel le titulaire doit, en application de l'article 13.3.2 du CCAG, transmettre son projet de décompte final, est alors déterminé au regard de la proposition du maître d'œuvre relative à la réception. Lorsque le maître d'œuvre propose de réceptionner l'ouvrage au moins en partie sous réserves, le délai ouvert au titulaire pour transmettre son projet de décompte final court à compter du procès-verbal de levée de ces réserves, y compris, le cas échéant, pour les travaux qu'il propose de réceptionner sans réserves ou avec réserves. Lorsque le pouvoir adjudicateur entend prononcer la réception en faisant application de l'article 41.6 du CCAG Travaux relatif à la réception avec réserves des travaux, la date de notification de la décision de réception des travaux, et non la date de levée des réserves comme pour la réception sous réserves prévues par l'article 41.5 de ce CCAG, constitue le point de départ des délais d'établissement du décompte final, quelle que soit l'importance des réserves émises par le pouvoir adjudicateur.

8. D'une part, il résulte de l'instruction et notamment du procès-verbal de réception des travaux du lot n° 2 " Charpente bois / couverture " du marché litigieux attribué à la société Rubner Construction bois que la réception a été prononcée à la fois avec réserve en application de l'article 41.6 du CCAG Travaux et " sous réserve " en application de l'article 41.5 du même cahier cité au point 6. La réception " sous réserve " portait sur l'exécution concluante des épreuves énumérées au document intitulé " compte-rendu N°99 " et ses annexes jointes à la décision de réception et plus précisément, selon ce compte-rendu, sur " la fourniture du rapport et autocontrôle sur essai en eau des chéneaux (couverture et casquettes). ".

9. D'autre part, la société Rubner construction bois fait valoir que l'article 3.5.2 du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) du lot n° 2 prévoyait " la réalisation d'essais de mise en eau des diverses terrasses et toiture conformément aux prescriptions du DTU " en ce qui concerne " la sécurité pendant les travaux et essais de mise en eau des terrasses " et que l'article 4.1 du même cahier relatif aux " chéneaux en rives ", variante retenue en remplacement des gouttières en zinc, les chéneaux étant placés en rive des couverture zinc en partie courante et des couvertures des auvents ne prévoyait pas d'essais sur la mise en eau des chéneaux, la réception n'ayant ainsi pu être prononcée " sous réserve " en application de l'article 41.5 du CCAG Travaux cité au point 6, ce qui faisait nécessairement courir le délai de trente jours pour établir le projet de décompte final du marché à compter de la notification de la décision de réception des travaux, le 16 septembre 2021, ainsi qu'il est dit au point 7.

10. Il résulte toutefois de l'article 2.4 " Essais " du CCTP du lot n° 2 attribué à la société Rubner construction bois que : " En cours de chantier il pourra être demandé à l'entreprise de réaliser des essais sur les matériaux mis en œuvre ou des essais d'hygrométrie sur les différents matériaux. Tous les essais doivent se conclure par des résultats positifs. / En cas de non-conformité l'entreprise mettra en œuvre toutes les dispositions (chauffage, matériaux conformes, réalisations suivant DTU), afin de retrouver des résultats acceptables. / L'entreprise doit la réalisation de ses autocontrôles avec établissement de PV établis sur formulaires légaux (cas des COPREC par exemple) ou sur feuilles libres à entête en précisant la méthodologie et le principe normatif appliqué. / Les essais prévus par l'UNP sont applicables ". L'article 2.6 du même cahier prévoit également que le dossier de recollement doit comprendre notamment les procès-verbaux des essais et les fiches d'autocontrôle.

11. Il résulte de ce qui précède que la réalisation d'autocontrôles par le titulaire du lot n°2 était prévue par les stipulations contractuelles. Il n'est pas contesté que la société Rubner construction bois n'avait pas procédé à l'autocontrôle sur l'essai de la mise en eau des chéneaux à la date de la réception des travaux, ainsi que cela lui avait été demandé comme l'établit le compte-rendu de chantier n° 99 du 17 juin 2021. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que la réception prononcée sous réserve de la " fourniture du rapport et autocontrôle sur essai en eau des chéneaux (couverture et casquettes) " aurait été irrégulière.

12. Il résulte de ce qui précède que société Rubner construction bois n'est pas fondée à soutenir qu'en application des principes rappelés au point 7, le délai pour l'établissement du décompte général du lot n° 2 du marché litigieux aurait couru à compter de la date de notification de la décision de réception des travaux du 9 septembre 2021, soit à compter du 16 septembre 2021. Il suit de là que la créance dont se prévaut la société Rubner construction bois en raison de la naissance d'une décompte général tacite à compter du 11 mars 2022 en application de l'article 13.4.4 du CCAG Travaux correspondant au projet de décompte général signé adressé au représentant du pouvoir adjudicateur par la société requérante, le 25 février 2022 et reçu le 1er mars suivant, ne présente pas, en l'état de l'instruction, un caractère non sérieusement contestable.

13. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non recevoir soulevée en défense, la requête de la société Rubner construction bois doit être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Rubner construction bois est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Rubner construction bois et à la communauté d'agglomération Grand Paris Sud Seine Essonne Sénart.

Fait à Versailles, le 19 juillet 2023.

La juge des référés,

signé

C. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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