jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2205951 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | TARON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er août 2022 et 7 février 2023, M. A C B, représenté par Me Taron, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier du Vésinet à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, assortie des intérêts à compter de la réception de sa demande préalable indemnitaire et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été victime d'une procédure disciplinaire abusive de la part du centre hospitalier, constitutive d'une faute ;
- les faits qui lui étaient reprochés ne revêtaient pas de caractère suffisant de vraisemblance et ne pouvaient donc conduire à une suspension de fonctions ;
- il a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence, qu'il évalue à 30 000 euros, en raison de la dégradation de son état psychologique et de son placement en garde à vue à la suite de la saisine du procureur de la République par le centre hospitalier, qui découlent directement de la faute commise par l'établissement.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 9 septembre 2022 et 3 avril 2023, le centre hospitalier le Vésinet, représenté par Me Jaafar, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. C B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'il n'a commis aucune faute et qu'en outre le requérant ne justifie ni de son préjudice ni d'un lien direct de causalité avec la faute alléguée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de procédure pénale ;
- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,
- et les conclusions de M. Chavet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, recruté dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée par le centre hospitalier le Vésinet pour occuper les fonctions d'aide-soignant, en dernier lieu au service de nuit de l'établissement des Oliviers, a été suspendu de ses fonctions à titre conservatoire et provisoire par une décision du 13 février 2020 à la suite de la dénonciation par une patiente de faits d'attouchements sexuels. Le conseil de discipline, dans sa séance du 19 novembre 2020, a estimé que les éléments qui lui étaient soumis ne permettaient pas de prononcer une sanction à l'encontre de M. C B. Aucune sanction n'a alors été infligée à l'intéressé. M. C B a présenté auprès du centre hospitalier, le 7 juin 2022, une demande préalable indemnitaire afin d'obtenir réparation des préjudices résultant de la mesure de suspension et de la procédure disciplinaire. Cette demande a été rejetée par une décision du 27 juillet suivant. M. C B demande au tribunal de condamner l'établissement à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.
2. D'une part, aux termes de l'article 39-1 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : " En cas de faute grave commise par un agent contractuel, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité définie à l'article 40 du présent décret. La durée de la suspension ne peut toutefois excéder celle du contrat / L'agent contractuel suspendu conserve sa rémunération et les prestations familiales obligatoires. Sauf en cas de poursuites pénales, l'agent ne peut être suspendu au-delà d'un délai de quatre mois. Si, à l'expiration de ce délai, aucune décision n'a été prise par l'autorité précitée, l'intéressé, sauf s'il fait l'objet de poursuites pénales, est rétabli dans ses fonctions () ". Ces dispositions trouvent à s'appliquer dès lors que les faits imputés à l'intéressé présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité.
3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, pour prendre la mesure de suspension de fonctions litigieuse sur le fondement des dispositions précitées et saisir le conseil de discipline, le centre hospitalier le Vésinet s'est fondé sur les déclarations réitérées d'une patiente en état de vulnérabilité, qui ne pouvait communiquer que par des gestes, faites auprès de l'orthophoniste de l'établissement selon lesquelles elle avait été victime à la fin du mois de décembre 2019 d'attouchements sexuels de la part d'un membre du personnel de nuit, dont la description correspondait à M. C B. L'intéressée a confirmé ses déclarations auprès de la cadre de santé. Son mari a en outre déposé, à raison de ces faits, une plainte pénale, dont il n'est pas établi qu'elle aurait fait l'objet d'un classement. Contrairement à ce que soutient le requérant, les faits qui lui étaient reprochés, dont la gravité n'est pas contestée présentaient ainsi, alors même qu'ils n'étaient pas précisément datés, un degré de vraisemblance suffisant pour justifier, dans l'intérêt du service, qu'il soit temporairement écarté du service, compte tenu notamment des impératifs de protection des personnes vulnérables hébergées au sein de l'établissement.
4. D'autre part, aux termes de l'article 39-1 du décret du 6 février 1991 : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent contractuel dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire, sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal. ".
5. Eu égard aux éléments dont il disposait et qui ont été précédemment exposés au point 3, et dès lors que la résidente a confirmé ses déclarations à plusieurs reprises, notamment auprès du directeur délégué du centre hospitalier, il appartenait au directeur de l'établissement de mettre en œuvre une procédure disciplinaire à l'égard de M. C B. La circonstance que l'enquête administrative ait été retardée jusqu'au mois de septembre 2020, en période de crise sanitaire, ne saurait suffire à faire regarder cette procédure comme abusive et, par conséquent, fautive, alors qu'en outre M. C B, qui a été réintégré à l'issue de la période de suspension de fonctions de quatre mois, a conservé l'intégralité de son traitement au cours de cette période. A cet égard, sont sans incidence les circonstances que la commission consultative paritaire ait émis, le 19 novembre 2020, un avis défavorable à son licenciement pour faute ainsi qu'à toute sanction, ce qui au demeurant a conduit le centre hospitalier à ne prendre aucune sanction, que les état de service de M. C B soient bons et que ses collègues aient signé une pétition en sa faveur.
6. Dans ces conditions, aucune faute ne peut être reprochée au centre hospitalier le Vésinet. Les conclusions indemnitaires de M. C B doivent dès lors être rejetées ainsi que celles, par voie de conséquence, présentées au titre des frais liés au litige. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C B la somme demandée par le centre hospitalier au titre des mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier le Vésinet au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au centre hospitalier le Vésinet.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lellouch, présidente,
M. Gibelin, premier conseiller,
Mme Corthier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
F. GibelinLa présidente,
signé
J. Lellouch
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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