jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2205973 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7éme chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 août 2022 et le 28 mars 2023, M. A B et Mme C B, représentés par Me Gilles Cohen, demandent au tribunal :
1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux qui ont été mis à leur charge au titre de l'année 2014, pour un montant total en droits et pénalités de 467 699 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :
En ce qui concerne la proposition de rectification du 23 novembre 2017 :
- la procédure d'examen de la situation fiscale personnelle est irrégulière, les contribuables n'ayant pas été informés de sa prorogation au-delà d'un an de la durée du contrôle ;
- la prolongation de la durée de ce contrôle est irrégulière, celui-ci étant motivé par le défaut de production de relevés de compte que l'administration n'a pas cherché à obtenir par l'exercice de son droit de communication et le service ne pouvant prolonger indéfiniment l'examen de leur situation pour ce motif ;
- la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée en ce qui concerne les sommes provenant de la société Kedepro ;
- le service a qualifié à tort ces avances en rémunérations ou distributions occultes au sens de l'article 111-c du code général des impôts, car elles relèvent de l'article 111-a de ce code et la majoration de 25% n'y est pas applicable
- ces sommes ont fait l'objet d'un remboursement ;
- la majoration de 25% appliquée à ces sommes n'est pas motivée ;
- les sommes provenant de la SCI JSK ne correspond pas à une rémunération occulte mais à un remboursement de compte-courant d'associé ;
- la SCI JSK n'est pas assujettie à l'impôt sur les sociétés, de sorte qu'elle ne peut être regardée comme ayant effectué des distributions occultes ;
- la majoration de 25% appliquée aux sommes provenant de la SCI JSK n'est pas motivée ;
- les pénalités pour manquement délibéré ne sont pas fondées, les avances en compte courant ayant été intégralement remboursées, la SCI JSK ayant été partiellement remboursée et l'administration n'établissant pas la mauvaise foi du contribuable s'agissant des revenus d'origine indéterminée.
En ce qui concerne la proposition de rectification du 24 janvier 2019 :
- la procédure d'examen de la situation fiscale personnelle est irrégulière, celui-ci ayant eu une durée excessive, nonobstant la prorogation du délai de reprise ;
- cette procédure de contrôle a été close par l'envoi de la première proposition de rectification du 23 novembre 2017, de sorte que les rehaussements proposés en 2019 ne pouvait s'inscrire dans le cadre de cette même procédure ;
- ils avaient sur le fondement de l'article L. 76B du livre des procédures fiscales expressément sollicité auprès du service la communication des éléments obtenus auprès des autorités belges par courrier du 8 octobre 2018 et le service a omis de répondre à leur demande.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, l'administrateur général chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile de France conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lutz, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B ont reçu le 14 novembre 2015 un avis d'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle. À la suite de cette procédure de contrôle, le service leur a notifié deux propositions de rectifications le 23 novembre 2017 et le 24 janvier 2019, à l'issue desquelles ont été mises à leur charge des contributions supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2014, ainsi que des intérêts de retard et pénalités correspondantes, pour un montant total ramené à 467 699 euros après qu'une première réclamation ait été partiellement accueillie. Une seconde réclamation présentée par les requérants a été rejetée par le service le 3 juin 2022. Par leur requête, M. et Mme B demande au tribunal la décharge des impositions supplémentaires restée à leurs charges.
2. Aux termes de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales : " Dans les conditions prévues au présent livre, l'administration des impôts peut procéder à l'examen contradictoire de la situation fiscale des personnes physiques au regard de l'impôt sur le revenu, qu'elles aient ou non leur domicile fiscal en France, lorsqu'elles y ont des obligations au titre de cet impôt. () / Sous peine de nullité de l'imposition, un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle ne peut s'étendre sur une période supérieure à un an à compter de la réception de l'avis de vérification. / L'avis de vérification mentionne la liste des comptes connus de l'administration pour lesquels elle demande aux établissements financiers de produire les relevés. / () Cette période est prorogée du délai accordé, le cas échéant, au contribuable et, à la demande de celui-ci, pour répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications pour la partie qui excède les deux mois prévus à l'article L. 16 A. / Elle est également prorogée des trente jours prévus à l'article L. 16 A et des délais nécessaires à l'administration pour obtenir les relevés de compte lorsque le contribuable n'a pas usé de la faculté de produire la liste des comptes non mentionnés dans l'avis de vérification et les relevés de ces comptes dans un délai de soixante jours à compter de la demande de l'administration ou pour recevoir les renseignements demandés aux autorités étrangères, lorsque le contribuable a pu disposer de revenus à l'étranger ou en provenance directe de l'étranger. "
3. Il résulte de ces dispositions qu'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle ne peut normalement s'étendre sur une période supérieure à un an à compter de la réception de l'avis de vérification prévu par les dispositions précitées de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales. Cependant, lorsque le contribuable n'a pas usé de sa faculté de produire ses relevés de compte dans un délai de soixante jours à compter de la demande de l'administration, ce délai peut être prorogé des délais nécessaires à l'administration pour obtenir les relevés de compte. Le point de départ des délais nécessaires à l'administration pour obtenir les relevés de compte court alors dès le 61ème jour suivant la demande faite au contribuable par l'administration, sauf lorsque le contribuable a produit avant cette date les coordonnées exactes de l'intégralité de ses comptes, auquel cas le point de départ des délais ne court qu'à compter de la date à laquelle l'administration demande aux établissements teneurs de ces comptes que ces relevés lui soient remis. La prorogation des délais, que l'administration n'est pas tenue de notifier au contribuable, cesse à la date à laquelle l'administration reçoit l'intégralité des relevés demandés.
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'avis d'examen de situation fiscale personnelle a été reçu par les requérants le 14 novembre 2015, cette date constituant dès lors le point de départ des délais visés à l'article L. 12 du livre des procédures fiscales. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, le service les a bien informés par courrier du 2 décembre 2016 de la prorogation du délai d'un an visé à cet article, alors qu'il n'y était pas tenu. Par suite, le moyen tiré du défaut de cette information doit être écarté.
5. En second lieu, il résulte de l'instruction que dès l'avis d'examen de la situation fiscale personnelle, le service a demandé à M. et Mme B de leur remettre dans le délai de soixante jours la totalité des relevés des comptes financiers de toute nature et des comptes courant sur lesquels ils ont réalisés des opérations de nature personnelle pendant la période du contrôle. Il est constant que les requérants n'ont pas satisfait à cette demande dans ce délai, de sorte que le service a exercé son droit de communication auprès de divers établissements bancaires, dont il a reçu la réponse dix-neuf jours après cette date, le délai d'un an ayant ainsi été prorogé jusqu'au 3 décembre 2016. Cependant, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'administration a notifié aux requérants une nouvelle prorogation du délai par un courrier du 2 décembre 2016, en se fondant sur la circonstance que M. ou Mme B sont associés des sociétés SCI JSK, Sarl Bistrot Italien, SASU Kedepro et qu'aucun compte courant d'associé relatif à ces sociétés n'a été présenté au service. Toutefois, il résulte des dispositions rappelées au point 3 du présent jugement que l'administration ne peut valablement proroger le délai fixé par ces textes que si elle exerce effectivement son droit de communication à l'égard des tiers. Or il résulte des dernières écritures de l'administration qu'elle n'a pas exercé son droit de communication à l'égard de ces sociétés. Dès lors, elle ne pouvait valablement proroger le délai du contrôle au-delà du 3 décembre 2016. Les demandes d'assistance internationales adressées aux autorités tunisiennes et belges étant intervenues postérieurement à cette date, elles n'ont pas pu non plus prolonger la durée du contrôle. Il suit de là que les propositions de rectification adressées suite à cette procédure de contrôle, qui sont datées du 23 novembre 2017 et du 24 janvier 2019 et résultent entièrement de cet examen de la situation fiscale personnelle, ont été établies après au-delà de la période maximale de contrôle.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ont été assujetties M. et Mme B au titre de l'année 2014 ont été établies en suivant une procédure irrégulière. Les requérants doivent, dès lors, en être déchargés, ainsi que des pénalités y afférentes.
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par M. et Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. et Mme B sont déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquels ils ont été assujettis au titre de l'année 2014 ainsi que des pénalités correspondantes.
Article 2 : L'Etat versera à M. et Mme B la somme de 1 800€ (mille huit cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, Mme C B et à l'administrateur général chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile de France.
Délibéré après l'audience du10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Mauny, président,
M. Lutz, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le président,
Signé
O. Mauny
Le rapporteur,
Signé
F. Lutz
La greffière,
Signé
C. Benoit-Lamaitrie
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2205973
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