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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206051

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206051

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206051
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre
Avocat requérantROCHEFORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 août 2022 et 21 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Rochefort, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique sur sa demande, reçue le 8 avril 2022, tendant à l'exécution complète du jugement du tribunal administratif de Versailles n° 1700541 du 27 décembre 2018, confirmé par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles n° 19VE00509 du 2 mars 2021, ensemble les courriels des 19 et 20 juillet 2022 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 161,37 euros toutes taxes comprises (TTC) en réparation des préjudices subis, assortie des intérêts au taux légal, de la majoration de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier et de la capitalisation de ces intérêts;

3°) d'enjoindre à l'Etat d'exécuter le jugement n° 1700541 du 27 décembre 2018 et l'arrêt n° 19VE00509 du 2 mars 2021 dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en versant la somme de 15 161,37 euros ainsi que la somme correspondant à la revalorisation du taux de référence de 75 points, les intérêts au taux légal, la majoration de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier, la capitalisation de ces intérêts, et sur le tout, en application des articles 1231-7 et 1343-2 du code civil et L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles méconnaissent l'autorité de la chose jugée et le caractère exécutoire des jugements et arrêts du juge administratif et sont entachées d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité de ces décisions est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- la responsabilité pour faute de l'Etat est également engagée en raison du délai anormalement long d'exécution du jugement du tribunal administratif et de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles ;

- ces fautes lui ont causé un préjudice financier résultant du non versement de la totalité de la créance, de la revalorisation du taux de référence de 75 points et des intérêts avec la majoration de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier et de la capitalisation des intérêts, s'établissant à 15 161,37 euros, et un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence résultant de l'indisponibilité des sommes dues depuis l'intervention du jugement du 27 décembre 2018 dans un climat de lutte incessante et particulièrement anxiogène, s'établissant à 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet comme infondée.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable par exception de litispendance, dès lors que seule la cour administrative d'appel de Versailles est compétente pour connaître du présent litige ;

- elle est portée devant une juridiction matériellement incompétente pour en connaître, en application des dispositions de l'article L. 921-2 du code de justice administrative ;

- les conclusions tendant à la condamnation aux intérêts majorées sont irrecevables, dès lors que le jugement du 27 décembre 2018, dont l'exécution est demandée, n'a pas condamné l'Etat au versement de ces intérêts ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 24 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 juillet 2024.

Par une lettre du 8 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés, d'une part, du non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'Etat d'exécuter le jugement n° 1700541 du 27 décembre 2018 et l'arrêt n° 19VE00509 du 2 mars 2021 dès lors que, par un arrêt n° 22VE02354 du 11 juillet 2024, la cour administrative d'appel de Versailles a prononcé les mesures d'injonction tendant à assurer la complète exécution de ces deux décisions, et, d'autre part, de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation des courriels des 19 et 20 juillet 2022, qui sont dépourvus de caractère décisoire.

Par un mémoire, enregistré le 8 novembre 2024, Mme A a présenté ses observations sur les moyens relevés d'office.

Vu :

- le jugement n° 1700541 du 27 décembre 2018 ;

- l'arrêt n° 19VE00509 du 2 mars 2021 ;

- l'arrêt n° 22VE02354 du 11 juillet 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code monétaire et financier ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 2002-710 du 2 mai 2002 ;

- l'arrêté du 21 juillet 2014 relatif à l'allocation complémentaire de fonctions en faveur des personnels des corps de catégories A, B et C exerçant leurs fonctions à la direction générale des finances publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bélot,

- les conclusions de Mme Chong-Thierry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Rochefort, représentant Mme A.

Une note en délibéré, présentée par le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, a été enregistrée le 15 novembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, contrôleuse principale des finances publiques, a été affectée au service de la documentation nationale du cadastre (SDNC) de Saint-Germain-en-Laye du 1er septembre 2014 au 3 janvier 2018, date de son départ à la retraite. Le 18 janvier 2015, puis à nouveau le 16 juin 2016, elle a demandé au directeur général des finances publiques de lui octroyer du 1er septembre 2014 au 3 janvier 2018, le bénéfice notamment d'un supplément de 75 points, sinon 71 points, au titre de l'allocation complémentaire de fonctions et de lui verser les sommes correspondantes, avec intérêts et capitalisation de ces intérêts.

2. Par un jugement n° 1700541 du 27 décembre 2018, le tribunal administratif de Versailles a condamné l'Etat à verser à Mme A une indemnité correspondant à l'allocation complémentaire de fonctions " finitions et scannage " au taux de référence de 75 points, pour la période courant du 1er septembre 2014 au 3 janvier 2018, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 juin 2016, date de réception de la réclamation préalable, et de leur capitalisation à compter du 21 juin 2017.

3. Par un arrêt n° 19VE00509 du 2 mars 2021, devenu définitif, la cour administrative d'appel de Versailles a rejeté l'appel du ministre de l'économie et des finances formé contre ce jugement et mis à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

4. Par un courrier reçu le 8 avril 2022, Mme A a adressé au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique une demande tendant à l'exécution complète du jugement du tribunal administratif de Versailles n° 1700541 du 27 décembre 2018, confirmé par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles n° 19VE00509 du 2 mars 2021. Par un courrier reçu le 5 août 2022, Mme A a adressé au ministre une demande préalable d'indemnisation des préjudices résultant de l'absence d'exécution complète de ces décisions de justice.

5. Par la présente requête, Mme A demande, à titre principal, l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique sur sa demande du 8 avril 2022, ainsi que de deux courriels des 19 et 20 juillet 2022 émanant du service des ressources humaines du SDNC, et la condamnation de l'Etat à lui payer la somme de 20 161,37euros en réparation des préjudices subis.

Sur la compétence et la recevabilité de la requête :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. / Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte ". Aux termes de l'article R. 921-2 du même code : " La demande d'exécution d'un jugement frappé d'appel, même partiellement, est adressée à la juridiction d'appel. / La demande d'exécution d'un arrêt rendu par une cour administrative d'appel est adressée à celle-ci ".

7. D'autre part, aux termes de l'article R. 911-2 du code de justice administrative : " En cas de rejet d'une réclamation adressée à l'autorité administrative et tendant à obtenir l'exécution d'une décision d'une juridiction administrative, seule une décision expresse fait courir les délais de recours contentieux ". Aux termes de l'article R. 911-3 du même code : " Le délai de recours contentieux contre une décision administrative expresse refusant de prendre les mesures nécessaires à l'exécution d'une décision de la juridiction administrative est interrompu par une demande d'exécution présentée en application du présent livre jusqu'à la notification de la décision qui statue sur cette demande ".

8. Il résulte des termes de la requête introductive de la présente instance que Mme A n'a pas saisi le tribunal d'une demande, fondée sur les dispositions de l'article L. 911-4 du code de justice administrative, d'exécution du jugement du tribunal administratif de Versailles n° 1700541 du 27 décembre 2018, confirmé par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles n° 19VE00509 du 2 mars 2021, mais d'un recours dirigé contre la décision rejetant sa réclamation tendant à obtenir l'exécution de ces décisions de justice, tel que prévu par les dispositions des articles R. 911-2 et R. 911-3 du même code. Par suite, la circonstance que Mme A a également saisi, le 21 juin 2022, la cour administrative d'appel de Versailles d'une demande d'exécution de ces décisions n'est pas de nature à regarder sa requête comme portée devant une juridiction matériellement incompétente pour en connaître ou comme entachée d'irrecevabilité. Les exceptions d'incompétence et de litispendance opposées par le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique doivent, dès lors, être écartées.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre les courriels des 19 et 20 juillet 2022 :

9. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ".

10. Les courriels des 19 et 20 juillet 2022, par lesquels le service des ressources humaines du SDNC s'est borné à transmettre à la requérante des fiches de liquidation l'informant des modalités de détermination des sommes restant dues en exécution de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles du 2 mars 2021, sont dépourvus de caractère décisoire et, par conséquent, insusceptibles de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Les conclusions à fin d'annulation de ces courriels sont irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande reçue le 8 avril 2022 :

11. Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Les indemnités peuvent tenir compte des fonctions et des résultats professionnels des agents ainsi que des résultats collectifs des services. S'y ajoutent les prestations familiales obligatoires. Le montant du traitement est fixé en fonction du grade de l'agent et de l'échelon auquel il est parvenu, ou de l'emploi auquel il a été nommé () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 2 mai 2002 relatif à l'allocation complémentaire de fonctions : " Les fonctionnaires () du ministère de l'économie, des finances et de l'industrie () peuvent bénéficier d'une allocation complémentaire de fonctions dans les conditions et suivant les modalités fixées par le présent décret ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " Cette indemnité est différenciée suivant: / - les catégories ou niveaux dans lesquels sont classés les agents ; / - les fonctions exercées, classées selon des critères de responsabilité, d'expertise, de sujétion ou de contrôle. Ces critères peuvent se cumuler ". Aux termes de l'article 3 de ce décret : " Chaque critère est affecté de taux de référence annuels en points auxquels est appliqué un coefficient multiplicateur d'ajustement pouvant varier entre 0 et 3 pour tenir compte des caractéristiques des fonctions exercées ou de la manière de servir de l'agent. Le montant de l'allocation complémentaire de fonctions est égal au produit de ces taux de référence annuels en points et de valeurs annuelles de point ". Aux termes de l'article 4 dudit décret : " Les valeurs annuelles de point et les taux de référence ainsi que les modalités d'attribution de l'allocation complémentaire de fonctions sont fixés par arrêtés conjoints du ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, du ministre chargé du budget et du ministre de la fonction publique et de la réforme de l'Etat, établis par direction, par service ou par corps ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 21 juillet 2014 relatif à l'allocation complémentaire de fonctions en faveur des personnels des corps de catégories A, B et C exerçant leurs fonctions à la direction générale des finances publiques : " Les personnels mentionnés à l'article 1er du décret du 2 mai 2002 susvisé et exerçant leurs fonctions au sein de la direction générale des finances publiques peuvent bénéficier de l'allocation complémentaire de fonctions ". Aux termes de l'article 2 du même arrêté : " Cette indemnité a pour objet de rémunérer les travaux de toute nature qui peuvent être confiés aux personnels au sein des services de la direction générale des finances publiques, compte tenu des contraintes et sujétions de service liées à la technicité de leurs fonctions, à l'exercice de fonctions et responsabilités particulières, ainsi qu'aux fonctions d'encadrement et d'expertise ". L'article 3 de cet arrêté dispose que les taux de référence de l'allocation complémentaire de fonctions sont fixés sur la base de barèmes en points indiqués dans des tableaux. Le tableau figurant sous le titre " 1. Critère technicité " mentionne que la catégorie des bénéficiaires de cette prime est constituée par les personnels de catégories A, B et C et le titre " 2. Critère sujétions pour fonctions particulières " vise les " missions de production éditique à portée nationale " s'agissant des personnels de catégories A, B et C. Pour la catégorie B, le taux de référence est de 75 points. Pour la catégorie C, il s'élève à 71 points.

12. Il ressort des motifs de l'arrêt du 2 mars 2021, qui sont le soutien nécessaire de son dispositif, que la cour administrative d'appel de Versailles a relevé que le directeur général des finances publiques a, en application des dispositions précitées, décidé d'étendre le bénéfice de l'allocation complémentaire de fonctions intitulée " finitions et scannage " aux agents de catégorie C des ateliers de scannage du SDNC, afin de rémunérer les sujétions particulières auxquelles ces agents sont soumis dans l'exercice de leur mission de production éditique à portée nationale. Elle a également constaté que Mme A exerçait au sein d'un atelier de scannage de ce service exactement les mêmes fonctions que ses collègues de catégorie C, bien qu'appartenant à la catégorie B. Les dispositions précitées permettant le versement de l'allocation complémentaire de fonctions pour les agents de catégorie B, la cour en a déduit, au regard du principe d'égalité, que le ministre ne pouvait refuser à Mme A le bénéfice de cette allocation. Elle a ainsi confirmé le jugement du tribunal administratif de Versailles lui attribuant une indemnité correspondant à cette allocation, au taux de référence de 75 points, ainsi qu'il ressort des points 2 et 3.

13. Or, il résulte des dispositions précitées que l'allocation complémentaire de fonctions est issue du produit d'un taux de référence, fixé par catégorie d'agents, affecté d'un coefficient multiplicateur d'ajustement que le directeur général des finances publiques a déterminé uniquement au regard des fonctions exercées. Pour exécuter le jugement du 27 décembre 2018 confirmé par l'arrêt du 2 mars 2021, l'administration a procédé à un versement d'un montant brut de 3 749,64 euros en décembre 2021, un versement d'un montant brut complémentaire de 226,08 euros au mois d'août 2022 et un versement de 837,58 euros le 5 septembre 2022 au bénéfice de Mme A. Ces sommes correspondent au versement d'une allocation complémentaire de fonctions égale à 21,63 points, identique à celle versée aux agents de catégorie C qui, comptant plus d'un an d'ancienneté, travaillaient dans le même service que Mme A en Île-de-France. Ce nombre de points correspond au taux de référence des agents de catégorie C de 71 points affecté d'un coefficient multiplicateur de 0,3046. Ce faisant, en versant à Mme A une allocation correspondant à 21,63 points, le ministre a, nécessairement, affecté au taux de référence de 75 points, spécifique aux agents de catégorie B et fixé par le dispositif de l'arrêt du 2 mars 2021, un coefficient de 0,2884, qui est moindre que celui appliqué aux agents de catégorie C de ce service, alors que ce coefficient, ainsi qu'il a été dit au point 12, n'a été déterminé qu'au regard de la nature des fonctions exercées, et non au regard de leur manière de servir, et que Mme A était placée dans la même situation que ses collègues de catégorie C à cet égard. Dès lors, une telle interprétation de l'arrêt du 2 mars 2021 est erronée, eu égard au motif retenu par le tribunal administratif et confirmé par la cour.

14. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique sur sa demande, reçue le 8 avril 2022, tendant à l'exécution complète du jugement du tribunal administratif de Versailles n° 1700541 du 27 décembre 2018, confirmé par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles n° 19VE00509 du 2 mars 2021.

Sur les conclusions indemnitaires :

15. D'une part, il résulte de l'instruction que le préjudice financier dont Mme A demande réparation correspond à la somme qu'elle estime lui rester due en exécution du jugement du tribunal administratif de Versailles du 27 décembre 2018, confirmé par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles du 2 mars 2021. Toutefois, par un arrêt n° 22VE02354 du 11 juillet 2024, la cour administrative d'appel de Versailles s'est prononcée sur la demande d'exécution de ces décisions de justice, dont elle l'avait saisie le 21 juin 2022, et a notamment enjoint au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique de lui verser, dans un délai de deux mois, un complément d'indemnité de 223,98 euros bruts. Par suite, cet arrêt étant exécutoire en application des dispositions de l'article L. 11 du code de justice administrative, Mme A ne saurait obtenir, sur le terrain indemnitaire, le paiement d'une somme qu'elle a déjà obtenue dans le cadre de sa demande d'exécution.

16. D'autre part, en se bornant à faire valoir l'indisponibilité des sommes dues depuis l'intervention du jugement du 27 décembre 2018 et un climat de lutte incessante et particulièrement anxiogène, Mme A n'établit pas de manière suffisamment probante, en l'absence d'éléments précis et circonstanciés, avoir subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

18. Ainsi qu'il a été dit au point 15, la cour administrative d'appel de Versailles s'est prononcée sur la demande d'exécution du jugement du tribunal administratif de Versailles du 27 décembre 2018, confirmé par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles du 2 mars 2021. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint, sous astreinte, au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie d'exécuter ces décisions de justice sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, pas lieu d'y statuer.

Sur les frais d'instance :

19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A.

Article 2 : La décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique sur la demande de Mme A, reçue le 8 avril 2022, tendant à l'exécution complète du jugement du tribunal administratif de Versailles n° 1700541 du 27 décembre 2018, confirmé par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles n° 19VE00509 du 2 mars 2021, est annulée.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cayla, présidente,

M. Bélot, premier conseiller,

M. Perez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

S. Bélot La présidente,

signé

F. Cayla

La greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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