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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206239

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206239

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206239
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI GARRIGUES BEAULAC ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 août 2022, les 12 et 13 juin 2024 et le 4 juillet 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la société SEGE, représentée par Me Lafoy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis par la commune de Wissous le 21 juin 2022 pour le recouvrement d'une somme de 19 400 euros et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Wissous la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- faute de production du bordereau original du titre de recettes, la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ; il n'est justifié ni de l'existence d'une délégation de signature au profit de M. B, ni de sa publication ;

- le titre de recette ne comporte pas l'indication des bases de la liquidation de la créance, en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 ;

- la créance invoquée n'est pas fondée dès lors que le décompte général et définitif du marché ne comporte pas de pénalités de retard ; par application de l'article 13-4-3 du CCAG travaux, la commune ne peut pas mettre à sa charge des pénalités contractuelles ; de même, l'article 13.2.1 du CCAG travaux impose que les pénalités soient déduites des sommes dues à l'entreprise, elles ne peuvent donc pas être appelées séparément mais doivent être comprises dans un décompte mensuel ou dans le décompte définitif ; à titre subsidiaire, rien dans les pièces produites par la commune ne permet de déterminer le montant de la créance, notamment les prestations qui font l'objet de réclamations ainsi que les dates et périodes des manquements qui lui sont imputés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 décembre 2022 et le 25 juin 2024, la commune de Wissous, représentée par Me Beaulac, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société SEGE ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- l'arrêté du 27 juin 2007 portant application de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales relatif à la dématérialisation des opérations en comptabilité publique ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique,

- et les observations de Me Boukila, substituant Me Beaulac, représentant la commune de Wissous.

Considérant ce qui suit :

1. La société SEGE est titulaire du lot n°8 " électricité " du marché de construction d'un restaurant au sein du groupe scolaire La Fontaine, sous maitrise d'ouvrage de la commune de Wissous. Elle demande au tribunal d'annuler l'avis des sommes à payer du 21 juin 2022 par lequel la commune de Wissous lui a infligé des pénalités contractuelles d'un montant de 19 400 euros ainsi que la décharge de l'obligation de payer cette somme.

Sur les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 13.4.4 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) annexé à l'arrêté susvisé du 8 septembre 2009, applicable au marché en litige : " Si le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire le décompte général dans les délais stipulés à l'article 13.4.2, le titulaire notifie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé, composé :- du projet de décompte final tel que transmis en application de l'article 13.3.1 ; - du projet d'état du solde hors révision de prix définitive, établi à partir du projet de décompte final et du dernier projet de décompte mensuel, faisant ressortir les éléments définis à l'article 13.2.1 pour les acomptes mensuels ; -du projet de récapitulation des acomptes mensuels et du solde hors révision de prix définitive. Dans un délai de dix jours à compter de la réception de ces documents, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie le décompte général au titulaire. Le décompte général et définitif est alors établi dans les conditions fixées à l'article 13.4.3. Si, dans ce délai de dix jours, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas notifié au titulaire le décompte général, le projet de décompte général transmis par le titulaire devient le décompte général et définitif. Le délai de paiement du solde, hors révisions de prix définitives, court à compter du lendemain de l'expiration de ce délai. Le décompte général et définitif lie définitivement les parties, sauf en ce qui concerne les montants des révisions de prix et des intérêts moratoires afférents au solde ".

3. Si la société requérante fait valoir qu'un décompte général et définitif du marché était né préalablement au titre de recette en litige, faisant obstacle à la mise en œuvre de pénalités contractuelles, elle se borne à produire une facture à son en-tête mais non signée, datée du 17 mai 2022 et adressée à la commune de Wissous pour un montant de 11 539,14 euros, ainsi qu'un document de la même date, signé du seul maitre d'œuvre, portant la mention " demande d'acompte ", et validant le versement de la même somme à la société SEGE. Ces seuls documents ne permettent ni d'établir que la société SEGE aurait adressé un projet de décompte général au maitre d'ouvrage, ni a fortiori qu'un décompte général et définitif serait intervenu dans les conditions rappelées au point précédent. Il en va de même de la production d'un extrait de compte bancaire faisant état de deux virements de 10 962,18 euros et 8 778,73 euros au profit de la société requérante, le 2 septembre 2022, postérieurement à la décision attaquée. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 15 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché en litige : " Les pénalités seront applicables sans mise en demeure préalable, sur simple confrontation de la date réelle de fin d'exécution et de la date d'expiration du délai contractuel du calendrier d'exécution. () Les pénalités sont cumulables. La ville émettra un titre de recettes en cas d'application de pénalité. ". Il résulte de ces stipulations que la commune de Wissous n'était pas tenue d'appliquer les pénalités par déduction des sommes dues à la société SEGE mais pouvait les recouvrir en émettant un titre exécutoire. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, notamment de deux courriers des 16 septembre 2021 et 20 janvier 2021, adressés à la société requérante par la SPL Nord Essonne, agissant en qualité d'assistant à la maitrise d'ouvrage, que les travaux objets du marché en litige ont été réceptionnés le 31 août 2021 avec plusieurs réserves qu'il appartenait à la société SEGE de lever dans un délai de trente jours calendaires à compter de cette date, conformément à un acte modificatif n°1. En se bornant à soutenir que les pièces produites par la commune ne permettraient pas de déterminer le montant de la créance, notamment les prestations qui font l'objet de réclamations ainsi que les dates et périodes des manquements qui lui sont imputés, la société SEGE ne conteste pas que lesdites réserves, qui sont notamment listées précisément dans un tableau annexé au courrier du 20 janvier 2021, n'ont été définitivement levées que le 12 avril 2022, soit avec un retard de 194 jours, justifiant l'application des pénalités prévues à l'article 15 du CCAP qui stipule que " chaque entrepreneur subira par jour de retard dans l'achèvement de ses travaux prévus au calendrier d'exécution joint en annexe, une pénalité d'un montant journalier de 1 000 euros par jour calendaire ". Par suite, la société SEGE n'est pas fondée à soutenir que la commune de Wissous ne justifierait pas du bien-fondé des pénalités infligées.

Sur les moyens mettant en cause la régularité formelle du titre :

6. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public vaut notification de ladite ampliation. / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. " Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif adressée au redevable doit mentionner les nom, prénoms et qualité de la personne qu'il l'a émis et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions de l'administration peuvent faire l'objet d'une signature électronique () ". Aux termes de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales : " Les ordonnateurs des organismes publics, visés à l'article D. 1617-19, lorsqu'ils choisissent de transmettre aux comptables publics, par voie ou sur support électronique, les pièces nécessaires à l'exécution de leurs dépenses ou de leurs recettes, recourent à une procédure de transmission de données et de documents électroniques, dans les conditions fixées par un arrêté du ministre en charge du budget pris après avis de la Cour des comptes, garantissant la fiabilité de l'identification de l'ordonnateur émetteur, l'intégrité des flux de données et de documents relatifs aux actes mentionnés en annexe I du présent code et aux deux alinéas suivants du présent article, la sécurité et la confidentialité des échanges ainsi que la justification des transmissions opérées. () " Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 27 juin 2007 portant application de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales relatif à la dématérialisation des opérations en comptabilité publique : " L'échange de données et de documents électroniques s'opèrent entre les ordonnateurs et les comptables des organismes publics visés à l'article 1er en respectant une norme informatique dénommée "protocole d'échange standard d'Hélios" à partir de ses versions 2 et suivantes, qui est actualisée en fonction de l'évolution des technologies et des besoins d'échange. () La validité juridique des mandats de dépenses, des titres de recettes et des bordereaux de mandats de dépenses et de titres de recettes dématérialisés résulte de l'utilisation du protocole d'échange standard d'Hélios dans ses versions 2 et suivantes ainsi que de la signature électronique de l'ordonnateur ou de son représentant dans les conditions prévues à l'article 5. " L'article 5 du même arrêté dispose que : " () La transmission au comptable public par l'ordonnateur ou son représentant de fichiers aller recette et dépense, signés électroniquement dans les conditions fixées à l'article 4, conformément au protocole d'échange standard dans ses versions 2 et suivantes, dispense l'ordonnateur ou son représentant de produire les mandats de dépenses, les titres de recettes, les bordereaux de mandats et les bordereaux de titres sur support papier au comptable public. Dans le respect des dispositions du présent arrêté, ces données électroniques ont un caractère probant tant à l'égard du comptable public, que de la chambre régionale des comptes, d'autres juridictions ou des tiers. "

8. Il résulte en l'espèce de l'instruction que l'ampliation du titre de recette en litige comporte les mentions du nom, prénom et qualité de son émetteur, M. A B, maire de la commune de Wissous. Il résulte également de l'instruction, notamment d'une copie d'écran extraite du logiciel Hélios, que le bordereau du titre de recettes a été signé par cette même personne de façon électronique. Ces éléments, issus d'un logiciel dont la validité est admise par les dispositions précitées de l'article 2 de l'arrêté du 27 juin 2007 suffisent à établir la réalité de la signature électronique du bordereau par l'ordonnateur ayant émis le titre. Par ailleurs, dès lors qu'il résulte de l'instruction que M. B était, à la date d'émission du titre litigieux, maire de la commune de Wissous et non adjoint aux finances, comme l'indique à tort le bordereau, la société SEGE ne peut utilement soutenir que le signataire du bordereau ne disposait pas d'une délégation de signature régulièrement publiée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'émetteur du titre de recette doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Par un courrier du 24 mai 2022, notifié le lendemain à la société SEGE, la commune de Wissous a détaillé les modalités de calcul des pénalités infligées, en rappelant que l'article 15 du CCAP prévoit une pénalité d'un montant journalier de 1 000 euros par jour calendaire de retard dans l'achèvement des travaux prévus au calendrier d'exécution, soit la somme totale de 194 000 euros pour 194 jours de retard, ramenées à 19 400 euros par application du plafond de 10% du montant du marché prévu à l'article 19.2 du CCAG résultant de l'arrêté du 30 mars 2021 portant approbation du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de travaux, en vigueur à la date de la décision mettant les pénalités à la charge de la société requérante. Si l'objet du titre de recette en litige ne reprend pas ces modalités de calcul, il comporte toutefois la mention " frais de pénalités selon l'article 15 du CCAP et 19.2 du CCAG Tvx " ainsi que la référence du marché en litige. Ce faisant, quand bien même il ne vise pas directement ce courrier, cet objet fait référence de manière suffisamment précise à la lettre du 24 mai 2022 précédemment adressée au débiteur et comportant les bases et les éléments de calcul sur lesquels la commune de Wissous s'est fondée pour mettre les sommes en cause à la charge de la société requérante. Par ailleurs, la circonstance que l'objet du titre de recette comporte également la date de son émission est sans incidence sur sa légalité. Par suite le moyen tiré du défaut de motivation du titre en litige doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de décharge présentées par la société SEGE doivent être rejetées.

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Wissous, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société SEGE, le versement à la commune de Wissous d'une somme de 1 800 euros en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société SEGE est rejetée.

Article 2 : La société SEGE versera à la commune de Wissous une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société SEGE et à la commune de Wissous.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

B. Maitre

La présidente,

signé

N. Ribeiro-Mengoli

La greffière,

signé

B. Dalla Guarda

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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