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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206535

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206535

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206535
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL PHILIPPE RAOULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 août 2022 et le 12 mars 2024, M. B A et Mme E D, épouse A, représentés par Me Raoult, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner le conseil départemental des Yvelines à leur verser la somme de 500 euros chacun en réparation de leur préjudice moral, ainsi qu'une somme globale de 120 euros au titre de leur préjudice matériel ;

2°) de mettre à la charge du conseil départemental des Yvelines la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité du département des Yvelines est engagée à raison des faits de vol et tentative de vol par effraction dont ils ont été victimes, faits commis par M. C alors pris en charge par l'aide sociale à l'enfance ;

- leur préjudice matériel a été évalué et indemnisé par leur compagnie d'assurance à la somme de 1 099,13 euros (portail 210,50 euros, menuiseries 338,60 euros et carrelage 550 euros) ; ils ont été indemnisés à hauteur de 979,13 euros par leur assureur mais la franchise de 120 euros est restée à leur charge ;

- leur préjudice moral peut être évalué à la somme de 500 euros chacun.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2024, le conseil départemental des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le préjudice matériel des requérants a vraisemblablement été indemnisé par leur assureur ;

- le montant sollicité au titre du préjudice moral est juste et proportionné.

Par un mémoire enregistré le 12 mars 2024, la MACIF demande au tribunal de condamner le conseil départemental des Yvelines à lui verser la somme de 979,13 euros.

Elle soutient qu'en sa qualité d'assureur de M. et Mme A, elle les a indemnisés à hauteur de 979,13 euros (soit le montant des préjudices matériels moins la franchise de 120 euros) ; qu'elle est par suite subrogée dans les droits des requérants ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles

- le code des assurances ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sauvageot,

- et les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A et leur assureur la MACIF demandent la condamnation du conseil départemental des Yvelines à les indemniser des préjudices subis à la suite des faits de tentative de vol par effraction commis le 26 janvier 2019 à leur domicile par un mineur alors placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance du département des Yvelines.

Sur la responsabilité du conseil départemental des Yvelines :

2. Aux termes de l'article 375-3 du code civil : " Si la protection de l'enfant l'exige, le juge des enfants peut décider de le confier : / () 3° À un service départemental de l'aide sociale à l'enfance () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil général : / () 3° Les mineurs confiés au service en application du 3° de l'article 375-3 du code civil () ".

3. La décision par laquelle le juge des enfants confie la garde d'un mineur, dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative prise en vertu des articles 375 et suivants du code civil, à l'une des personnes mentionnées à l'article 375-3 du même code, transfère à la personne qui en est chargée la responsabilité d'organiser, diriger et contrôler la vie du mineur. En raison des pouvoirs dont le département se trouve ainsi investi lorsque le mineur a été confié à un service ou établissement qui relève de son autorité, sa responsabilité est engagée, même sans faute, pour les dommages causés aux tiers par ce mineur. Cette responsabilité n'est susceptible d'être atténuée ou supprimée que dans le cas où elle est imputable à un cas de force majeure ou à une faute de la victime.

4. Par un jugement du 21 janvier 2021, le tribunal pour enfants de F a déclaré Hamoda C coupable des faits de tentative de vol par effraction commis le 26 janvier 2019 au domicile de M. et Mme A à Saint-Rémy-Lès-Chevreuse. Il résulte de l'instruction qu'à la date des faits, l'intéressé, né le 5 février 2004, avait été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département des Yvelines par une ordonnance de placement provisoire du tribunal pour enfants de F du 22 janvier 2019. Dans ces conditions, la responsabilité sans faute du département des Yvelines est engagée en raison des dommages causés aux tiers par ce mineur.

Sur l'indemnisation des préjudices de M. et Mme A :

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le préjudice matériel des époux A s'élève à la somme totale de 1 099,13 euros comprenant les sommes de 210,50 euros pour le portail, 338,60 pour les menuiseries et 550 euros pour le carrelage. Toutefois, il est constant que la MACIF a indemnisé les requérants à hauteur de 979,13 euros et que seule la franchise de 120 euros est restée à leur charge. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge du conseil départemental des Yvelines une somme de 120 euros en réparation du préjudice matériel subi par les requérants.

6. En second lieu, il sera fait une juste appréciation de préjudice moral subi par M. et Mme A en leur allouant une somme de 500 euros chacun.

Sur l'indemnisation de la MACIF :

7. Il résulte de l'instruction que la MACIF a versé une somme de 979,13 euros au titre des dégradations matérielles subies par le domicile des requérants le 26 janvier 2019. Par suite, la MACIF, subrogée dans les droits des requérants en application de l'article L. 121-12 du code des assurances, est fondée à demander la condamnation du conseil départemental des Yvelines à lui verser la somme de 979,13 euros.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du conseil départemental des Yvelines le versement d'une somme globale de 1 500 euros au profit des époux A.

D E C I D E :

Article 1er : Le conseil départemental des Yvelines est condamné à verser à M. et Mme A la somme de 1 120 euros.

Article 2 : Le conseil départemental des Yvelines est condamné à verser à la MACIF la somme de 979,13 euros.

Article 3 : Le conseil départemental des Yvelines versera la somme à M. et Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et Mme E D, épouse A, à la compagnie d'assurances MACIF et au conseil départemental des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

- Mme Sauvageot, présidente rapporteure,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

La présidente rapporteure,

signé

J. Sauvageot

L'assesseure la plus ancienne,

signé

F. Lutz

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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