lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2206653 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL GAUD MONTAGNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 31 août 2022, le 24 octobre 2022, le 13 janvier 2023 et le 22 mars 2024, la société Pacifica et Mme B A, représentées par Me Montagne, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à verser la somme de 10 646,20 euros à la société Pacifica en réparation du préjudice subis par son assurée Mme A ;
2°) de condamner l'Etat à verser la somme de 13 057,98 euros à Mme A ;
3°) d'assortir les condamnations des intérêts au taux légal à compter du 29 octobre 2018 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros à verser à la société Pacifica en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- leur requête n'est pas tardive, le délai raisonnable d'un an ne trouvant pas à s'appliquer aux recours tendant à la mise en jeu de la responsabilité d'une personne publique ;
- le 3 janvier 2018, un arbre situé sur l'autoroute A13, a chuté sur le toit de la résidence de Mme A située à Poissy lors du passage d'une tempête ; Mme A avait la qualité de tiers à l'égard de l'ouvrage public, c'est-à-dire à l'égard de l'autoroute A13 sur laquelle était situé l'arbre dont il constituait un accessoire ; l'Etat est donc responsable, même en l'absence de faute, des préjudices subis ; le dommage présente un caractère accidentel ; la DIRIF n'a jamais contesté l'existence d'un lien de causalité entre la chute de l'arbre et les dommages affectant la résidence de Mme A ; aucun cas de force majeure ni aucune faute de la victime ne sont de nature à exonérer l'Etat de sa responsabilité dans le présent litige ; la tempête Eleanor ne peut être qualifiée d'évènement de force majeure ; une tempête ne peut être qualifiée d'évènement de force majeure lorsqu'elle n'est pas imprévisible au regard des conditions climatiques locales, ni irrésistible dans son ampleur et sa violence ;
- le montant des réparations a été évalué à 29 049,95 euros TTC ; la société Pacifica a versé à Mme A une somme de 10 646,20 euros en application de son contrat d'assurance ; Mme A a conservé à sa charge une somme de 13 057,98 euros comprenant 3 632,07 euros pour les vétustés dommages immobiliers, 7 967,13 euros pour les frais de démolition et déblais et 1 458,78 euros pour les mesures conservatoires.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 décembre 2022 et le 26 février 2024, le préfet des Yvelines (direction des routes d'Ile-de-France) conclut au rejet de la requête.
Il soutient que
- la requête est irrecevable car tardive ayant été introduite près de 3 ans après le rejet de la réclamation indemnitaire préalable ;
- sa responsabilité n'est pas engagée, la tempête Eleanor constituant un cas de force majeur ;
- l'Etat ne saurait être condamné à prendre en charge la vétusté mais seulement à replacer la requérante dans l'état dans lequel elle se trouvait avant le sinistre.
Par ordonnance du 25 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 9 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sauvageot,
- et les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A et son assureur, la société Pacifica demandent la condamnation de l'Etat à les indemniser des préjudices subis à la suite de la chute d'un arbre bordant l'A13 sur la propriété de Mme A située à Poissy le 3 janvier 2018.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Il résulte du principe de sécurité juridique que le destinataire d'une décision administrative individuelle qui a reçu notification de cette décision ou en a eu connaissance dans des conditions telles que le délai de recours contentieux ne lui est pas opposable doit, s'il entend obtenir l'annulation ou la réformation de cette décision, saisir le juge dans un délai raisonnable, qui ne saurait, en règle générale et sauf circonstances particulières, excéder un an.
3. Toutefois, cette règle ne trouve pas à s'appliquer aux recours tendant à la mise en jeu de la responsabilité d'une personne publique qui, s'ils doivent être précédés d'une réclamation auprès de l'administration, ne tendent pas à l'annulation ou à la réformation de la décision rejetant tout ou partie de cette réclamation mais à la condamnation de la personne publique à réparer les préjudices qui lui sont imputés. La prise en compte de la sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause indéfiniment des situations consolidées par l'effet du temps, est alors assurée par les règles de prescription prévues par la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ou, en ce qui concerne la réparation des dommages corporels, par l'article L. 1142-28 du code de la santé publique.
4. Si l'Etat soutient que la requête est tardive pour avoir été introduite plus d'une année après le rejet de la réclamation indemnitaire préalable, la requête présentée par la société Pacifica et Mme A met en cause la responsabilité de l'Etat et n'est, par suite, pas au nombre de celles qui doivent être présentées dans un délai raisonnable selon les principes mentionnés aux points précédents. La fin de non-recevoir soulevée par l'Etat ne peut donc qu'être écartée.
Sur la responsabilité de l'Etat :
5. Le maître d'un ouvrage public est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics, dont il a la garde, peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel. Les tiers à l'ouvrage qui entendent engager la responsabilité de la puissance publique sur ce fondement doivent apporter la preuve de la réalité des préjudices qu'ils allèguent avoir subis et de l'existence d'un lien de causalité entre l'ouvrage public et les préjudices invoqués.
6. D'une part, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté par l'Etat en défense que les dommages subis par la propriété de Mme A sont la conséquence de la chute d'un arbre situé au bord de l'autoroute de l'A13 et il n'est pas davantage discuté que l'arbre constitue un accessoire de l'ouvrage public relevant de la responsabilité de l'Etat. Dans ces conditions, l'existence d'un lien de causalité entre l'ouvrage public et du dommage est établie.
7. D'autre part, l'Etat soutient que les dommages résultent d'un cas de force majeure, la tempête Eleanor, survenue les 2 et 3 janvier 2018, ayant entraîné la chute de l'arbre. Toutefois, il résulte de l'instruction et des propres écritures des services de l'Etat que la survenance de la tempête avait été annoncée par les bulletins météorologiques. Elle ne présente donc pas de caractère imprévisible. En outre, si l'Etat souligne l'extrême violence et le caractère exceptionnel de cette tempête, il n'établit pas l'ampleur exceptionnelle de cette tempête, ni par sa durée ou par l'intensité des rafales de vent et par suite son caractère irrésistible. Par ailleurs, la circonstance que l'arbre en cause n'ait pas été identifié comme devant être abattu à la suite d'analyses phytosanitaires en mai 2017 n'est pas de nature à l'exonérer de sa responsabilité. Enfin, si l'Etat indique que Mme A n'a jamais signalé le mauvais état des arbres jouxtant sa propriété, il ne résulte pas de l'instruction qu'une faute de la victime, à supposer que l'Etat ait entendu s'en prévaloir, puisse être retenue en l'espèce.
8. Il résulte de ce qui précède que la société Pacifica et Mme A sont fondées à solliciter l'engagement de l'Etat à les indemniser des conséquences du dommage survenu le 3 janvier 2018.
Sur les préjudices :
9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société Pacifica a versé à son assurée, Mme A, une somme de 10 646,20 euros pour les dégradations matérielles subies par le domicile de la requérante (réfection du hangar à ossature métallique). Par suite, la société Pacifica, subrogée dans les droits de la Mme A en application de l'article L. 121-12 du code des assurances, est fondée à demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 10 646,20 euros.
10. En second lieu, il résulte du rapport d'expertise établi pour la société Pacifica et dont les termes ne sont pas discutés en défense, que Mme A a exposé des dépenses restées à sa charge liées aux frais de démolition et de déblais et aux mesures conservatoires après la survenance du dommage (débitage et évacuation de l'arbre). Il y a lieu de lui accorder à ce titre les sommes qu'elle demande à hauteur de 7 967,13 euros et de 1 458,78 euros. En revanche, s'il résulte de l'instruction et de ce même rapport d'expertise, que la somme de 3 632,07 euros réclamée correspond à un abattement de vétusté appliqué par l'assureur de Mme A compte tenu de l'état initial du hangar, il n'est pas même allégué que cette retenue ne serait pas en lien avec l'état du bien indemnisé. Il résulte de ce qui précède que le préjudice de Mme A peut être évalué à la somme de 9 425,91 euros.
11. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à la société Pacifica la somme de 10 646,20 euros et la somme de 9 425,91 euros à Mme A. Ces sommes seront assorties des intérêts au taux légal à compter du 29 octobre 2018.
Sur les frais de l'instance :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à la société Pacifica au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société Pacifica la somme de 10 646,20 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 octobre 2018.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser à Mme A la somme de 9 425,91 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 octobre 2018.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 800 euros à la société Pacifica en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Pacifica, à Mme B A et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sauvageot, présidente rapporteure,
Mme Lutz, première conseillère,
Mme Degorce, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.
La présidente rapporteure,
signé
J. Sauvageot
L'assesseure la plus ancienne,
signé
F. Lutz
La greffière,
signé
C. Delannoy
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026