jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2206677 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7éme chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er septembre 2022 et le 24 mai 2023, la société civile immobilière (SCI) Eglantine, demande au tribunal :
1°) de la décharger des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 à 2021 dans les rôles de la commune de La-Celle-Saint-Cloud à raison d'un bien situé 18 avenue Pigault Lebrun
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'elle doit bénéficier de l'exonération prévue au I de l'article 1389 du code général des impôts, l'immeuble en litige ne pouvant être loué du fait de nombreuses malfaçons ayant affecté sa construction ; ni le constructeur ni son assureur n'y ont remédié malgré une procédure judiciaire initiée en 2015 et la vacance n'est pas de son fait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2023, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 9 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 1er février 2024.
Un mémoire présenté par la SCI Eglantine a été enregistré le 19 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lutz, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique,
- et les observations de M. A, représentant la SCI Eglantine.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Eglantine a fait construire une maison individuelle d'habitation sur une parcelle dont elle est propriétaire sur la commune de La Celle Saint Cloud. Les travaux de construction ont été achevés en 2014. Cependant, la SCI a constaté de nombreuses malfaçons et en a refusé la réception, puis a fait assigner le constructeur devant le tribunal judiciaire de Versailles. Elle a toutefois été assujettie, à raison de ce bien, à des cotisations de taxes foncières sur les propriétés bâties au titre des années 2019 à 2021 dont elle demande la décharge au tribunal.
2. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts, " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. " ; aux termes de son article 1389 : " I. - Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. / Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée () ". Le caractère contraignant de la vacance s'apprécie eu égard aux circonstances dans lesquelles cette vacance est intervenue et aux démarches accomplies par le propriétaire, selon les possibilités qui lui étaient offertes, en fait comme en droit, pour la prévenir ou y mettre fin.
3. Il résulte de l'instruction que l'immeuble en litige était affecté dès la fin de sa construction de plusieurs désordres et notamment d'une malfaçon nécessitant la reprise de la toiture de l'immeuble. Suite à ces constats, la SCI a introduit une instance tendant à l'exécution de ces travaux de reprise devant le tribunal judiciaire de Versailles en septembre 2015, ce litige ayant donné lieu à un jugement du tribunal judiciaire de Versailles du 7 juillet 2020 puis à un arrêt essentiellement confirmatif de la cour d'appel de Versailles du 3 octobre 2022. La SCI indique que ces désordres ont fait obstacle à la réception de l'immeuble et, par suite, à la possibilité de le mettre en location. Cependant, des circonstances inhérentes à l'immeuble lui-même, tenant en particulier à des défauts dont il se trouverait affecté, ne sauraient suffire à caractériser le caractère contraint de la vacance. Or, il résulte des décisions judiciaires précitées que les maîtres de l'ouvrage ont bien reçu matériellement des clefs de l'immeuble dès 2014 pour procéder eux-mêmes à certains travaux et que les défauts qui l'affectaient n'étaient pas d'une ampleur telle qu'ils le rendaient inhabitable. Il en résulte également que la réception, finalement fixée judiciairement au 31 mars 2014, avait été refusée à tort par les propriétaires. Par ailleurs, la SCI Eglantine ne justifie pas qu'elle était tenue ou contrainte d'attendre l'issue des procédures engagées devant les tribunaux judiciaires pour engager les travaux destinés à réparer les désordres constatés. Il résulte de ce qui précède que, nonobstant les démarches qu'elle a entrepris au contentieux pour obtenir l'exécution de travaux de reprise, la SCI Eglantine, qui n'a entrepris aucune démarche pour chercher à mettre en location ce bien, fût-ce à un prix minoré, ne rapporte pas la preuve, qui lui incombe, que la vacance du logement ne résulte pas de son fait.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions présentées pour l'année 2019, que la requête de la SCI Eglantine doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Eglantine est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Eglantine et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.
Délibéré après l'audience du26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Mauny, président,
M. Lutz, premier conseiller
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le président,
Signé
O. Mauny
Le rapporteur,
Signé
F. Lutz
La greffière,
Signé
C. Benoit-Lamaitrie
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°220677
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