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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206941

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206941

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206941
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationMagistrat Maljevic
Avocat requérantGHÉRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Gheron, demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 20 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de la demande préalable, en réparation des préjudices subis du fait de la carence du préfet des Yvelines dans l'exécution de la décision de la commission de médiation des Yvelines du 16 novembre 2018 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, si sa demande d'aide juridictionnelle n'était que partiellement admise de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- par une décision du 16 novembre 2018, la commission de médiation des Yvelines a reconnu sa demande de logement prioritaire et urgente ; malgré cela, aucun logement ne lui a été proposé dans un délai de six mois ;

- ces carences du préfet de l'Essonne sont constitutives d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- son préjudice moral et les préjudices résultant des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence doivent être évalués à la somme globale de 20 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requérante est à l'origine de l'échec de son relogement dès lors qu'elle a refusé deux propositions adaptées à ses besoins et capacités de sorte que l'Etat doit être exonéré de sa responsabilité.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Maljevic, conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Maljevic a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 16 novembre 2018, la commission de médiation du département des Yvelines a reconnu, sur le fondement du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, que la demande de logement de Mme A était prioritaire et urgente. Par la présente requête, elle demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 000 euros, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, à raison de l'absence d'offre effective de logement dans le délai requis.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 juillet 2022. Ses conclusions tendant à ce qu'elle soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. () ".

4. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

5. Mme A qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnu prioritaire et comme devant être relogé en urgence, par une décision du 16 novembre 2018 de la commission de médiation du département des Yvelines au motif que l'intéressée était logée dans un logement de transition depuis plus de 18 mois. Il est constant que le préfet des Yvelines n'a pas procédé au relogement de Mme A dans le délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation qui lui était imparti par le code de la construction et de l'habitation. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à l'égard de Mme A.

6. D'une part, si le préfet des Yvelines fait état de ce que Mme A était injoignable lorsque les services de la préfecture ont tenté de présenter sa candidature à la commission d'attribution des logements de Seine-Saint-Denis Habitat en vue d'un relogement à Clichy-sous-Bois dans un logement répondant à ses besoins et capacités, il n'établit pas avoir vainement tenté de lui notifier une proposition de logement au début du mois de novembre 2019 ni que l'intéressée serait demeurée injoignable de manière prolongée ou intentionnelle. Dans ces conditions, la circonstance que Mme A est demeurée injoignable avant la présentation de sa candidature ne saurait être assimilée à un refus non justifié d'une proposition de relogement.

7. D'autre part, le préfet des Yvelines soutient, sans être contredit, que l'intéressée s'est vu proposer un logement social de type 4 à Trappes le 20 avril 2020 mais que cette proposition n'a pu aboutir au motif que Mme A n'a pas adressé un dossier complet à CDC Habitat Social en vue de son relogement comme en atteste l'extrait " Syplo " versé aux débats. Dans ces conditions, l'Etat doit être regardé comme s'étant acquitté de son obligation d'hébergement à cette même date et sa responsabilité ne saurait être engagée en raison de l'absence de relogement à compter du 20 avril 2020. En revanche, antérieurement à cette date, il est constant que la décision de la commission de médiation, n'avait été exécutée, l'intéressée n'ayant reçu aucune offre de relogement dans le parc social. Par conséquent, la période de responsabilité de l'Etat s'établit du 16 mai 2019 au 20 avril 2020.

8. Il résulte de l'instruction que durant cette période Mme A et ses trois enfants mineurs ont été logés dans un logement de transition. Par suite, compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat et de la durée de cette carence, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par Mme A dans ses conditions d'existence, y compris de son préjudice moral, en lui allouant une somme de 750 euros tous intérêts compris au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la requérante sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au titre des droits de plaidoirie.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par Mme A.

Article 2 : L'Etat est condamné à payer à Mme A une indemnité de 750 euros.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à B A, et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

S. Maljevic

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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