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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2207671

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2207671

mercredi 5 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2207671
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantTAMBURINI-BONNEFOY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 octobre 2022 et 13 février 2023, Mme D C, représentée par Me Navennec Normand, demande au tribunal de désigner un expert qui sera chargé de se prononcer sur les conditions de sa prise en charge par le centre hospitalier Sud Essonne et sur les préjudices subis sur le fondement de l'article R. 531-2 du code de justice administrative, de réserver les dépens et de rejeter la demande du centre hospitalier sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a été reçue au centre hospitalier Sud Essonne le 15 novembre 2019 à la suite d'une chute ayant entrainé une fracture cervicale du col fémoral qui l'ont conduite à subir plusieurs opérations et elle a été victime d'un aléa thérapeutique causé par les manipulations s'étant avérées indispensables à la pose de sa prothèse lors de son opération réalisée le 20 novembre 2019 ;

- la commission de conciliation et d'indemnisation, saisie le 20 décembre 2020, a conclu au rejet de sa demande d'indemnisation, mais son état de santé n'est consolidé que depuis le 13 septembre 2022 ;

- la mesure d'expertise est utile afin de déterminer les conditions de sa prise en charge par le centre hospitalier Sud Essonne ainsi que les préjudices subis.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 20 octobre 2022 et 20 février 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Ravaut, formule ses réserves et protestations d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause, demande au juge des référés de compléter la mission de l'expert selon les termes de son mémoire et de réserver les dépens.

La requête a été régulièrement communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne et au centre hospitalier Sud Essonne qui n'ont pas présenté d'observations.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le centre hospitalier Sud-Essonne, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy, conclut au rejet de la demande d'expertise et demande la condamnation de la requérante au versement de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la demande d'expertise apparait comme une demande de contre-expertise qui relève du juge du fond ;

- sa responsabilité ayant été écartée lors d'une première expertise, il n'a pas à participer à une expertise post-consolidation.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, Mme D A, première vice-présidente, comme juge des référés.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ". L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de ces dispositions doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise lorsque, en particulier, elle est formulée à l'appui de prétentions qui ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative, qui sont irrecevables ou qui se heurtent à la prescription.

2. Il résulte de l'instruction, que la commission de conciliation et d'indemnisation d'Ile-de-France a considéré dans son avis du 25 novembre 2021, que la responsabilité du centre hospitalier Sud Essonne n'était pas engagée et que le dommage ne remplissait pas les conditions prévues par les dispositions du code de la santé publique pour ouvrir droit à réparation par l'ONIAM. Toutefois, il ressort des pièces produites au dossier, notamment du certificat de consolidation établi par le Dr D'Humières en date du 13 septembre 2022, que l'état de santé de Mme C, qui est désormais consolidé, ne l'était pas à la date du 25 novembre 2021.

3. L'expertise demandée par Mme C, dont l'état de santé est désormais réputé consolidé, qui vise à déterminer les conditions de sa prise en charge par le centre hospitalier du centre hospitalier Sud Essonne et évaluer l'étendue des dommages éventuellement subis, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande de mise hors de cause du centre hospitalier Sud Essonne :

4. Si le centre hospitalier Sud Essonne sollicite sa mise hors de cause, il résulte toutefois de l'instruction que la requérante y a été prise en charge. Dès lors, la présence du centre hospitalier Sud Essonne aux opérations d'expertise est utile.

Sur les conclusions tendant au dépôt d'un pré-rapport :

5. L'expertise devra être effectuée en application des dispositions des articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative. Aucune de ces dispositions ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir une note de synthèse ou un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement de pré-conclusions ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il en résulte que les conclusions des parties tendant à ce que le juge des référés demande à l'expert de dresser un pré-rapport et de l'adresser à chacune des parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux dépens :

6. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il n'appartient pas au juge des référés de réserver les dépens de la mesure d'expertise qu'il ordonne. Par suite, les conclusions relatives à la réserve des dépens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

7. Il n'y a pas lieu, dans le cadre de la présente procédure qui ne tend qu'au prononcé d'une mesure d'instruction, de faire droit aux conclusions présentées par le centre hospitalier Sud Essonne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur E B est désigné en qualité d'expert, est désigné.

Il aura pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme C, et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge par le centre hospitalier Sud Essonne ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ;

2°) procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme C ainsi qu'à son examen clinique ;

3°) décrire l'état de santé de Mme C ainsi que, de façon détaillée, l'ensemble des préjudices de toutes natures, dont elle est atteinte ;

4°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme C et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier Sud Essonne, et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;

5°) réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de la prise en charge de Mme C ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ;

6°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme C une chance sérieuse d'éviter les séquelles ; ainsi que sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par celle-ci de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;

7°) dire si l'on est en présence de conséquences anormales, au regard de l'état de santé de Mme C, de l'évolution prévisible de cet état et de la fréquence du risque constaté, probables, attendues ou redoutées ;

8°) préciser s'il s'agit, en l'espèce, de la réalisation d'un aléa thérapeutique, à savoir un accident médical non fautif, un risque accidentel inhérent à l'acte médical et qui ne pouvait être maitrisé ;

9°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si Mme C a été informée de la nature des opérations qu'elle allait subir, et des conséquences normalement prévisibles de ces interventions et si elle a été mise à même de formuler un consentement éclairé ;

10°) dire si l'état de Mme C a entraîné une incapacité permanente partielle résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

11°) indiquer à quelle date l'état de Mme C peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

12°) dire si l'état de Mme C est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

13°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (dépenses de santé actuelles et futures, frais de logement ou véhicule adaptés, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice professionnel, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'établissement, préjudice évolutif) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

14°) donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et professionnelle de Mme C ;

D'une manière générale, l'expert pourra, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : L'expertise aura lieu en présence de Mme C, du centre hospitalier Sud Essonne et de la CPAM de l'Essonne.

Article 4 : L'expert avertira les parties des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 5 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires et des copies en seront adressées aux parties par l'expert dans les conditions prévues par l'article R. 621-9 du code de justice administrative, dans un délai de 8 mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, au centre hospitalier Sud Essonne, à l'ONIAM, à la CPAM de l'Essonne, et au docteur E B, expert.

Fait à Versailles, le 5 avril 2023.

La première vice-présidente,

signé

Isabelle A

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2207671

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