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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2207753

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2207753

lundi 20 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2207753
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre - Juge unique
Avocat requérantSELARL CHEMOULI DALIN STOLOFF ET BOINET & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I./ Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2022 sous le n° 2207753 et un mémoire en réplique, enregistré le 8 juillet 2024, l'association Communauté Jeunesse, représentée par la SELAS In Extenso SocFi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations primitives de taxe d'habitation auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2021 et 2022 dans les rôles des communes de Morsang-sur-Orge (Essonne), d'Athis-Mons (Essonne), de Juvisy-sur-Orge (Essonne), de Savigny-sur-Orge (Essonne) et de Viry-Châtillon (Essonne) ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'association Communauté Jeunesse soutient que :

- elle n'avait plus la jouissance, au 1er janvier 2021, des locaux sis au 49, rue de Juvisy à Athis-Mons et 66, avenue de la belle Gabrielle à Savigny-sur-Orge ;

- elle remplit les conditions pour bénéficier du dégrèvement d'office prévu les dispositions du 2° du II. de l'article 1414 du code général des impôts ;

- subsidiairement, elle est à tout le moins fondée à bénéficier de ce dégrèvement d'office s'agissant des cotisations de taxe d'habitation afférentes aux locaux sis 2, bis rue Colas à Morsang-sur-Orge et 47, rue Wurtz à Juvisy-sur-Orge, qui bénéficient de l'allocation logement temporaire (ALT) ;

- en tout état de cause, les redevables légaux des cotisations de taxe d'habitation auxquelles elle a été assujettie sont les occupants des locaux aux dates des faits générateurs de ces impositions, qui avaient alors la libre disposition de ces locaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2024, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Le directeur soutient que :

- un dégrèvement d'un montant de 635 euros a été accordé à l'association le 16 septembre 2022, correspondant à la cotisation de taxe d'habitation relative au local sis 66, avenue de la belle Gabrielle à Savigny-sur-Orge (Essonne) ;

- les autres moyens soulevés par l'association Communauté Jeunesse ne sont pas fondés.

II./ Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2023 sous le n° 2309632 et un mémoire en réplique, enregistré le 6 septembre 2024, l'association Communauté Jeunesse, représentée par la SELAS In Extenso SocFi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations primitives de taxe d'habitation auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2021 et 2022 dans les rôles des communes d'Athis-Mons (Essonne) et de Savigny-sur-Orge (Essonne) ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'association Communauté Jeunesse soutient que :

- elle remplit les conditions pour bénéficier du dégrèvement d'office prévu les dispositions du 2° du II. de l'article 1414 du code général des impôts ;

- en tout état de cause, les redevables légaux des cotisations de taxe d'habitation auxquelles elle a été assujettie sont les occupants des locaux aux dates des faits générateurs de ces impositions, qui en avaient alors la libre disposition.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Le directeur soutient que les moyens soulevés par l'association Communauté Jeunesse ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers, notamment celles produites par l'association Communauté Jeunesse, enregistrées le 17 décembre 2024 dans les instances n° 2207753 et n° 2309632.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Vaillant, conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Le Vaillant, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Communauté Jeunesse, qui exploite deux centres d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) dans l'Essonne, prend à bail un certain nombre de locaux, à raison desquels elle a été assujettie, au titre des années 2021 et 2022, à la taxe d'habitation. Par une réclamation du 17 mai 2022, l'association a sollicité le dégrèvement des cotisations de taxe d'habitation auxquelles elle avait été assujettie au titre de l'année 2021, à raison de ces locaux, dans les rôles des communes de Morsang-sur-Orge (Essonne), d'Athis-Mons (Essonne), de Juvisy-sur-Orge (Essonne), de Savigny-sur-Orge (Essonne) et de Viry-Châtillon (Essonne). Par une réclamation du 10 janvier 2023, elle a sollicité le dégrèvement de la taxe d'habitation à laquelle elle avait été assujettie au titre de l'année 2022, à raison de ces locaux, dans les rôles des communes d'Athis-Mons (Essonne) et de Savigny-sur-Orge (Essonne). L'administration fiscale a rejeté ces réclamations par des décisions respectivement du 16 août 2022 et du 22 septembre 2023. Par les requêtes enregistrées sous les n°s 2207753 et 2309632, l'association Communauté Jeunesse demande au tribunal de prononcer la décharge de ces cotisations de taxe d'habitation. Ces requêtes, qui tendent à la décharge des mêmes impositions, au titre d'années consécutives, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a par suite lieu de les joindre afin de statuer par un unique jugement.

Sur la recevabilité :

2. Par une décision du 16 septembre 2022, l'administration fiscale a prononcé un dégrèvement de la taxe d'habitation litigieuse au titre de l'année 2021 à hauteur de 635 euros. Il résulte de l'instruction que ce dégrèvement est relatif à la prise en compte, par l'administration, de la circonstance que l'association Communauté Jeunesse n'avait plus, à la date du 1er janvier 2021, la jouissance du local sis 66, avenue de la belle Gabrielle à Savigny-sur-Orge. Par suite, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines est fondé à opposer une fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions de l'association tendant au dégrèvement de la taxe d'habitation relative à ce local.

Sur le bien-fondé des impositions :

3. D'une part, aux termes de l'article 1407 du code général des impôts : " I. - La taxe d'habitation est due : / 1° Pour tous les locaux meublés affectés à l'habitation ; / 2° Pour les locaux meublés conformément à leur destination et occupés à titre privatif par les sociétés, associations et organismes privés et qui ne sont pas retenus pour l'établissement de la cotisation foncière des entreprises () ". Aux termes de l'article 1408 de ce code : " I. - La taxe est établie au nom des personnes qui ont, à quelque titre que ce soit, la disposition ou la jouissance des locaux imposables. " L'article 1415 du même code dispose : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition. "

4. D'autre part, aux termes de l'article 1414 de ce code, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " II. - Sont dégrevés d'office de la taxe d'habitation : / () 2° Les organismes ne se livrant pas à une exploitation ou à des opérations de caractère lucratif, lorsqu'ils ont conclu une convention avec l'Etat conformément à l'article L. 851-1 du code de la sécurité sociale, à raison des logements qu'ils louent en vue de leur sous-location ou de leur attribution à titre temporaire aux personnes défavorisées mentionnées à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 modifiée visant à la mise en œuvre du droit au logement () ". Ces dispositions réservent le dégrèvement qu'elles prévoient aux personnes répondant aux critères tirés de la non-lucrativité, du conventionnement ou de l'agrément et du mode d'occupation des logements qu'elles doivent louer et mettre à disposition des personnes défavorisées par une sous-location ou attribution temporaire.

5. Enfin, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement : " () Toute personne ou famille éprouvant des difficultés particulières, en raison notamment de l'inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d'existence, a droit à une aide de la collectivité, dans les conditions fixées par la présente loi, pour accéder à un logement décent et indépendant ou s'y maintenir et pour y disposer de la fourniture d'eau, d'énergie et de services téléphoniques () ". Aux termes de l'article L. 851-1 du code de la sécurité sociale : " I. - Les associations à but non lucratif dont l'un des objets est l'insertion ou le logement des personnes défavorisées () qui ont conclu une convention avec l'Etat, bénéficient d'une aide pour loger, à titre transitoire, des personnes défavorisées ; () / La convention fixe chaque année le montant de l'aide attribuée à l'organisme qui est déterminé de manière forfaitaire par référence, d'une part, au plafond de loyer retenu pour le calcul de l'allocation de logement définie respectivement par les livres V, VII et VIII du présent code et, d'autre part, aux capacités réelles et prévisionnelles d'hébergement offertes par l'organisme. / Pour le calcul de l'aide instituée par le présent article, ne sont pas prises en compte les personnes bénéficiant de l'aide sociale prévue à l'article L. 345-1 du code de l'action sociale et des familles et les personnes hébergées titulaires des aides prévues à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation. () "

6. En premier lieu, l'association requérante soutient qu'elle n'avait pas, au 1er janvier de chaque année en litige, la libre disposition des locaux litigieux, dès lors que ceux-ci étaient mis à disposition de personnes qu'elle héberge. Il résulte toutefois du modèle de " contrat de séjour CHRS Insertion " et du " règlement de fonctionnement " du CHRS Jules Vallès, géré par l'association requérante, dont cette dernière ne conteste pas qu'ils fixent les règles d'occupation applicables à l'ensemble des personnes qu'elle héberge au sein des locaux dont elle dispose, que cet hébergement ne saurait être assimilé à une location, que ces personnes ne sont pas autorisées à héberger d'autres personnes ou des animaux, ne peuvent recevoir des visites que de manière ponctuelle et temporaire et ne peuvent, sauf à obtenir une dérogation expresse de l'établissement, effectuer aucun travaux ni exercer une activité professionnelle dans les locaux mis à disposition. De plus, il peut être mis fin à l'hébergement de ces personnes, outre les cas de longue absence ou de troubles graves, dès lors qu'elles accèdent au logement de manière autonome ou qu'elles sont orientées vers une autre structure d'accueil et, à titre de sanction, en cas de manque de collaboration dans le déroulement de leur accueil et de leur accompagnement. Compte tenu de l'ensemble des restrictions ainsi mises à la libre occupation des logements par les personnes concernées, celles-ci ne peuvent être regardées comme en ayant eu la libre disposition ou jouissance au sens des dispositions précitées de l'article 1408 du code général des impôts. Par suite, l'association Communauté Jeunesse n'est pas fondée à soutenir qu'eu égard aux modalités d'occupation des logements qu'elle attribue à des personnes défavorisées, elle n'aurait pas la qualité de redevable de la taxe d'habitation.

7. En second lieu, pour justifier le refus d'octroyer à l'association Communauté Jeunesse le bénéfice du dégrèvement de TFPB prévu par les dispositions du 2° du II de l'article 1414 du code général des impôts, l'administration faisait valoir, au titre de l'année 2021, que cet organisme ne justifiait pas être bénéficiaire de l'aide prévue par les dispositions de l'article L. 851-1 du code de la sécurité sociale, dite " allocation logement temporaire (ALT) " à raison de l'ensemble des locaux litigieux et, au titre de l'année 2022, qu'il serait nécessairement exclu du bénéfice de l'ALT dès lors qu'il gère des CHRS. L'administration soutient en défense, au titre de ces deux années, que l'aide prévue par la convention signée par l'association Communauté Jeunesse avec l'Etat, fixée en fonction de ses capacités prévisionnelles d'accueil, n'est pas déterminée selon les modalités prévues à l'article L. 851-1 du code de la sécurité sociale. Cependant, si les dispositions de cet article prévoient des modalités particulières relatives à la fixation de l'allocation logement temporaire attribuée annuellement à l'organisme, lesquelles prévoient notamment que ne sont pas prises en compte les personnes hébergées bénéficiant de certains autres dispositifs d'aides sociales et si les dispositions du 2° du II de l'article 1414 du code général des impôts conditionnent le bénéfice du dégrèvement qu'elles prévoient à la conclusion de la convention prévue par l'article L. 851-1 du code de la sécurité sociale, il ne résulte pas de ces dispositions que le bénéfice de ce dégrèvement serait par ailleurs conditionné au bénéfice effectif, pour l'organisme, de l'ALT. Il résulte au contraire de ces dispositions que, outre la condition tenant à la conclusion de la convention mentionnée ci-avant, les organismes concernés bénéficient de ce dégrèvement dès lors qu'ils louent les logements qui entrent dans le champ de cette convention, à raison desquels ils sont assujettis à la taxe d'habitation, en vue de leur sous-location ou de leur attribution à des personnes défavorisées mentionnées à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990.

8. En l'espèce, l'association Communauté Jeunesse a conclu avec l'Etat une convention en application de l'article L. 851-1 du code de la sécurité sociale, le 17 septembre 2021, pour la période du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2021. Il n'est pas contesté que cette convention a été renouvelée, comme le permet d'ailleurs son article 9, pour l'année 2022. En revanche, il résulte des annexes à cette convention, auxquelles renvoie notamment son article 2 relatif aux logements mobilisés et aux capacités d'accueil offertes aux personnes défavorisées, que parmi les locaux au titre desquels l'association requérante sollicite un dégrèvement de taxe d'habitation au titre de l'année 2021, seuls ceux sis 2 bis, rue Colas à Morsang-sur-Orge et 47, rue Wurtz à Juvisy-sur-Orge sont concernés par cette convention. S'agissant de l'année 2022, aucun des locaux au titre desquels elle sollicite un dégrèvement ne sont concernés par cette convention. Par suite, l'association Communauté Jeunesse est seulement fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration lui a refusé le bénéfice du dégrèvement prévu au 2° du II de l'article 1414 du code général des impôts en ce qui concerne la taxe d'habitation à laquelle elle a été assujettie à raison des deux locaux visés ci-dessus, au titre de l'année 2021.

9. Il résulte de ce qui précède que l'association Communauté Jeunesse est seulement fondée à demander la décharge des cotisations de taxe d'habitation auxquelles elle a été assujettie, au titre de l'année 2021, dans les rôles de la commune de Morsang-sur-Orge à raison de l'occupation du local sis 2 bis, rue Colas et dans les rôles de la commune de Juvisy-sur-Orge à raison de l'occupation du local sis 47, rue Wurtz.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par l'association Communauté Jeunesse sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'association Communauté Jeunesse est déchargée des cotisations de taxe d'habitation auxquelles elle a été assujettie, au titre de l'année 2021, dans les rôles de la commune de Morsang-sur-Orge à raison de l'occupation du local sis 2 bis, rue Colas et dans les rôles de la commune de Juvisy-sur-Orge à raison de l'occupation du local sis 47, rue Wurtz.

Article 2 : Le surplus de la requête n° 2207753 est rejeté.

Article 3 : La requête n° 2309632 est rejetée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Communauté Jeunesse et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

A. Le Vaillant

La greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2207753, 230963

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