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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2207771

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2207771

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2207771
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantBEGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 octobre 2022, le 11 août 2023 et le 3 novembre 2023, l'association France Plaidoyer, représentée par Me Prevost, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision tacite du 7 octobre 2022 et la décision express du 12 octobre 2022 par laquelle l'institut d'études politiques (IEP) de Saint-Germain-en-Laye a résilié unilatéralement la convention de partenariat pédagogique visant à mettre en place un diplôme d'établissement intitulé " influence et plaidoyer ".

2°) de condamner l'IEP de Saint-Germain-en-Laye et l'établissement public CY Cergy Paris Université à lui verser la somme de 29 027,87 euros en réparation de son préjudice financier, la somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice moral et la somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice d'image, subis en raison de l'illégalité de la décision de résiliation unilatérale ;

3°) de mettre à la charge de l'IEP de Saint-Germain-en-Laye et de l'établissement public CY Cergy Paris Université la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ; à la date à laquelle elle a introduit sa requête, la demande de reprise des relations contractuelles conservait un objet ; ce n'est qu'en raison du comportement dilatoire de la partie adverse que cette demande a dû être abandonnée en cours d'instance en raison de l'expiration de la convention ;

- les décisions des 7 et 12 octobre 2022 par lesquelles l'IEP de Saint-Germain-en-Laye a résilié de manière unilatérale et brutale la convention de partenariat sont entachées d'illégalité en ce que l'IEP s'est placé dans une situation de manquement grave à son obligation de mission d'intérêt général d'enseignement, a méconnu tant le principe de loyauté dans les relations contractuelles en décidant unilatéralement à quelques jours de la rentrée de modifier les conditions relatives aux droits d'inscription des candidats et en menaçant son partenaire de tout annuler à la dernière minute, que ses obligations contractuelles en refusant d'ouvrir le cursus alors que le nombre minimal d'apprenants tel que prévu à l'article 2 de la convention était réuni et en refusant de respecter ses engagements prévus par l'article 7, notamment son obligation de mettre à disposition ses locaux et d'effectuer les inscriptions administratives, et a dénaturé les faits et commis une erreur de fait et un détournement de pouvoir au regard du tarif réduit dont il a voulu faire bénéficier une étudiante ;

- à titre subsidiaire la résiliation a été effectuée en méconnaissance du délai de préavis prévu à l'article 14 de la convention de partenariat ;

- elle est fondée à demander l'indemnisation des préjudices résultant de cette résiliation unilatérale brutale et fautive, laquelle lui a causé un préjudice financier caractérisé par les coûts d'organisation des formations durant l'année universitaire, le remboursement des frais d'inscription aux apprenants ayant préféré ne pas suivre la formation et les frais d'inscription non perçus à hauteur respectivement de 8 827,87 euros, 10 000 euros et 10 200 euros, un préjudice moral à hauteur de 10 000 euros et un préjudice d'image à hauteur de 10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2023, l'établissement public CY Cergy Paris Université, représenté par Me Beguin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'association requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation de la mesure de résiliation, qui ne sont plus assorties de conclusions tendant à la reprise des relations contractuelles, sont irrecevables ; en tout état de cause, ces conclusions ont perdu leur objet compte tenu de l'expiration de la convention en litige le 5 juillet 2023 ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de demande indemnitaire préalable ;

- à titre subsidiaire, l'université n'a commis aucune faute en procédant à la résiliation unilatérale de la convention ;

- à titre infiniment subsidiaire les préjudices invoqués par l'association France Plaidoyer ne présentent pas de lien avec la prétendue faute invoquée et leur existence n'est pas établie.

Le 6 novembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, que l'affaire était susceptible d'être audiencée au cours du second semestre 2024 et que l'instruction était susceptible d'être close à compter du 28 février 2024.

La clôture immédiate de l'instruction est intervenue le 22 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique,

- les observations de Me Prevost pour l'association France Plaidoyer,

- et les observations de Me Bessa, substituant Me Beguin, pour l'établissement public CY Cergy Paris Université.

Considérant ce qui suit :

1. L'Institut d'études politiques (IEP) de Saint-Germain-en-Laye, école interne de l'établissement public CY Cergy Paris Université, a conclu, le 2 mai 2020, avec l'association France Plaidoyer une convention de partenariat pédagogique visant à créer et mettre en œuvre, à partir de la rentrée 2020, un diplôme d'établissement intitulé " Influence et Plaidoyer ". Cette convention a été renouvelée pour l'année universitaire 2021-2022 par une convention du 15 septembre 2021, laquelle a été reconduite pour l'année universitaire 2022-2023 par un avenant conclu le 20 juillet 2022. A la suite de désaccords persistants entre les parties portant principalement sur le montant des droits d'inscription dont devaient s'acquitter certains inscrits à la formation, l'IEP indiquait à l'association requérante, par courrier du 12 octobre 2022, résilier la convention de partenariat avec effet à compter du 12 décembre 2022.

2. En premier lieu, le juge du contrat, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. Toutefois, une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelle. Lorsque, dans le cadre de l'examen de conclusions tendant à la reprise des relations contractuelles présentées par un cocontractant de l'administration dont le contrat a fait l'objet d'une résiliation, il résulte de l'instruction que le terme stipulé du contrat est dépassé, le juge constate un non-lieu à statuer sur ces conclusions.

3. Il résulte en l'espèce de l'instruction que, si aux termes de sa requête initiale, l'association France Plaidoyer a demandé au tribunal d'ordonner la reprise des relations contractuelles avec l'IEP de Saint-Germain-en-Laye, elle s'est expressément désistée de ces conclusions en cours d'instance. Si l'association requérante a maintenu ses conclusions tendant à l'annulation des décisions de résiliation litigieuse, de telles conclusions ne sont pas recevables par elles-mêmes si elles ne peuvent être regardées comme tendant à l'exercice du recours de plein contentieux mentionné au point précédent. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par l'association France Plaidoyer doivent être rejetées comme étant irrecevables. Au surplus, à supposer que l'association aurait entendu maintenir son recours de pleine juridiction tendant à la contestation de la validité de la mesure de résiliation, il résulte de l'instruction que le contrat de partenariat en litige est arrivé à son terme en cours d'instance le 5 juillet 2023 et que de telles conclusions ont dès lors perdu leur objet en cours d'instance.

4. En second lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. "

5. En demandant la condamnation de l'IEP de Saint-Germain-en-Laye et de l'établissement public CY Cergy Paris Université à lui verser une indemnité en réparation des préjudices financiers, moraux et d'image résultant de la résiliation unilatérale du contrat de partenariat, l'association France Plaidoyer peut être regardée comme recherchant la responsabilité contractuelle de ces établissements à raison du caractère fautif de cette résiliation. Toutefois, ainsi que le fait valoir l'établissement public en défense, il ne résulte pas de l'instruction que l'association France Plaidoyer aurait formé une demande indemnitaire auprès de l'administration. Par suite, en l'absence d'une telle demande, les conclusions indemnitaires présentées par l'association France Plaidoyer ne peuvent qu'être rejetées comme étant irrecevables.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association France Plaidoyer est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'établissement public CY Cergy Paris Université en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association France Plaidoyer et à l'établissement public CY Cergy Paris Université.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

B. Maitre

La présidente,

signé

N. Ribeiro-Mengoli

La greffière,

signé

B. Dalla Guarda

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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