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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2207933

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2207933

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2207933
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantFARGUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Fargues, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 2 300 euros au titre de la valeur de remplacement de son véhicule, et une somme de 500 euros en réparation de son préjudice moral, à la suite de l'accident dont il a été victime le 19 juin 2020 sur la route nationale 12, entre Houdan et Gambais, dans le sens province-Paris, avec intérêts au taux légal à compter du 22 juin 2022, date de réception de sa demande préalable par l'administration ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été victime d'un accident en raison d'un défaut d'aménagement normal de la voie publique ; le lien de causalité entre la chute sur la voie d'un câble électrique qui venait d'être installé à l'occasion des travaux de réfection de la voie en sens inverse de sa circulation, et son accident, est établi ; il n'a commis aucune faute à l'origine de l'accident ;

- il est fondé à demander l'indemnisation des préjudices subis en raison de cet accident, à savoir 2 300 euros au titre de la valeur de remplacement de son véhicule et 500 euros au titre de son préjudice moral.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 15 novembre 2023 et le 17 juin 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête, à défaut, à ce que les sociétés Colas France, Euro.Mat et Transports MLTP soient condamnées à le garantir de toute condamnation.

Il oppose une exception d'incompétence de la juridiction administrative au motif que le dommage a été causé par l'intervention d'un véhicule.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 février 2024, la société Colas France, représentée par Me Lazari, conclut au rejet de la requête et de l'appel en garantie formé à son encontre, et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat ou de tout succombant une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à titre subsidiaire, à la condamnation solidaire de la société Euro.Mat et de la société Transports MLTP à la garantir des condamnations et frais qui pourraient être prononcés à son encontre.

Elle fait valoir que l'appel en garantie de l'Etat est mal fondé et que M. A ne justifie pas de son préjudice moral.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 57-1424 du 31 décembre 1957 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lutz,

- les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 19 juin 2020, M. B A, qui circulait au volant de son véhicule sur la RN 12 dans le sens province-Paris, a heurté un câble à haute tension qui avait chuté sur les voies après avoir été accroché par un engin de chantier intervenant sur des travaux de réhabilitation de sections de chaussées dans le sens Paris-province. Ces travaux avaient été confiés par la direction des routes d'Ile-de-France, maître d'ouvrage, à la société Colas France. Par lettre du 20 juin 2022 reçue le 22 juin suivant, M. A a sollicité auprès de la préfecture d'Ile-de-France la réparation des préjudices subis à la suite de cet accident. En l'absence de réponse de l'administration, il demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme totale de 2 800 euros.

Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative :

2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1957 attribuant compétence aux tribunaux judiciaires pour statuer sur les actions en responsabilité des dommages causés par tout véhicule et dirigés contre une personne de droit public : " Par dérogation à l'article 13 de la loi des 16-24 août 1790 sur l'organisation judiciaire, les tribunaux de l'ordre judiciaire sont seuls compétents pour statuer sur toute action en responsabilité tendant à la réparation des dommages de toute nature causés par un véhicule quelconque ".

3. En l'espèce, l'accident de M. A est imputable à la présence sur la RN12, dans le sens province-Paris, d'un câble électrique qui a chuté sur les voies après avoir été accroché par un engin de chantier intervenant sur des travaux de réhabilitation de sections de chaussées dans le sens Paris-province. Les dommages dont M. A demande réparation n'ont donc pas été causé par un véhicule. Il y a lieu de rejeter l'exception d'incompétence opposée par l'Etat.

Sur la responsabilité de l'Etat :

4. Pour obtenir réparation, par le maître de l'ouvrage, des dommages qu'il a subis à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, l'usager de cet ouvrage doit démontrer devant le juge, d'une part, la réalité de son préjudice, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. Pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse ainsi sur elle, il incombe au maître d'ouvrage d'établir soit qu'il a normalement entretenu l'ouvrage soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.

5. En l'espèce, M. A, qui circulait au volant de son véhicule sur la RN 12 dans le sens province-Paris, a heurté un câble à haute tension présent sur sa voie de circulation. Le lien de causalité entre cet obstacle sur la voie et l'accident n'est pas contesté, pas plus que l'absence de faute de la victime ou de cas de force majeure. En défense, l'Etat, qui se borne à invoquer la responsabilité de la société Colas France, titulaire du marché de travaux réhabilitation de sections de chaussées dans le sens Paris-province, de la société Euro.Mat, fournisseur des engins de chantier, et de la société Transports MLTP, qui a livré ces engins, n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il aurait procédé à l'entretien normal de la voie dans le sens province-Paris, et ce alors même que le cahier des clauses spéciales du marché de travaux conclu par l'Etat avec la société Colas France prévoit l'intervention de cette société et la fermeture des voies uniquement dans le sens Paris-province, l'Etat restant donc responsable de l'autre sens de circulation. Par suite, la responsabilité de l'Etat est engagée à raison d'un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.

Sur les préjudices :

6. D'une part, le rapport d'expertise versé aux débats indique que le véhicule est économiquement irréparable et fixe la valeur de remplacement à 2 300 euros. Le requérant, assuré uniquement pour les dommages causés aux tiers, n'a perçu aucune indemnisation de son assureur. Il y a donc lieu d'allouer à M. A la somme de 2 300 euros sollicitée au titre de son préjudice matériel.

7. D'autre part, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. A en raison du choc de l'accident et des troubles dans les conditions d'existence liés à l'indisponibilité de son véhicule en lui allouant une somme de 500 euros.

8. Il y a donc lieu d'allouer à M. A une somme totale de 2 800 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les appels en garantie :

En ce qui concerne l'appel en garantie de l'Etat contre la société Colas France :

9. La fin des rapports contractuels entre le maître d'ouvrage et l'entrepreneur, consécutive à la réception sans réserve d'un marché de travaux publics, fait obstacle à ce que, sauf clause contractuelle contraire, l'entrepreneur soit ultérieurement appelé en garantie par le maître d'ouvrage pour des dommages dont un tiers demande réparation à ce dernier, alors même que ces dommages n'étaient ni apparents ni connus à la date de la réception. Il n'en irait autrement que dans le cas où la réception n'aurait été acquise à l'entrepreneur qu'à la suite de manœuvres frauduleuses ou dolosives de sa part.

10. Il est constant que les travaux confiés par l'Etat à la société Colas ont été réceptionnés. L'Etat invoque la fraude qu'aurait commise la société Colas en lui faisant croire, lors des opérations de réception, que le dommage avait été réglé par l'assureur de la société Transports MLTP. Toutefois les échanges de courriels versés aux débats permettent seulement de constater que la société Colas était intervenue en août 2020 pour que le sinistre soit réglé par l'assureur de la société Transports MLTP mais ne permettent pas d'établir que la société Colas aurait tenté d'induire en erreur l'Etat au moment de la réception définitive des travaux. Par suite, l'appel en garantie de l'Etat contre la société Colas France doit être rejeté.

En ce qui concerne l'appel en garantie de l'Etat contre la société Euro.Mat et la société Transports MLTP :

11. S'il appartient, en principe, au maître d'ouvrage qui entend obtenir la réparation des conséquences dommageables d'un vice imputable à la conception ou à l'exécution d'un ouvrage de diriger son action contre le ou les constructeurs avec lesquels il a conclu un contrat de louage d'ouvrage, il lui est toutefois loisible, dans le cas où la responsabilité du ou des cocontractants ne pourrait pas être utilement recherchée, de mettre en cause, sur le terrain quasi-délictuel, la responsabilité des participants à une opération de construction avec lesquels il n'a pas conclu de contrat de louage d'ouvrage, mais qui sont intervenus sur le fondement d'un contrat conclu avec l'un des constructeurs. Il peut, à ce titre, invoquer, notamment, la violation des règles de l'art ou la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires mais ne saurait se prévaloir de fautes résultant de la seule inexécution, par les personnes intéressées, de leurs propres obligations contractuelles. En outre, alors même qu'il entend se placer sur le terrain quasi-délictuel, le maître d'ouvrage ne saurait rechercher la responsabilité de participants à l'opération de construction pour des désordres apparus après la réception de l'ouvrage et qui ne sont pas de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination.

12. En l'espèce, l'Etat se bornant à invoquer une faute de la société Colas France dans l'organisation, l'exécution et la surveillance du chantier, les conclusions en appel en garantie formées contre la société Euro Mat, sous-traitant de la société Colas France, et contre la société Transports MLTP doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'appel en garantie de la société Colas France contre la société Euro.Mat et la société Transports MLTP :

13. La société Colas n'étant pas condamnée, les conclusions en appel en garantie formées par cette société contre les sociétés Euro Mat et Transports MLTP sont sans objet et doivent en conséquence être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme réclamée par la société Colas France au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 2 800 euros en réparation des préjudices subis.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques et à la société Colas France.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Sauvageot, présidente,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

F. Lutz La présidente,

signé

J. Sauvageot

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2207933

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