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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208232

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208232

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208232
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre
Avocat requérantCABINET VOITURIEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 19 octobre 2022, enregistrée le 21 octobre 2022 au greffe du tribunal, le vice-président de la 5ème section du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par la ville de Paris.

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2021 au greffe du tribunal administratif de Paris, la ville de Paris, représentée par Me Phelip, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'ordonnance du 22 juin 2021 par laquelle le vice-président du tribunal administratif de Paris a taxé et liquidé les honoraires et frais de l'expertise confiée à M. E et à M. D, sapiteur, respectivement aux sommes de 14 256,86 et de 4 621,20 euros en ce que les honoraires et frais de l'expertise sont mis à sa charge ;

2°) de mettre les honoraires et frais de l'expertise confiée à M. E et à M. D, sapiteur, à la charge conjointe du syndicat des copropriétaires du 30 boulevard Saint-Michel à Paris, de la société GRDF et de la société Pomme de pain.

Elle soutient que :

- selon l'expertise, les désordres proviennent exclusivement de l'installation de la chambre froide de la société Pomme de pain et n'ont aucun lien avec les ouvrages dont elle est propriétaire ;

- l'expertise n'a eu aucune utilité pour elle ;

- elle a été utile au syndicat des copropriétaires qui a pu identifier la cause des désordres ainsi que la nature des travaux permettant d'y remédier et à la société Pomme de pain, dont les installations sont à l'origine du sinistre;

- c'est à tort que les frais et honoraires de l'expertise ont été entièrement mis à sa charge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, M. B E fait valoir qu'il s'en remet à la sagesse du tribunal.

Il fait valoir que la requête ne remet pas en cause le montant des frais et honoraires de l'expertise mais seulement leur répartition entre les parties.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 février et 9 mars 2023, la société Pomme de pain, représentée par Me Voituriez, conclut que les honoraires et frais de l'expertise confiée à M. E et à M. D ne peuvent être mis à sa charge qu'à hauteur au plus de la somme de 6 292 euros et que le surplus doit être mis à la charge du syndicat des copropriétaires du 30 boulevard Saint-Michel à Paris.

Elle soutient que :

- alors même que les désordres lui sont entièrement imputables, les frais et honoraires de l'expertise ne sauraient être entièrement mis à sa charge ;

- l'expertise a été demandée par le syndicat des copropriétaires, sans qu'elle ne soit mise en cause à l'origine ;

- elle n'a été mise en cause qu'à compter du 21 novembre 2019 ;

- elle n'a participé qu'à deux réunions d'expertise sur six ;

- le montant des frais et honoraires de l'expertise résulte du seul choix du syndicat des copropriétaires qui ne lui a pas rendu les opérations d'expertise opposables dès le début ;

- seul un tiers des frais et honoraires d'expertise correspondant à deux réunions sur 6 peut être mis à sa charge ;

- elle a réalisé certains travaux préconisés par l'expert et aucun désordre n'a été constaté depuis lors.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2023, le président du tribunal administratif de Paris s'en remet à la sagesse du tribunal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2023, le syndicat des copropriétaires du 30 boulevard Saint-Michel, représenté par le syndic Lehmann immobilier, représenté par Me Zahedi, conclut que les honoraires et frais de l'expertise confiée à M. E et à M. D, sapiteur, soient entièrement mis à la charge de la société Pomme de pain.

Il soutient que :

- les désordres proviennent uniquement de l'installation de la chambre froide de la société Pomme de pain, ce que cette dernière ne conteste pas ;

- les frais et honoraires de l'expertise doivent être mis à la charge de cette seule société ;

- la société Pomme de pain n'a pas réalisé les travaux préconisés par l'expert.

Une mise en demeure a été adressée le 27 janvier 2023 à la société GRDF et à M. A D qui n'ont pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 1er mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 mars 2023.

Un mémoire, enregistré le 21 mars 2023, présenté pour le syndicat des copropriétaires du 30 boulevard Saint-Michel immobilier n'a pas été communiqué.

Vu :

- l'ordonnance n° 1812783/11-5 du 20 novembre 2018 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Paris a désigné M. B E en qualité d'expert ;

- l'ordonnance du 27 mai 2019 désignant M. A D en qualité de sapiteur ;

- l'ordonnance du 21 novembre 2019 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Paris a étendu les opérations d'expertise à la société Pomme de pain ;

- l'ordonnance n° 1812783/11-5 du 22 juin 2021 par laquelle le vice-président du tribunal administratif de Paris a liquidé et taxé les frais de l'expertise réalisée par M. B E, expert et M. A D, sapiteur ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Miagkoff, représentant le syndicat des copropriétaires du 30 boulevard Saint-Michel.

Considérant ce qui suit :

1. Le syndicat des copropriétaires du 30 boulevard Saint-Michel à Paris, représenté dans la présente instance par le syndic Lehmann Immobilier, syndic en exercice, a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Paris d'ordonner une expertise en raison d'infiltrations d'eau dans le sous-sol de l'immeuble situé au 30 boulevard Saint-Michel. Par une ordonnance du 20 novembre 2018, le juge des référés a désigné M. B E en qualité d'expert. Par une ordonnance du 27 mai 2019, il a désigné M. D en qualité de sapiteur. Par une ordonnance du 21 novembre 2019, les opérations d'expertise ont été étendues à la société Pomme de pain. Le rapport d'expertise a été déposé au greffe du tribunal administratif de Paris, le 14 avril 2021. Par une ordonnance du 22 juin 2021, le vice-président du tribunal administratif de Paris a liquidé et taxé les frais de l'expertise à la somme de 14 256,86 euros en ce qui concerne M. E et de 4 621,20 euros en ce qui concerne M. D, soit la somme totale de 18 878,06 euros et les a mis à la charge de la ville de Paris. La ville de Paris demande l'annulation de cette ordonnance en ce qu'elle met les frais et honoraires de l'expertise entièrement à sa charge et demande qu'ils soient mis à la charge conjointe du syndicat des copropriétaires du 30 boulevard Saint-Michel, de la société GRDF et de la société Pomme de pain.

2. Aux termes de l'article R. 621-11 du code de justice administrative : " Les experts et sapiteurs mentionnés à l'article R. 621-2 ont droit à des honoraires, sans préjudice du remboursement des frais et débours. / Chacun d'eux joint au rapport un état de ses vacations, frais et débours. / Dans les honoraires sont comprises toutes sommes allouées pour étude du dossier, frais de mise au net du rapport, dépôt du rapport et, d'une manière générale, tout travail personnellement fourni par l'expert ou le sapiteur et toute démarche faite par lui en vue de l'accomplissement de sa mission. / Le président de la juridiction, après consultation du président de la formation de jugement, () fixe par ordonnance, conformément aux dispositions de l'article R. 761-4, les honoraires en tenant compte des difficultés des opérations, de l'importance, de l'utilité et de la nature du travail fourni par l'expert ou le sapiteur et des diligences mises en œuvre pour respecter le délai mentionné à l'article R. 621-2. Il arrête sur justificatifs le montant des frais et débours qui seront remboursés à l'expert. / S'il y a plusieurs experts, ou si un sapiteur a été désigné, l'ordonnance mentionnée à l'alinéa précédent fait apparaître distinctement le montant des frais et honoraires fixés pour chacun. () ". En vertu de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué, ou, au Conseil d'Etat, le président de la section du contentieux en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Elle est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. / Dans le cas où les frais d'expertise mentionnés à l'alinéa précédent sont compris dans les dépens d'une instance principale, la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que la charge définitive de ces frais incombe à une partie autre que celle qui a été désignée par l'ordonnance mentionnée à l'alinéa précédent ou par le jugement rendu sur un recours dirigé contre cette ordonnance () ". Selon le premier alinéa de l'article R. 761-4 du même code : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise définis à l'article R. 621-11, est faite par ordonnance du président de la juridiction, après consultation du président de la formation de jugement ou, en cas de référé ou de constat, du magistrat délégué. ". Aux termes de l'article R. 761-5 du même code : " Les parties, l'Etat lorsque les frais d'expertise sont avancés au titre de l'aide juridictionnelle ainsi que, le cas échéant, l'expert, peuvent contester l'ordonnance mentionnée à l'article R. 761-4 devant la juridiction à laquelle appartient l'auteur de l'ordonnance. / Sauf lorsque l'ordonnance émane du président de la section du contentieux du Conseil d'Etat, la requête est transmise sans délai par le président de la juridiction à un tribunal administratif conformément à un tableau d'attribution arrêté par le président de la section du contentieux. / Le président de la juridiction à laquelle appartient l'auteur de l'ordonnance ou, au Conseil d'Etat, le président de la section du contentieux est appelé à présenter des observations écrites sur les mérites du recours. / Le recours mentionné au précédent alinéa est exercé dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance sans attendre l'intervention de la décision par laquelle la charge des frais est attribuée. ". Enfin, l'article R. 761-1 du même code énonce que : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

3. D'une part, il résulte de l'article R. 621-13 du code de justice administrative que lorsque le président du tribunal administratif a pris, sur le fondement du titre III du livre V du code de justice administrative, une ordonnance fixant les frais et honoraires de l'expertise et désignant la partie qui en assumera la charge, celle-ci, en l'absence d'instance principale engagée à l'issue de l'expertise, ne peut remettre en cause la taxation des frais et honoraires que dans les conditions fixées par les articles R. 621-13 et R. 761-5 du code de justice administrative, c'est-à-dire en contestant l'ordonnance de taxation.

4. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, dérogeant sur ce point à l'article R. 761-1 du même code, que la répartition des frais et honoraires de l'expert entre les parties intervient dans les circonstances de l'espèce, compte tenu notamment de l'utilité de l'expertise pour ces parties, sans que cette répartition soit déterminée par la seule circonstance qu'une de ces parties l'a demandée ou, à l'inverse, en a contesté le bien-fondé.

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise établi par M. E, expert et M. D, sapiteur, que les infiltrations constatées au deuxième sous-sol de l'immeuble du 30 boulevard Saint-Michel à Paris, qui est occupé par la société Joseph Gibert, proviennent exclusivement de l'installation de la chambre froide appartenant à la société Pomme de pain, située au premier sous-sol de cet immeuble et à l'absence d'étanchéité au sol de ce local conforme au règlement sanitaire de la ville de Paris, qui remplace le règlement sanitaire départemental de la Seine. Selon le rapport d'expertise, les désordres ne sont dus, ni à des infiltrations d'eau depuis le trottoir par la maçonnerie, ni à des infiltrations par le fourreau de gaz appartenant à la société GRDF. La ville de Paris et la société GRDF sont ainsi mises hors de cause par l'expertise.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction qu'aucune instance principale n'a été engagée devant la juridiction administrative à l'issue de l'expertise. La ville de Paris est ainsi fondée à contester, en application de l'article R. 761-5 du code de justice administrative, l'ordonnance de taxation du vice-président du tribunal administratif de Paris.

7. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que l'expertise a été utile, d'une part, à la société Pomme de pain à laquelle les désordres sont entièrement imputables et qui est ainsi en mesure de déterminer la nature des travaux à entreprendre permettant de remédier aux infiltrations. La circonstance que les opérations d'expertise n'ont été étendues à cette société que par une ordonnance du 21 novembre 2019 et qu'elle n'a participé qu'à deux réunions d'expertise sur six ne prive pas les opérations d'expertise d'utilité pour cette société.

8. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'expertise a également été utile au syndic Lehmann Immobilier, dès lors que le syndicat des copropriétaires du 30 boulevard Saint-Michel recherchait en vain depuis 2014 l'origine des infiltrations d'eau dans l'immeuble et avait entrepris, sans succès, des travaux en 2016. L'expertise lui a ainsi permis de déterminer l'origine des désordres et la nature des travaux à entreprendre. Le syndic Lehmann Immobilier ne saurait, à cet égard, utilement invoquer la circonstance que la société Pomme de pain n'a pas entrepris les travaux préconisés par l'expert.

9. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que l'expertise a été utile à la ville de Paris et à la société GRDF, qui sont étrangères aux désordres en litige, lesquels sont propres à l'immeuble et ne proviennent pas de causes extérieures à celui-ci.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de mettre les frais et honoraires de l'expertise à hauteur de 80 % à la charge de la société Pomme de pain et de 20 % du syndicat des copropriétaires du 30 boulevard Saint-Michel à Paris, soit respectivement les sommes de 15 102,06 et de 3 776 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. E, expert et à M. D, sapiteur, taxés et liquidés à la somme globale de 18 878,06 euros par l'ordonnance du 22 juin 2021 du vice-président du tribunal administratif de Paris sont mis à la charge de la société Pomme de pain à hauteur de 15 102,06 euros et du syndicat des copropriétaires du 30 boulevard Saint-Michel à Paris (75006) à hauteur de 3776 euros.

Article 2 : L'ordonnance du 22 juin 2021 du tribunal administratif de Paris est réformée en ce qu'elle a de contraire au présent jugement.

Article 3 : Les conclusions présentées par la société Pomme de pain et par le syndic Lehmann Immobilier sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la ville de Paris, au syndic Lehmann immobilier, représentant le syndicat des copropriétaires du 30 boulevard Saint-Michel, à la société GRDF, à la société Pomme de pain, à M. B E, à M. A D et au tribunal administratif de Paris.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Grenier, présidente,

- Mme Caron, première conseillère,

- M. Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 19 avril 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

C. C

L'assesseure la plus ancienne dans le grade,

signé

V. Caron

La greffière,

signé

G. Le pré

La République mande et ordonne au Garde des Sceaux, ministre de la justice ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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