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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208268

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208268

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208268
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a statué sur la demande de M. B, gérant de la SARL "JH", qui contestait des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales pour 2017 et 2018, issues de rehaussements de bénéfices considérés comme des revenus distribués. Le tribunal a pris acte d'un dégrèvement partiel accordé par l'administration pour l'année 2017, rendant cette partie du litige sans objet. Pour le surplus, concernant l'année 2018, le tribunal a examiné si M. B pouvait être regardé comme le seul maître de l'affaire, condition pour le présumer bénéficiaire des distributions. Il a relevé que l'administration s'appuyait sur un élément obtenu par droit de communication auprès de la société Métro, sans en avoir informé le contribuable avant la mise en recouvrement, ce qui entache la régularité de la procédure. En conséquence, le tribunal a jugé que l'administration ne démontrait pas que M. B était le seul maître de l'affaire, et a prononcé la décharge des impositions restant en litige pour 2018, en application des articles 111 c) du code général des impôts et L. 76 B du livre des procé

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Elbaz, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2017 et 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure d'imposition est irrégulière du fait de la méconnaissance des dispositions de l'article 76 B du livre des procédures fiscales ;

- la proposition de rectifications qui lui a été adressée est insuffisamment motivée ;

- la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires de la SARL " JH " dont il était le gérant est excessivement sommaire et radicalement viciée ;

- l'administration ne démontre pas qu'il était bien le seul maître de l'affaire à la clôture de l'exercice 2018 de la SARL " JH ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023 le directeur départemental des finances publiques des Yvelines prononce un dégrèvement et conclut au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Kaczynski ;

- les conclusions de Mme Mathé, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société anonyme à responsabilité limitée (SARL) " JH " a fait l'objet, en 2022, d'une vérification de comptabilité initiée le 16 octobre 2019 et portant sur la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018. A l'issue de cette vérification de comptabilité, tirant les conséquences des résultats de cette dernière sur la situation fiscale personnelle de M. B, l'administration fiscale l'a assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2017 et 2018 procédant de l'inclusion dans ses revenus des rehaussements des bénéfices de la société, regardés comme des revenus distribués imposables entre ses mains sur le fondement du c) de l'article 111 du code général des impôts. M. B, par la présente requête, demande au tribunal des prononcer la décharge de ces impositions supplémentaires.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision en date du 30 mai 2023, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines a prononcé le dégrèvement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à la charge de M. B au titre de l'année 2017 à hauteur de la somme de 11 161 euros, en droits et pénalités. Dans cette mesure, les conclusions de la requête sont devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions :

3. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : c) Les rémunérations et avantages occultes ". Ces revenus sont présumés distribués à la date de clôture de l'exercice au terme duquel leur existence a été constatée, sauf si le contribuable ou l'administration apportent des éléments de nature à établir que la distribution a été, en fait, soit postérieure, soit antérieure à cette date. A cet égard, la seule circonstance que le contribuable soit le maître de l'affaire n'est pas de nature à apporter une telle preuve.

4. L'administration fiscale a inclus dans les revenus imposables entre les mains de M. B dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions précitées du c) de l'article 111 du code général des impôts, la somme de 113 042 euros correspondant au rehaussement des bénéfices de la SARL " JH " au titre de l'exercice clos en 2018 et regardée comme des revenus distribués par cette société à l'intéressé, que l'administration a considéré comme étant l'unique maître de l'affaire à la clôture de cet exercice, clos au 31 décembre 2018.

5. Le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres, doit être regardé comme le seul maître de l'affaire. Il est en conséquence présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

6. Pour soutenir que M. B était le seul maître de l'affaire au 31 décembre 2018, l'administration fiscale fait valoir en défense qu'à cette date, il était associé à hauteur de 45% du capital social de la SARL " JH ", qu'il avait été le gérant de la société " pendant la majeure partie de la période vérifiée ", qu'il était le seul à disposer de la signature sur le compte bancaire ouvert au nom de la société auprès de l'Union tunisienne des banques et qu'il en était ainsi encore à la date du 9 mars 2020 à laquelle le service a exercé son droit de communication auprès de cet établissement bancaire et, enfin, qu'il " est ressorti du droit de communication exercé auprès de la société Métro " que l'intéressé était " l'interlocuteur privilégié " des fournisseurs de la SARL " JH " et ce jusqu'au 31 décembre 2018.

7. Toutefois, s'agissant de l'élément d'information obtenu par droit de communication auprès de la société Métro, M. B soutient que cette information a été obtenue de façon irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été informé de l'origine et de la teneur de cette information avant la mise en recouvrement des impositions litigieuses.

8. L'administration reconnaît expressément que l'information obtenue de la société Métro, fournisseur de la SARL " JH " et qui, selon elle, éclairerait le rôle joué par M. B dans la gestion de la société et ce jusqu'au 31 décembre 2018, a été obtenue de ce tiers par l'exercice de son droit de communication, dans le seul cadre de la vérification de comptabilité dont cette société a fait l'objet. Si M. B soutient qu'il n'a pas eu connaissance de la réponse de la société Métro, dans le cadre du contrôle sur pièces des revenus dont il a fait l'objet, les dispositions de l'article L. 76 B n'ont toutefois pas été mises en œuvre à l'égard de la société Métro dans ce cadre.

9. Pour démontrer la qualité de " maître de l'affaire " de M. B, l'administration relève que, à la clôture de l'exercice 2018, il détenait 45 % du capital social de la SARL " JH ", sans toutefois préciser la structure de détention des 55% restant, ce qui ne permet pas d'apprécier le poids relatif de M. B en tant qu'associé au sein de la société. En outre, il n'est pas contesté qu'à la clôture de l'exercice considéré, le requérant n'occupait pas la fonction de gérant, sans que l'éventuelle irrégularité de la cessation de ces fonctions sociales ne soit établie ni même alléguée par l'administration. A cet égard, la circonstance que M. B a été gérant " pendant la majeure partie de la période vérifiée " est sans incidence dès lors que, comme il a été rappelé au point 3, c'est à la clôture de l'exercice des distributions que la qualité de seul " maître de l'affaire " doit être établie pour que puisse jouer la présomption de distribution en faveur de la personne qui, à ce moment-là, a cette qualité. Par ailleurs, en s'abstenant de produire la réponse faite par la société Métro à l'instance, l'administration ne permet pas davantage au juge de l'impôt d'apprécier la pertinence du renseignement qui aurait été fourni par un seul fournisseur sur le comportement d'ensemble de M. B dans la conduite de la marche de cette affaire et alors même que la teneur des propos que l'administration prête à ce fournisseur est imprécise et non circonstanciée. Enfin, l'administration fait valoir qu'elle a exercé son droit de communication, le 9 mars 2020, auprès de l'établissement bancaire " Tunisian Foreign Bank " auprès duquel la société " JH " disposait d'un compte, qui montre qu'à cette date seul M. B disposait de la signature sur ce compte. Toutefois, cette information, qui ne permet pas de savoir si ce compte était encore actif à la date du 31 décembre 2018, ni si la société disposait d'autres comptes bancaires, est insuffisante pour établir que M. B, associé minoritaire et n'exerçant plus de mandat social, pouvait être qualifié, à la date du 31 décembre 2018 de seul " maître de l'affaire ". Ainsi, l'administration n'établit pas que M. B a été bénéficiaire des distributions faites par la SARL JH à la clôture de l'exercice 2018 et le requérant, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de sa requête, doit être déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux qui lui ont été réclamées au titre de l'année 2018.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. B tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux mises à sa charge au titre de l'année 2017.

Article 2 : M. B est déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux qui lui ont été réclamées au titre de l'année 2018.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience publique du 23 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Féral, président,

- M. Kaczynski, premier conseiller,

- Mme Ghiandoni, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

D. Kaczynski

Le Président,

Signé

R. FéralLe greffier,

Signé

C. Gueldry

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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