mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2208454 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre - Juge unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées le 25 octobre 2022, 15 novembre 2022, 19 janvier 2023, 28 mai 2024 et 19 juin 2024 et un mémoire, enregistré le 24 juin 2024 et non communiqué, Mme A B demande au tribunal d'annuler les décisions du 17 mars 2022 par lesquelles la commission départementale des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) des Yvelines a refusé de lui reconnaitre la qualité de travailleur handicapé et a rejeté sa demande d'orientation professionnelle, ainsi que les décisions du 18 août 2022 et 8 septembre 2022 par lesquelles la commission a rejeté ses recours préalables obligatoires.
Elle soutient qu'elle souffre d'un diabète de type 1 insulino-dépendant depuis l'âge de treize ans ; qu'elle est également atteinte d'otospongiose, de la maladie génétique de l'X-fragile, de douleurs articulaires aux mains avec doigts à ressauts et de polyalgie ; que son état de santé nécessite un temps de soins important, provoque des malaises hypoglycémiques et hyperglycémiques quotidiens, un suivi médical contraignant et impacte ses activités physiques et professionnelles ; qu'elle souhaite obtenir la qualité de travailleur handicapé pour maintenir une activité professionnelle ; que sa situation répond à la définition du handicap.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2023, la Maison départementale des personnes handicapées des Yvelines conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, demande au tribunal, dans le cas où la décision serait annulée, de fixer le taux d'incapacité de Mme B, de fixer la durée d'attribution de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé et de fixer la durée d'attribution de l'orientation professionnelle vers le milieu ordinaire.
Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Sauvageot, vice-présidente, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par cet article.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme Sauvageot a, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de Mme B.
La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux décisions du 17 mars 2022, la CDAPH des Yvelines a rejeté les demandes présentées par Mme B, de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé et d'orientation professionnelle. Par les décisions du 18 août 2022 et 8 septembre 2022, la CDAPH des Yvelines a rejeté les recours préalables formés à l'encontre des premières décisions. Mme B demande au tribunal d'annuler l'ensemble de ces décisions.
En ce qui concerne les décisions du 17 mars 2022 :
2. Aux termes de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles : " I. - La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour : 1° Se prononcer sur l'orientation de la personne handicapée et les mesures propres à assurer son insertion scolaire ou professionnelle et sociale ; () 4° Reconnaître, s'il y a lieu, la qualité de travailleur handicapé aux personnes répondant aux conditions définies par l'article L. 323-10 du code du travail ; / () ". Aux termes de l'article R. 241-35 du même code : " Le recours contentieux formé à l'encontre des décisions prises par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées au titre des 1° et 2° du I de l'article L. 241-6 à l'égard d'un adulte handicapé dans le domaine de la rééducation professionnelle, du travail adapté ou protégé et du 4° du I dudit article est précédé d'un recours préalable ". L'article R. 241-39 du même code prévoit que : " La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées examine le recours préalable obligatoire selon les modalités prévues pour l'examen des demandes initiales prévues à la section 1 du présent chapitre. ".
3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Par suite, la décision prise à la suite du recours se substitue à la décision initiale et elle est seule susceptible d'être déférée au juge. Il s'ensuit que les conclusions de Mme B dirigées contre les décisions initiales du 17 mars 2022 sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les décisions du 18 août 2022 et 8 septembre 2022 :
4. Les recours formés contre les décisions des commissions des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, statuant en application des dispositions précitées des 1° et 4° du I de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles, constituent des recours de plein contentieux. Eu égard à son office lorsqu'il est saisi d'un tel recours, il appartient au juge administratif de se prononcer non sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais seulement sur la qualité de travailleur handicapé de la personne intéressée et son orientation professionnelle, en se plaçant à la date à laquelle il rend sa décision. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.
5. Aux termes de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles : " Constitue un handicap, au sens de la loi, toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant. ". Aux termes de l'article L. 5213-1 du code du travail : " Est considérée comme travailleur handicapé toute personne dont les possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l'altération d'une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique ". Aux termes de l'article L.5213-2 du même code : " La qualité de travailleur handicapé est reconnue par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 241-5 du code de l'action sociale et des familles. Cette reconnaissance s'accompagne d'une orientation vers un établissement ou service d'aide par le travail, vers le marché du travail ou vers un centre de rééducation professionnelle ". Il résulte des dispositions précitées que la qualité de travailleur handicapé doit être appréciée en tenant compte, d'une part, de l'état de santé du demandeur et, d'autre part, de ses qualifications et de l'emploi qu'il occupe ou de celui qu'il aurait vocation à occuper.
6. Mme B fait valoir qu'elle souffre d'un diabète de type 1 insulino-dépendant nécessitant un régime alimentaire et un suivi médical contraignants et l'exposant à des risques de malaises hyperglycémiques et hypoglycémiques quotidiens, qu'elle est également atteinte d'otospongiose, d'une maladie génétique de l'X-fragile, de douleurs articulaires aux mains avec doigts à ressauts et de polyalgie et que ces troubles provoquent des douleurs importantes. Il ressort effectivement du certificat médical établi dans le cadre de la demande formulée auprès de la MDPH que la requérante souffre de crises d'hypoglycémie quotidiennes suivie d'asthénie et qu'elle est équipée d'une pompe à insuline et d'un capteur de glycémie continu. Dans le certificat médical établi le 21 décembre 2022, le médecin spécialiste du service de diabétologie de l'hôpital Cochin Port-Royal AP-HP indique que l'intéressé souffre d'hypoglycémies sévères et qu'il existe une cheiroarthropathie assez invalidante avec ténosynovite des fléchisseurs des 3ème et 4ème doigts à ressaut des deux mains ainsi que des douleurs diffuses. Dans ces conditions, les éléments produits attestent que les possibilités de Mme B d'obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l'altération d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles et mentales au sens des dispositions précitées de l'article L. 5213-1 du code du travail.
7. Il s'ensuit que Mme B est fondée à demander l'annulation des décisions de la CDAPH des Yvelines des 18 août 2022 et 8 septembre 2022.
6. Enfin, dans le présent plein contentieux, il appartient au tribunal de fixer lui-même tout ou partie des droits de l'intéressée ou de la renvoyer au besoin devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement. En l'espèce, eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à la maison départementale des personnes handicapées des Yvelines de reconnaître à Mme B la qualité de travailleur handicapé, pour une durée de trois ans, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Les éléments de l'instruction ne permettant pas de se prononcer sur l'orientation professionnelle la mieux adaptée à l'état de santé de Mme B, il y a lieu de renvoyer celle-ci devant la MDPH afin qu'elle se prononce sur l'orientation professionnelle de
Mme B, dans un délai maximal de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions des 18 août 2022 et 8 septembre 2022 par laquelle la commission départementale des droits et de l'autonomie des personnes handicapées des Yvelines a rejeté les recours administratifs préalables obligatoires de Mme B contre ses précédentes décisions du 17 mars 2022 refusant de lui reconnaître la qualité de travailleur handicapé et rejetant sa demande d'orientation professionnelle.
Article 2 : Il est enjoint à la commission départementale des droits et de l'autonomie des personnes handicapées des Yvelines de reconnaître à Mme B la qualité de travailleur handicapé pour une durée de trois ans, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Il est enjoint à la commission départementale des droits et de l'autonomie des personnes handicapées des Yvelines de réexaminer la situation de Mme B et d'arrêter l'orientation professionnelle la plus adaptée à son état de santé dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au conseil départemental des Yvelines et la Maison départementale des personnes handicapées des Yvelines.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé
J. Sauvageot
La greffière,
Signé
C. Delannoy
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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