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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208494

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208494

vendredi 14 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208494
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET OBADIA - STASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 novembre 2022 et le 11 septembre 2023, M. A, représenté par Me Stasi, demande au tribunal :

1°) de condamner le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de l'Essonne à lui verser les sommes respectives de 59 954,25 euros et 40 000 euros en réparation des préjudices financiers et moraux subis à raison des fautes commises dans la mise en œuvre de la procédure disciplinaire ;

2°) de mettre à la charge du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de l'Essonne la somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le SDIS de l'Essonne a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en le suspendant à titre conservatoire du 4 février 2013 jusqu'au 16 mars 2014, au-delà du délai maximal de quatre mois, prévu à l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 ;

- le SDIS de l'Essonne a commis une faute en prononçant à son encontre une sanction disproportionnée de révocation ainsi que l'a retenu le tribunal administratif de Versailles dans son jugement du 27 septembre 2016 ;

- le SDIS de l'Essonne a commis une faute en prononçant à son encontre une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans au terme d'une procédure irrégulière ainsi que l'a retenu la cour administrative d'appel de Versailles dans son arrêt du 9 juillet 2020 ;

- ces illégalités ont conduit à son éviction du service pendant 67 mois, caractérisant une violation manifeste de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a subi un préjudice financier tenant à la perte de ses primes pour un montant mensuel de 758 euros bruts durant sa période de suspension illégale ; son préjudice s'élève à la somme de 6 723 euros nets ;

- il a subi un préjudice financer tenant à la perte de rémunération subie en conséquence de l'illégalité de la sanction de révocation, du 16 mars 2014 au 17 novembre 2016 ; tenant compte des montants qu'il a perçus au titre de l'aide au retour à l'emploi puis du revenu de solidarité active à compter d'avril 2016, son préjudice s'établit à la somme de 6 973,50 euros pour l'année 2014, 6 175,75 euros pour l'année 2015 et 11 785,85 euros pour l'année 2016 ;

- il a subi un préjudice financier tenant à la perte de rémunération subie en conséquence de l'illégalité de la sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans ; son préjudice s'établit à la somme de 13 776,60 euros pour l'année 2017 et 14 519,55 euros pour l'année 2018 ;

- il a subi un préjudice moral en lien avec les fautes commises par le SDIS de l'Essonne qui ont porté atteinte à sa réputation au sein du SDIS, ont conduit à une dégradation de son état de santé et ont porté atteinte à sa vie familiale ; son préjudice moral doit être indemnisé à hauteur de 40 000 euros ;

- le SDIS de l'Essonne n'est pas fondé à opposer l'autorité de chose jugée en l'absence d'identité d'objet et de cause ;

- la prescription n'est pas acquise dès lors que la procédure disciplinaire illégale qu'il a subie a pris fin le 22 novembre 2018 et que sa demande indemnitaire préalable a été présentée le 9 novembre 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2023, le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'autorité de chose jugée qui s'attache à l'arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles du 9 juillet 2020 fait obstacle à ce que le tribunal statue à nouveau sur les conclusions indemnitaires présentées par M. A ; lors de sa demande préalable indemnitaire du 9 septembre 2019, le requérant avait déjà sollicité la réparation des préjudices résultant de la suspension de fonction et de sa radiation des cadres et ses demandes relèvent de la même cause juridique ;

- à titre subsidiaire, il n'a pas commis de faute ; les faits ayant justifié la suspension et les sanctions prises à l'encontre du requérant ont été à plusieurs reprises jugés établis et de nature à justifier une sanction disciplinaire ; la demande de réparation des préjudices financiers est prescrite et en l'absence de service fait, le requérant ne peut prétendre à l'indemnisation du traitement qu'il n'a pas perçu ; le préjudice moral n'est pas établi.

Par ordonnance du 7 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 7 juin 2024.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité partielle pour forclusion des conclusions indemnitaires en tant qu'elles tendent à l'indemnisation des préjudices résultant de l'illégalité des mesures de suspension et de révocation dont M. A a fait l'objet, dès lors que l'intéressé n'a pas, dans le délai de deux mois suivant la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire préalable du 9 septembre 2019, saisi le juge administratif d'une demande de condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ces deux faits générateurs, l'intervention d'une nouvelle décision administrative de rejet à la suite de sa nouvelle réclamation du 8 novembre 2022, en tant qu'elle porte sur les conséquences de ces même faits générateurs n'ayant pas eu pour effet de rouvrir le délai de recours contentieux.

Par une lettre du 27 janvier 2025, M. A a présenté ses observations sur le moyen d'ordre public.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le jugement du tribunal administratif de Versailles n°1301165 du 27 septembre 2016 ;

- le jugement du tribunal administratif de Versailles n°1404413 du 27 septembre 2016 ;

- l'arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles n°18VE03202 du 9 juillet 2020 ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique,

- les observations de Me Ratu, représentant M. A ;

- et les observations de Mme B, représentant le SDIS de l'Essonne ;

Considérant ce qui suit :

1. M. A est sapeur-pompier professionnel titulaire depuis le 1er septembre 2007, affecté au sein du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de l'Essonne. A la suite d'une plainte pénale déposée en septembre 2012 à son encontre par une de ses collègues sapeur-pompier stagiaire ., laquelle a donné lieu à l'engagement d'une enquête administrative, M. A a été suspendu de ses fonctions à titre conservatoire à compter du 4 février 2013 puis a fait l'objet d'une sanction de révocation à compter du 16 mars 2014. Par les deux jugements susvisés du 27 septembre 2016, le tribunal administratif de Versailles a rejeté les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de suspension et a annulé, en raison de sa disproportion, la décision prononçant la sanction de révocation. En exécution de ces jugements, par trois arrêtés du 17 novembre 2016, le SDIS de l'Essonne a réintégré juridiquement M. A, a reconstitué sa carrière et a pris à son encontre une nouvelle sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans. Par l'arrêt susvisé du 9 juillet 2020, devenu définitif, la cour administrative d'appel de Versailles a annulé cette dernière décision pour vice de procédure et a, par ailleurs, rejeté les conclusions indemnitaires présentées par M. A, tendant à l'indemnisation de préjudices résultants de l'illégalité de la décision d'exclusion temporaire de fonctions. Par la présente requête, M. A demande la condamnation du SDIS de l'Essonne à l'indemniser des préjudices financiers et moraux qu'il a subis à raison des fautes résultant du comportement de l'administration à son égard, matérialisé par les décisions successives illégales de suspension, de révocation et d'exclusion temporaire prises à son encontre.

2. En premier lieu, d'une part aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet () ". En vertu de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ", ni celles de l'article L. 112-6 du même code qui dispose que " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation () ". Enfin, l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre l'administration et ses agents.

3. Il résulte de l'ensemble des dispositions citées au point précédent qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande avec indication des voies et délais de recours, les dispositions des articles L. 112-3 et L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics.

4. D'autre part, la décision par laquelle une personne publique rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation. En revanche, si, après l'expiration de ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d'une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va ainsi alors même que ce recours indemnitaire indiquerait pour la première fois les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages, ou invoquerait d'autres chefs de préjudice, ou aurait été précédé d'une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d'une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur. Il n'est fait exception à ce qui précède que dans le cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation. Dans ce cas, qu'il s'agisse de dommages relevant de chefs de préjudice figurant déjà dans cette réclamation ou de dommages relevant de chefs de préjudice nouveaux, la victime peut saisir l'administration d'une nouvelle réclamation portant sur ces nouveaux éléments et, en cas de refus, introduire un recours indemnitaire dans les deux mois suivant la notification de ce refus.

5. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 9 septembre 2019, M. A a, par l'intermédiaire de son conseil, demandé au SDIS de l'Essonne de l'indemniser de la somme de 49 908,52 euros au titre de la réparation du préjudice financier subi du fait de sa suspension de fonctions, de la somme de 45 160 euros au titre de la réparation du préjudice résultant de sa perte de logement de fonctions et de la somme de 60 000 euros en réparation du préjudice moral résultant de sa suspension et de sa radiation. Il résulte des principes rappelés au point précédent que cette demande a lié le contentieux indemnitaire avec le SDIS pour l'ensemble des préjudices résultant des deux faits générateurs que constituent la suspension de fonction et la révocation prises à l'encontre du requérant. Il appartenait dès lors à ce dernier de rechercher la condamnation de l'administration à l'indemniser de ces préjudices dans un délai de deux mois à compter du rejet implicite de sa demande du fait du silence gardé par l'administration durant un délai de deux mois, soit jusqu'au 9 janvier 2020. Dès lors que, dans la présente requête, M. A ne fait état d'aucun préjudice en lien avec ces mêmes faits générateurs et qui ne serait né, n'aurait été aggravé ou révélé dans toute son ampleur que postérieurement à sa première demande indemnitaire, la circonstance qu'il a présenté une nouvelle demande indemnitaire auprès de l'administration le 8 novembre 2022 n'a pu avoir pour effet de rouvrir le délai de recours contentieux. Par suite, en tant qu'elles tendent à la réparation des conséquences dommageables résultant des décisions de suspension et de révocation prises à son encontre, les conclusions indemnitaires présentées par M. A le 10 novembre 2022 sont tardives et par suite irrecevables.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que, par son arrêt susvisé du 9 juillet 2020, la cour administrative d'appel de Versailles a déjà statué sur des conclusions présentées par M. A et tendant à l'indemnisation des préjudices financiers et moraux résultant de l'illégalité fautive de la décision d'exclusion temporaire de fonctions prise à son encontre le 17 novembre 2016. Par conséquent, dès lors que les conclusions indemnitaires de la présente requête, en tant qu'elles tendent à l'engagement de la responsabilité pour faute du SDIS de l'Essonne à raison de l'illégalité de la décision d'exclusion temporaire de fonctions, présentent le même objet, reposent sur la même cause juridique et mettent en présence les mêmes parties que les mêmes conclusions précédemment rejetées par l'arrêt précité, et qu'elles ne tendent pas à l'indemnisation de préjudices qui seraient nés, auraient été aggravés ou révélés dans toute leur ampleur postérieurement à cette décision juridictionnelle, le SDIS de l'Essonne est fondé à leur opposer l'autorité de chose jugée.

7. Il résulte ainsi de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. A ne peuvent être que rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au service départemental d'incendie et de secours de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 3 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

M. Jauffret, premier conseiller,

M. Maitre, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.

Le rapporteur,

signé

B. Maitre

La présidente,

signé

N. Ribeiro-Mengoli

La greffière,

signé

B. Dalla Guarda

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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