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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208745

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208745

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208745
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationMagistrat Crandal
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 novembre 2022, Mme B A, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal d'annuler la décision du président du conseil départemental des Yvelines du 16 février 2022 rejetant son recours administratif préalable obligatoire contre la décision refusant son droit au revenu de solidarité active. Elle demande au tribunal d'enjoindre le conseil départemental à procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard. Elle demande à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du département des Yvelines en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- prise sans l'avis de la commission de recours amiable la décision attaquée est illégale et doit être annulée ;

- le refus de prise en compte du caractère rétroactif de sa demande dans la limite de la prescription biennale entache la décision attaquée d'erreur de droit et d'appréciation.

Mis en demeure en application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, le président du conseil départemental des Yvelines n'a pas produit au terme du délai de 15 jours qui lui était imparti le 11 mai 2023.

Par un mémoire enregistré au tribunal le 8 septembre 2023, le président du conseil départemental des Yvelines conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Crandal, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative selon la procédure prévue par cet article.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Crandal a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, a obtenu le statut de réfugié par décision de l'OFPRA du 1er septembre 2020. Elle a demandé le revenu de solidarité active par l'intermédiaire du site de la caisse d'allocations familiales des Yvelines le 10 septembre 2020. Celle-ci l'a informée par courrier du 24 novembre 2021 que le droit au RSA lui était ouvert à compter de sa demande en septembre 2020. Mme A a formé un recours administratif préalable obligatoire afin de bénéficier de la rétroactivité du revenu de solidarité active à compter de la date du 12 octobre 2018, date de son entrée en France. Le président du conseil départemental des Yvelines a rejeté son recours par décision du 16 février 2022. Mme A demande au tribunal l'annulation de cette décision et l'attribution du revenu de solidarité active à titre rétroactif à compter de la date du 12 octobre 2018, date de son entrée en France.

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

3. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale () ", laquelle est composée et constituée au sein du conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales. Aux termes du I de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles : " Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. / Cette convention précise en particulier : / 1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé ; / 2° Les modalités d'échange des données entre les parties ; / 3° La liste et les modalités d'exercice et de contrôle des compétences déléguées, le cas échéant, par le département aux organismes mentionnés à l'article L. 262-16 () ". Aux termes de l'article R. 262-60 de ce code : " La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à : / () 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental ; ces stipulations portent notamment sur l'objet et le montant des litiges dont la commission est saisie et les conditions financières de cette intervention () ".

4. Dans ce cadre, il appartient au tribunal administratif, saisi d'un moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable de l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, de s'assurer du caractère obligatoire de cette consultation dans l'hypothèse en litige, en vertu des clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et l'organisme. En revanche, la circonstance que le législateur ait entendu permettre à chaque département, agissant par voie de convention avec cet organisme, de déterminer les hypothèses dans lesquelles les réclamations dirigées contre des décisions relatives au revenu de solidarité active sont soumises pour avis à sa commission de recours amiable n'a pas pour effet de retirer à la consultation de cette commission, eu égard à sa nature et à sa composition, le caractère d'une garantie apportée, lorsqu'elle est prévue, au bénéficiaire du revenu de solidarité active.

5. Il résulte de l'instruction que l'article 10 de la convention de gestion conclue entre le département et la caisse d'allocations familiales des Yvelines le 25 février 2021 en application des dispositions citées au point 3 stipule que seuls les recours administratifs portant sur les montants de RSA activité sont soumis à l'avis de la commission de recours amiable de la caisse. En application d'une telle stipulation, le recours de Mme A n'est pas soumis à la consultation de la commission de recours amiable. Cette convention, produite en défense à la demande du tribunal, a été communiquée à la requérante le 7 août 2023. Le moyen tiré du défaut de consultation de la commission doit donc être écarté comme manquant en droit.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : 1° Etre âgé de plus de vingt-cinq ans ou assumer la charge d'un ou plusieurs enfants nés ou à naître ; 2° Etre français ou titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour autorisant à travailler. Cette condition n'est pas applicable : a) Aux réfugiés, aux bénéficiaires de la protection subsidiaire, aux apatrides et aux étrangers titulaires de la carte de résident ou d'un titre de séjour prévu par les traités et accords internationaux et conférant des droits équivalents () ". Aux termes de l'article L. 262-18 du même code : " Sous réserve du respect des conditions fixées à la présente section, le revenu de solidarité active est ouvert à compter de la date de dépôt de la demande ". Et aux termes de l'article R. 262-33 du même code : " Sans préjudice des dispositions particulières prévues aux articles L. 262-37 etL. 262-38, l'allocation est due à compter du premier jour du mois civil au cours duquel la demande a été déposée auprès d'un des organismes mentionnés à l'article D. 262-26 ".

7. Il résulte des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles que pour l'examen de leur droit au revenu de solidarité active, les personnes s'étant vu reconnaître la qualité de réfugié ou la protection subsidiaire n'ont pas à justifier de la détention d'un titre de séjour autorisant à travailler depuis cinq ans et sont assimilées à des nationaux. Toutefois, ces dispositions ne prévoient pas la possibilité de reconnaître un droit à l'allocation de revenu de solidarité active aux personnes ayant la qualité de réfugié ou bénéficiant de la protection subsidiaire, rétroactivement, à compter de leur entrée en France ou de leur demande d'asile, comme, au demeurant, elles ne permettent pas non plus aux ressortissants français de bénéficier de ladite allocation avant la date déterminée par l'article R. 262-33 du code de l'action sociale et des familles précité, même s'ils remplissent antérieurement les conditions pour l'obtenir.

8. Il résulte de l'instruction que la demande de revenu de solidarité active de Mme A a été effectuée sur le site de la caisse d'allocations familiales des Yvelines le 10 septembre 2021. En application des dispositions précitées, elle ne pouvait prétendre au bénéfice de cette allocation qu'à compter du mois de septembre 2021, dès lors que sa demande a été faite au cours de ce mois.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 16 février 2022 par laquelle le président du conseil départemental des Yvelines a refusé de lui verser le revenu de solidarité active avec un effet à une date antérieure à celle de sa demande.

10. Les conclusions de Mme A à fin de mettre à la charge du conseil départemental des Yvelines qui n'est pas la partie perdante une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Desfarges et au président du conseil départemental des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

J-M Crandal La greffière,

signé

B. Dalla Guarda

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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