vendredi 24 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2209457 |
| Type | Décision |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | LANGLOIS - THIEFFRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 décembre 2022 et 30 janvier 2023, Mme C B, représentée par Me Langlois-Thieffry, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 14 novembre 2022 par lesquelles le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, en la munissant, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant des moyens communs aux différentes décisions attaquées :
- elles ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'erreurs de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, faute d'avoir été précédée d'une procédure contradictoire préalable ;
- elle méconnait le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant l'admission au séjour ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par une ordonnance du 19 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 février 2023.
Le préfet de l'Essonne a produit un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les observations de Me Langlois-Thieffry représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante cambodgienne, née le 6 avril 1979, est entrée en France le 5 avril 2017, sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a bénéficié, en qualité de parent d'enfant français, d'une carte de séjour temporaire valable du 24 octobre 2018 au 23 octobre 2019 dont elle a sollicité le renouvellement. Elle demande au tribunal l'annulation des décisions du 14 novembre 2022 par lesquelles le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que Mme B est entrée régulièrement en France le 5 avril 2017, s'est vue délivrer une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français, valable du 24 octobre 2018 au 23 octobre 2019, dont elle a sollicité le renouvellement et a alors été munie de récépissés pendant 3 ans, jusqu'à l'intervention de l'arrêté contesté. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que Mme B vit en concubinage depuis, au plus tard, le mois d'avril 2019 avec un ressortissant portugais qui exploite une activité de restauration à Palaiseau et qu'une fille est née le 22 avril 2019 de leur union. Contrairement à ce qu'a estimé le préfet de l'Essonne, il ne ressort d'aucun élément du dossier que Mme B ne contribuerait pas à l'éducation et à l'entretien de cette dernière qui vit au sein de son foyer. Il résulte, par ailleurs, des éléments versés à l'instance que résident en France les deux autres enfants de A B, nés respectivement le 3 septembre 2001 et le 12 février 2008, qu'elle aide financièrement et reçoit ponctuellement à son domicile, notamment le plus jeune des deux qui est de nationalité française. Mme B établit, enfin, avoir travaillé à temps partiel de juin 2019 à mai 2021 puis d'avril à juin 2022 et avoir été embauchée en contrat à durée indéterminée à temps plein à compter du mois de juillet 2022 en tant qu'employée polyvalente. Au vu de ces éléments, la décision portant refus de séjour contestée doit être regardée comme ayant porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour contestée ainsi, par voie de conséquence, que celle de la décision du même jour lui faisant obligation de quitter le territoire français.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
6. Eu égard aux motifs de l'annulation, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans la situation de droit ou de fait de Mme B, que l'administration délivre à cette dernière une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Essonne ou à tout préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressée de délivrer à celle-ci un tel titre de séjour, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de de justice administrative :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la requérante de la somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 14 novembre 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne ou à tout préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de Mme B, sous réserve d'un changement dans la situation de droit ou de fait de cette dernière, de délivrer à celle-ci, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, un titre de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale ".
Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rollet-Perraud, présidente,
Mme Fejérdy, première conseillère,
Mme Amar-Cid, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.
La rapporteure,
Signé
J. D
La présidente,
Signé
C. Rollet-Perraud
La greffière,
Signé
A. Lloria
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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