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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2209585

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2209585

vendredi 15 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2209585
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMORANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 décembre 2022 et le 20 septembre 2024, ce second mémoire n'ayant pas été communiqué, Mme A, représentée en dernier lieu par Me Morant, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2022 par lequel le maire de la commune de Y l'a placée en position de disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 1er septembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Y une somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commune ne l'a pas préalablement invitée à présenter une demande de reclassement dans une autre collectivité avant de la placer en disponibilité d'office ;

- il n'a pas été précédé d'un examen des circonstances particulières de l'espèce dès lors que la commune n'a pas recherché si des éléments nouveaux étaient intervenus depuis sa décision illégale ; elle aurait pu faire valoir dans ce cadre sa reconnaissance comme travailleur handicapé par une décision du 28 octobre 2021 ;

- il est insuffisamment motivé dès lors qu'il ne précise ni à quel titre elle remplirait les conditions de mise en disponibilité d'office ni la date à laquelle elle aurait épuisé ses droits statutaires à congé ;

- il est entaché d'erreur de droit dès lors que, si la mise en disponibilité peut intervenir à l'épuisement des droits statutaires à congé de maladie ordinaire, de longue maladie ou de longue durée, le congé pour invalidité temporaire imputable au service n'est pas limité dans le temps, de sorte que l'agent placé en congé pour accident de service doit être maintenu dans cette position, sauf à être mis à la retraite ou déclaré apte à reprendre son service ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 131-8 du code général de la fonction publique et caractérise une discrimination à raison de son état de santé, dès lors que la commune de Y n'a pas recherché activement de solution de reclassement dans une autre collectivité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, la commune de Y, représentée par Me Carrere, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°86-68 du 13 janvier 1986 ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique,

- les observations de Me Lopez, substituant Me Morant, représentant Mme A ;

-et les observations de Me Ouillé, substituant Me Carrere, représentant la commune de Y.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, adjointe administrative territoriale de 2ème classe, a été recrutée par la commune de Y en 1993. Elle a été affectée à un poste d'agent d'accueil au sein du centre culturel de la commune. Elle a déclaré au mois de juillet 2012 une en réaction à la dégradation de ses conditions de travail et a été placée en congé de maladie à compter du 20 juillet 2012. Par un arrêté du 15 octobre 2012, elle été placée en congé pour accident de service à compter du 20 juillet 2012. Ce congé a été renouvelé, de façon continue, jusqu'au 1er septembre 2020, date à laquelle elle a été licenciée pour inaptitude physique par un arrêté du 10 juillet 2020. Par un jugement n°, le tribunal de céans a annulé cet arrêté et enjoint à la commune de Y de réexaminer la situation de la requérante et de procéder à la reconstitution de sa carrière. En exécution de ce jugement, par un arrêté du 3 octobre 2022, la commune de Y a placé Mme A en position de disponibilité d'office pour raison de santé à titre rétroactif à compter du 1er septembre 2020. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

2. D'une part, les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligation des fonctionnaires ne sont entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique territoriale, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 13 avril 2019, du décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale. D'autre part, aux termes de l'article 15 de ce décret : " Le fonctionnaire en congé à la suite d'un accident ou d'une maladie imputable au service continue de bénéficier de ce congé jusqu'à son terme. Toute prolongation de ce congé postérieure à l'entrée en vigueur du présent décret est accordée dans les conditions prévues au chapitre Ier. "

3. Il est constant en l'espèce que préalablement au 1er septembre 2020, Mme A était placée en position de congé spécial pour accident de service en raison d'un syndrome diagnostiqué antérieurement à l'entrée en vigueur de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, et il ne ressort pas des pièces du dossier que ce congé ait fait l'objet d'une prolongation postérieurement au 13 avril 2019. Par suite, sont seules applicables au litige les dispositions législatives et réglementaires relatives au congé pour accident de service antérieures à l'entrée en vigueur de l'article 21bis de la loi du 13 juillet 1983.

4. D'autre part, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale alors applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit () 2° à des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants () Toutefois, si la maladie provient () d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. " Par ailleurs, aucune des dispositions réglementaires du décret du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration et du décret du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ne prévoit la possibilité de placer un agent en position de disponibilité d'office pour raison de santé à l'issue d'un congé spécial pour accident de service.

5. Il en résulte que le fonctionnaire dont les blessures ou la maladie proviennent d'un accident de service ou d'une maladie contractée ou aggravée en service qui se trouve dans l'incapacité permanente d'exercer ses fonctions au terme d'un délai de douze mois à compter de sa mise en congé de maladie, sans pouvoir bénéficier d'un congé de longue maladie ou d'un congé de longue durée, doit bénéficier de l'adaptation de son poste de travail ou, si celle-ci n'est pas possible, être mis en mesure de demander son reclassement dans un emploi d'un autre corps ou cadre d'emploi, s'il a été déclaré en mesure d'occuper les fonctions correspondantes. Il en va de même lorsque le comité médical compétent déclare qu'un fonctionnaire territorial est apte à reprendre ses fonctions à condition que son poste soit adapté à son état physique. Il appartient alors à l'autorité territoriale de rechercher si un poste ainsi adapté peut être proposé au fonctionnaire. Si l'autorité territoriale n'est pas en mesure de lui proposer un tel poste, l'administration a l'obligation de maintenir l'agent en congé de maladie avec plein traitement jusqu'à la reprise de service ou jusqu'à sa mise à la retraite, qui ne peut prendre effet rétroactivement.

6. Ainsi que l'a relevé le tribunal de céans dans son jugement précité du , à la date de l'arrêté attaqué, Mme A était reconnue inapte à l'exercice de toutes fonctions au sein de la collectivité qui l'emploie mais n'était pas en revanche inapte à exercer tout emploi pour autant qu'il s'exerce au sein d'une autre collectivité. Par suite, la commune de Y était dans l'impossibilité d'admettre Mme A à la retraite d'office. N'ayant pas le pouvoir de muter l'intéressée dans une autre collectivité mais seulement de l'accompagner dans ses démarches de recherche d'une mutation, elle ne pouvait ni la réaffecter dans un autre emploi de son grade, ni même lui proposer un reclassement au sein de la collectivité. Par suite, faute pour la collectivité de pouvoir lui proposer un poste adapté à son état de santé, Mme A n'était pas, au 1er septembre 2020, en état de reprendre son service, et la commune de Y était ainsi dans l'obligation de la maintenir en position de congé spécial pour accident de service avec plein traitement jusqu'à sa reprise. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir qu'en la plaçant en position de disponibilité d'office pour raison de santé sans traitement à compter du 1er septembre 2020, la commune de Y a entaché sa décision d'une erreur de droit.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 3 octobre 2022 doit être annulé.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Y au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette commune, le versement à Mme A d'une somme de 1 800 euros en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 octobre 2022 par lequel le maire de la commune de Y a placé Mme A en position de disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 1er septembre 2020 est annulé.

Article 2 : La commune de Y versera à Mme A une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Y sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et à la commune de Y.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2024.

Le rapporteur,

signé

B. Maitre

La présidente,

signé

N. Ribeiro-Mengoli

La greffière,

signé

B. Dalla Guarda

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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