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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2209893

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2209893

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2209893
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELAS LPA CGR AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a rejeté la demande de la SAS Byo Networks, qui sollicitait le remboursement d’un crédit d’impôt recherche (CIR) de 391 223 euros au titre des années 2018 à 2021. La société n’a pas contesté le double emploi de dépenses de recherche déjà comptabilisées lors d’années antérieures, ce qui justifiait le refus de l’administration. Le tribunal a ainsi considéré que la société n’était pas fondée à obtenir le remboursement sollicité, ni les intérêts moratoires associés, en application des articles 244 quater B et 199 ter B du code général des impôts.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 décembre 2022 et le 6 septembre 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Byo Networks, représentée par Me Selva-Roudon, demande au tribunal :

1°) de prononcer le remboursement du crédit d'impôt recherche dont elle s'estime titulaire au titre des années 2018 à 2021 pour un montant de 391 223 euros ;

2°) d'ordonner le remboursement de ce crédit d'impôt ;

3°) d'ordonner le versement des intérêts moratoires prévus à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

4°) d'écarter des débats l'avis du comité consultatif du crédit d'impôt recherche ainsi que l'avis du médiateur du ministère de l'économie rendus dans le cadre de la vérification de comptabilité dont elle a fait par ailleurs l'objet ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- elle est fondée à demander que les intérêts moratoires soient appliqués au crédit d'impôt dont elle demande le remboursement ;

- l'administration n'explique pas en quoi elle ne serait pas titulaire du crédit d'impôt litigieux ; ce crédit est réel de par le simple effet de la loi et résulte du seul fait que ce crédit n'a pu être imputé sur l'impôt des années correspondantes à celles au cours desquelles il a été généré.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2023, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il oppose à la société requérante une fin de non-recevoir tirée du défaut de moyens de sa requête et soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 janvier 2024 à 10h00.

Le directeur départemental des finances publiques des Yvelines a produit un mémoire reçu le 17 septembre 2024 après clôture de l'instruction qui n'a pas été communiqué.

La SAS Byo Networks, représentée par M. Tirat, président de la société, a produit un mémoire, reçu le 22 septembre 2024 après clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Kaczynski ;

- les conclusions de Mme Mathé, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Selva-Roudon, représentant la SAS Byo Networks, en présence de M. Tirat, président de la société.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que la SAS Byo Networks, qui a pour objet la conception, le développement et la commercialisation de logiciels, a déposé quatre déclarations modèle 2069-A-SD, au titre des exercices clos les 31 décembre 2018, 2019, 2020 et 2021, portant demande de remboursement de crédit d'impôt recherche prévu à l'article 244 quater B du code général des impôts, à raison de dépenses de recherche qu'elle dit avoir engagées au cours des années 2018 à 2021, pour un montant global de 391 223 euros. Ces demandes de remboursement de crédit d'impôt, valant réclamations contentieuses n'ont fait l'objet d'aucune réponse de l'administration, faisant ainsi naître des décisions implicites de rejet. La société requérante demande au tribunal de prononcer le remboursement de ce crédit d'impôt et de l'assortir d'intérêts moratoires.

2. Aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts : " Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année ". Aux termes de l'article 220 B du même code : " Le crédit d'impôt pour dépenses de recherche défini à l'article 244 quater B est imputé sur l'impôt sur les sociétés dû par l'entreprise dans les conditions prévues à l'article 199 ter B ". Aux termes du I de l'article 199 ter B de ce code : " Le crédit d'impôt () défini à l'article 244 quater B est imputé sur l'impôt sur le revenu dû par le contribuable au titre de l'année au cours de laquelle les dépenses de recherche prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt ont été exposées. L'excédent de crédit d'impôt constitue au profit de l'entreprise une créance sur l'Etat d'égal montant. Cette créance est utilisée pour le paiement de l'impôt sur le revenu dû au titre des trois années suivant celle au titre de laquelle elle est constatée puis, s'il y a lieu, la fraction non utilisée est remboursée à l'expiration de cette période. () ". Le II du même article prévoit que ces créances sont immédiatement remboursables lorsqu'elles sont constatées par des entreprises appartenant à certaines catégories, définies notamment au regard de leur taille ou de la qualification de jeune entreprise innovante.

3. Il ressort du mémoire en défense du directeur départemental des finances publiques des Yvelines que le refus de remboursement du crédits d'impôt dont se prévaut la SAS Byo Networks est fondé sur ce que les dépenses ayant généré les crédits constatés par la société au titre des années 2018 à 2021 ont été comptabilisées en dotations aux amortissements immobilisés alors que ces mêmes dépenses avaient déjà été prises en compte, pour la détermination des crédits d'impôt d'années antérieures, comme salaires. De ce fait les mêmes dépenses ont été comptabilisées deux fois.

4. La SAS Byo Networks ne conteste pas ce double emploi. Elle soutient cependant que dès lors qu'elle a constaté un crédit d'impôt recherche et en a demandé le remboursement, l'administration était tenue, en application du II de l'article 199 ter B précité, de procéder à un remboursement immédiat, quand bien même elle pourrait, ultérieurement, exercer son pouvoir de contrôle sur l'existence de ce crédit d'impôt. Cependant aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obligation à l'administration de procéder de manière automatique à un tel remboursement d'un crédit d'impôt dont il n'est pas contesté qu'il n'est pas fondé du fait d'une double comptabilisation de dépenses de recherche. Les dispositions du II de l'article 199 ter B précité autorisent en effet l'administration fiscale à instruire les demandes de remboursement qui lui sont présentées et qui constituent des réclamations et, dans le cadre de cette instruction, de s'assurer que le droit au bénéfice duquel tend cette réclamation existe, avant le cas échéant de l'accueillir. A cet égard, la circonstance que le service des impôts des entreprises de Palaiseau (Essonne) a établi des certificats de créance afférents au crédit d'impôt dont il s'agit est sans incidence sur le droit de la société à prétendre au remboursement de ce crédit d'impôt, dont elle n'établit pas être titulaire. Ces certificats précisant, en tout état de cause, qu'ils sont établis " en fonction des informations connues du service à ce jour et sous réserve d'une éventuelle remise en cause par le service de contrôle ".

5. Par suite, et sans qu'il soit nécessaire d'examiner la fin de non-recevoir opposée par l'administration, ni sur les conclusions de la société requérante tendant à ce que certaines pièces soient écartées de la présente instance, les conclusions de la requête de la SAS Byo Networks tendant au remboursement d'un crédit d'impôt, au paiement par l'administration d'intérêts moratoires ainsi que les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Byo Networks est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société la SAS Byo Networks et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

M. Kaczynski, premier conseiller,

Mme Ghiandoni, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

D. Kaczynski

Le président,

Signé

R. Féral Le greffier,

Signé

C. Gueldry

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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