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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2300030

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2300030

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2300030
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantPIERSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 janvier 2023 et 26 mars 2024, M. A C, agissant au nom de sa fille mineure, B C, représenté par Me Azoulay, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de condamner la commune des Clayes-sous-Bois à leur verser une indemnité totale de 6 460,75 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis, assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 septembre 2022 et de la capitalisation des intérêts ;

2°) à titre subsidiaire, de désigner un expert judiciaire afin de procéder au chiffrage des préjudices corporels subis par la jeune B ;

3°) en tout état de cause, de mettre à la charge de la commune des Clayes-sous-Bois une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- le 26 juin 2020, B C s'est entaillé profondément le doigt en le faisant glisser sur une fenêtre des locaux de l'école André Briquet pendant la pause méridienne ; usagère de cet ouvrage public, elle bénéficie d'un régime de responsabilité pour faute présumée tiré du défaut d'entretien normal de cet ouvrage ;

- à supposer que l'accident soit survenu en raison d'un comportement inadapté de l'enfant, il y aurait lieu de retenir un défaut de surveillance des élèves ;

- les attestations produites par le personnel de l'école, contestées en défense, ont toute valeur probante ;

- le préjudice fonctionnel temporaire B C peut être évalué à la somme totale de 648,75 euros, le préjudice esthétique temporaire et permanent qu'elle subit à la somme de 2 000 euros, les souffrances qu'elle a endurées à la somme de 3 500 euros ;

- il y a lieu de mettre à la charge de la commune les frais de l'expertise qui s'élèvent à la somme de 312 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2023, la commune des Clayes-sous-Bois, représentée par Me Pierson, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- alors qu'aucun témoin ne peut établir les circonstances réelles de l'accident, les requérants ne rapportent pas la preuve des circonstances dans lesquelles l'enfant s'est blessé ;

- aucun élément versé aux débats ne permet de constater le prétendu caractère anormal du rebord de la fenêtre sur laquelle B C se serait blessée ;

- l'indemnisation des préjudices doit être réduite à de plus justes proportions ;

- elle formule ses plus vives protestations et réserves quant à la mesure d'expertise si elle devait être ordonnée.

La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines qui n'a produit aucune observation.

Par une ordonnance du 28 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Degorce ;

- les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Alphonse pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Le 26 juin 2020, alors qu'elle jouait dans la cour de récréation de l'école maternelle André Briquet aux Clayes-sous-Bois, la jeune B C, âgée de quatre ans et demi, s'est entaillé profondément le petit doigt de la main gauche sur le rebord extérieur d'une des fenêtres de l'établissement. Par la présente requête, M. A C, agissant au nom de sa fille mineure, recherche la responsabilité de la commune des Clayes-sous-Bois afin d'obtenir réparation des préjudices qu'il estime avoir été subis par son enfant.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité de la commune des Clayes-sous-Bois :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 212-4 du code de l'éducation : " La commune a la charge des écoles publiques. Elle est propriétaire des locaux et en assure la construction, la reconstruction, l'extension, les grosses réparations, l'équipement et le fonctionnement, à l'exception des droits dus en contrepartie de la reproduction par reprographie à usage pédagogique d'oeuvres protégées ".

3. D'autre part, il appartient à l'usager victime d'un dommage survenu à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public d'apporter la preuve, d'une part, de la réalité de ses préjudices et, d'autre part, de l'existence d'un lien de causalité direct entre cet ouvrage et le dommage qu'il a subi. La responsabilité de la personne publique à l'égard de cet usager n'est engagée de plein droit pour défaut d'entretien normal qu'à la condition que le bien auquel ce dommage est imputable présente un caractère immobilier, seul susceptible de lui conférer la qualification d'ouvrage public, ou que ce bien soit physiquement incorporé à un ouvrage public ou n'en soit pas dissociable. Enfin, la collectivité en charge de l'ouvrage public peut s'exonérer de sa responsabilité en rapportant la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit de ce que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'accident envoyé par le directeur de l'école maternelle André Briquet à la direction des services départementaux de l'Education nationale des Yvelines que, le 26 juin 2020, sur le temps de la pause méridienne, la jeune B s'est entaillé profondément le petit doigt de la main gauche en le faisant glisser sur le rebord extérieur d'une des fenêtres donnant sur la cour de récréation. B C était, au moment des faits, usagère du bâtiment de l'école maternelle André Briquet, dont la fenêtre sur laquelle elle s'est blessée est indissociable et dont la responsabilité, eu égard aux dispositions précitées de l'article L. 212-4 du code de l'éducation, incombait à la commune des Clayes-sous-Bois.

5. En défense, la commune des Clayes-sous-Bois fait valoir que les requérants ne rapportent pas la preuve de la matérialité des faits qu'ils invoquent dès lors qu'aucun témoin ne peut établir les circonstances réelles de l'accident. Toutefois, outre le rapport d'accident circonstancié du directeur de l'établissement, M. C produit par ailleurs le formulaire de sortie du service ambulatoire délivré par l'hôpital privé de l'Ouest parisien attestant ainsi du passage aux urgences de sa fille le 26 juin 2020. Il verse également une ordonnance établie le même jour permettant d'établir la réalité de la coupure de son enfant qui a été suturée. Par suite, M. C rapporte bien la preuve qui lui incombe de l'existence d'un lien de causalité direct entre le tranchant de la fenêtre de l'école maternelle André Briquet et le dommage subi par son enfant.

6. Enfin, la commune des Clayes-sous-Bois ne rapporte pas la preuve qui lui incombe de l'entretien normal de l'ouvrage public ni ne soutient que le dommage serait imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander la condamnation de la commune des Clayes-sous-Bois à réparer les dommages subis par sa fille le 26 juin 2020.

En ce qui concerne la demande d'expertise :

8. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. La mission confiée à l'expert peut viser à concilier les parties ". Si, en application de ces dispositions, le tribunal peut, sur la demande de l'une des parties, ordonner, avant-dire-droit, qu'il soit procédé à une expertise, une telle mesure ne peut être décidée que si elle est nécessaire à la solution du litige dont il est saisi.

9. Si M. C sollicite la désignation d'un expert afin d'évaluer les préjudices subis par son enfant, il résulte toutefois de l'instruction que son assureur, la compagnie MAIF a sollicité un expert qui s'est déjà prononcé sur la réalité et l'étendue des préjudices subis par la jeune B et dont le rapport, établi le 10 novembre 2021, est versé aux débats. Si la commune des Clayes-sous-Bois se borne à souligner l'absence de caractère contradictoire de cette expertise et à contester les montants sollicités par le requérant, elle ne remet cependant pas cette expertise qui suffit à évaluer les préjudices subis par B C. Il n'y a donc pas lieu de faire droit à la demande des requérants et de prescrire, avant-dire-droit une expertise médicale, s'agissant au demeurant d'une blessure bénigne.

En ce qui concerne les préjudices subis par B C :

10. En l'absence de dispositions réglementaires définissant les postes de préjudice, il y a lieu de distinguer, parmi les préjudices de nature patrimoniale, les dépenses de santé, les frais liés au handicap, les pertes de revenus, l'incidence professionnelle et scolaire et les autres dépenses liées à ce dommage. Parmi les préjudices personnels, sur lesquels l'organisme de sécurité sociale ne peut exercer son recours que s'il établit avoir effectivement et préalablement versé à la victime une prestation réparant de manière incontestable un tel préjudice, il y a lieu de distinguer, pour la victime directe, les souffrances physiques et morales, le préjudice esthétique et les troubles dans les conditions d'existence, envisagés indépendamment de leurs conséquences pécuniaires.

11. Il y a lieu de fixer la date de consolidation de l'état de santé B C au 16 décembre 2020.

12. En premier lieu, M. C sollicite l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire de sa fille qu'il évalue à la somme de 648,75 euros. Il est constant que la jeune B a subi, pendant un jour, une gêne temporaire totale au taux de 100% puis pendant 20 jours, une gêne temporaire partielle de classe II au taux de 25 % puis, enfin, pendant 152 jours, une gêne temporaire partielle de classe I au taux de 10%. Il sera ainsi fait une juste appréciation de ce préjudice en mettant à la charge de la commune des Clayes-sous-Bois une somme totale de 562 euros sur la base de 500 euros mensuels pendant la période de gêne à 100%, 125 euros mensuels pendant la période à 25% et 50 euros mensuels pour la période à 10%.

13. En deuxième lieu, l'expert a évalué à 2,5 sur une échelle comprise entre 1 et 7, les souffrances endurées par B C. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice en l'évaluant à une somme de 2 500 euros à ce titre.

14. En troisième lieu, il résulte du rapport d'expertise que l'entaille subie par B C a entraîné une légère déformation du doigt avec gonflement de la pulpe et une petite déformation de l'ongle. Si l'expert retient effectivement un préjudice esthétique permanent, évalué à 1 sur une échelle de 1 à 7, la réalité du préjudice esthétique temporaire dont aurait souffert l'enfant, alors âgé de quatre ans et demi, n'est pas établie. Il sera donc fait une juste appréciation du seul préjudice esthétique permanent en allouant à M. C une somme de 1 500 euros.

15. Enfin, il résulte de la note établie par l'expert mandaté par l'assureur de M. C que les honoraires de l'expertise se sont élevés à la somme de 312 euros.

16. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la commune des Clayes-sous-Bois à verser à M. A C, en réparation des préjudices subis par sa fille, une indemnité totale de 4 874 euros.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

17. Les sommes dues par la commune des Clayes-sous-Bois au titre de la réparation des préjudices subis par la jeune B C porteront intérêts au taux légal à compter du 29 septembre 2022, date de réception de la demande indemnitaire présentée par son père. Ces intérêts porteront eux-mêmes intérêts à compter du 29 septembre 2023 puis à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date.

Sur les frais d'instance :

18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune des Clayes-sous-Bois une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du requérant, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune des Clayes-sous-Bois réclame à ce même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La commune des Clayes-sous-Bois est condamnée à verser à M. A C, agissant au nom de sa fille mineure, B C, la somme de 4 874 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 septembre 2022 et de la capitalisation des intérêts à compter du 29 septembre 2023.

Article 2 : Il est mis à la charge de la commune des Clayes-sous-Bois une somme de 1 800 euros à verser à M. A C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la commune des Clayes-sous-Bois et à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Sauvageot, présidente,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

Ch. DegorceLa présidente,

signé

J. Sauvageot

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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