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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2303074

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2303074

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2303074
TypeDécision
RecoursAutorisation
Formation3ème chambre
Avocat requérantHELLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Eliot Heller, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, de procéder à un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer un titre de séjour portant mention " vie privée et familiale ".

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est illégale en l'absence de fixation du pays de destination ;

- la décision est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur de qualification juridique des faits ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle ne peut pas bénéficier du traitement approprié dans son pays d'origine ;

- la décision méconnaît les articles L.435-1 et L.123-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les articles 6 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La clôture de l'instruction a été fixée au 9 mai 2023.

Le préfet de l'Essonne a produit un mémoire en défense, le 5 juin 2023, qui n'a pas été communiqué.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fejérdy, première conseillère,

- et les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante malgache née en 1950, est entrée en France le 7 octobre 2015. Elle a obtenu la délivrance de quatre titres de séjour successifs, en raison de son état de santé, entre le 6 décembre 2016 et le 1er mars 2022. Elle a demandé le renouvellement de son dernier titre de séjour. Par décision du 30 septembre 2022, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande, et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. La requérante demande l'annulation de cette décision.

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, âgée de 72 ans à la date de la décision attaquée, a souffert d'un cancer des seins et des ovaires qui n'avait pas été diagnostiqué à Madagascar. A son arrivée en France en 2015, elle a été prise en charge à l'hôpital intercommunal de Créteil, et a subi plusieurs interventions chirurgicales et une chimiothérapie. Il ressort des pièces du dossier que si elle connaît actuellement une période de rémission, son état de santé nécessite un suivi hospitalier pour sa maladie qui entre dans le cadre des affections de longue durée. Le 12 février 2019, la maison départementale des personnes handicapées du Val de Marne lui a reconnu un taux d'incapacité égal ou supérieur à 80%. Par ailleurs, Mme B, veuve, et qui ne touche qu'une très faible pension, est actuellement prise en charge par son fils, de nationalité française, à proximité de qui elle vit. Si la requérante a trois autres enfants qui résident toujours à Madagascar, ceux-ci attestent toutefois être dans l'impossibilité de prendre en charge ou d'assister leur mère. Dans les circonstances particulières de l'espèce, le préfet de l'Essonne a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme B.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 30 septembre 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Le présent jugement, qui annule la décision de refus de séjour, implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que soit délivré à Mme B un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à cette délivrance, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 30 septembre 2022, par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé le renouvellement du titre de séjour de Mme B et lui a fait obligation de quitter le territoire français est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de délivrer à Mme B un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 9 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Fejérdy, première conseillère,

- Mme Amar-Cid, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

B. Fejérdy

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud

La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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