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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2305119

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2305119

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2305119
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL WOOG & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juin et 20 décembre 2023, le syndicat intercommunal d'aménagement de rivières et du cycle de l'eau (SIARCE), représentée par Me Treca, demande, dans le dernier état de ses écritures, au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner les sociétés SAFEGE, Degrémont France, Degrémont France Assainissement, Atelier d'architecture Malisan A.A.M., A construction et Urbain de travaux, au titre de la garantie décennale des constructeurs, à lui verser une indemnité provisionnelle de 1 913 172,28 euros toutes taxes comprises (TTC) avec intérêts au taux légal et capitalisation ;

2°) de mettre à la charge de ces sociétés la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le tassement et la déformation de la plateforme de réception des boues des serres nécessite un réglage en position haute des scarificateurs, faisant obstacle au traitement de la lame de boue dans toute son épaisseur ; ces désordres n'étaient pas apparents à la réception et rendent les serres impropres à leur destination en faisant obstacle à la maturation des boues issues du traitement de l'eau de manière efficace ;

- ces désordres résultent d'un défaut de conception et d'études d'exécution de la plateforme des serres ; ils sont imputables au groupement titulaire du marché public de travaux et notamment au groupement composé des sociétés Sobea Environnement et Urbaine de Travaux, chargé du génie civil ; ils sont également imputables au groupement titulaire du marché de maîtrise d'œuvre, qui a accepté la mauvaise solution proposée par le groupement titulaire du marché public de travaux ;

- il est donc fondé à rechercher la responsabilité solidaire de ces sociétés et cette obligation n'est pas sérieusement contestable ;

- il a droit au versement d'une provision comprenant le coût des travaux préparatoires pour remédier aux désordres, soit 1 334 618 euros TTC, le remboursement des frais avancés au titre de l'expertise, soit 51 679,20 euros TTC, la réparation des préjudices qu'il a subi, soit 278 828 euros TTC et les frais de l'expertise, soit 55 604,21 euros TTC ; il y a lieu de prendre en compte le montant de la taxe sur la valeur ajoutée ; cette provision est de 1 720 730,21 euros TTC ; s'y ajoute la somme de 43 020,67 euros TTC au titre de l'évacuation des boues entre septembre et décembre 2022 ; celle de 149 421,40 euros TTC au titre de préjudice d'exploitation pour l'année 2023 ; la circonstance qu'il pourrait prétendre au bénéfice du FCTVA ne fait pas obstacle à ce qu'il demande le versement d'une indemnité comprenant la TVA ; l'indemnité globale représente la somme de 1 913 172,28 euros TTC ;

- le coût de la solution réparatoire retenu par l'expert se fonde sur les différents chiffrages proposés par les parties ; ces coûts, évalués par l'expert sont fondés ;

- la solution réparatoire proposée n'entraine pas de plus-value pour l'ouvrage, ainsi que l'a relevé l'expert ; les désordres litigieux ne résultent pas d'un défaut d'entretien et la vétusté de l'ouvrage n'est donc pas établie ; les désordres sont apparus peu de temps après la réception ;

- le déchirement des bâches n'est pas à l'origine de l'abandon du mode d'exploitation de la serre, ainsi que l'a relevé l'expert et il a été rectifié rapidement ; il ne demande la réparation de son préjudice d'exploitation que pour l'année 2019 ; l'interruption de l'épandage en 2020 ne résulte pas plus de l'épidémie de Covid-19, l'ouvrage étant en mesure, en cas de fonctionnement normal, de satisfaire aux exigences de siccité de boue pour en permettre l'exploitation ;

- la SAFEGE, en qualité de maître d'œuvre, était tenu au titre de sa mission VISA de vérifier que les documents des entreprises respectaient le projet et devaient les viser ; une telle mission n'excluait pas l'analyse des notes de calcul de la mission ; il n'a pas exercé ses éléments de mission DET et AOR pleinement et a ainsi commis une faute ; ce manquement à son devoir de conseil est de nature à engager sa responsabilité ;

- il n'a commis aucune faute, la solution tendant au rechargement de l'enrobé de la plateforme ne permettant pas de prévenir les désordres survenus.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2023, la société Atelier d'Architecture Malisan, représentée par Me Tessier, conclut :

1°) à titre principal, à sa mise hors de cause ;

2°) titre subsidiaire, à la limitation de la provision aux sommes prévues par le rapport d'expertise ;

3°) à ce que soit mis à la charge du SIARCE la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- aucun élément de responsabilité n'est retenu à son encontre par le rapport d'expertise, qui préconise une répartition de 75% à charge du groupement A Construction et société Urbaine de Travaux et de 25% à charge de la société SAFEGE, maître d'œuvre ; sa mission se limitait à la conception architecturale du projet, au dépôt du permis de construire, à l'assistance aux choix coloristiques et aux aménagements paysagers et ne comprenait pas la maîtrise d'œuvre en cours d'exécution ;

- à titre subsidiaire, le montant de l'indemnité demandée excédant celui préconisé par le rapport d'expertise ne peut être alloué.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2023, la société Degrémont France, représentée par Me Jeambon, conclut :

1°) à titre principal, au rejet des conclusions formées à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire, à la condamnation des sociétés SAFEGE, A Construction et Urbaine de Travaux à la garantir des condamnations prononcées à son encontre ;

3°) à ce que soit mise à la charge du SIARCE la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les désordres observés ne lui sont pas imputables, ces derniers résultant d'un défaut de conception et d'études d'exécution de la plateforme des serres, mission dont elle n'était pas chargée ;

- à titre subsidiaire, les sociétés SAFEGE, A Construction et Urbaine de Travaux doivent être condamnées, in solidum, à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre sur le fondement délictuel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2023, la société A Construction, représentée par Me Lazari, conclut :

1°) à la réduction du montant de la provision prononcée ;

2°) à la condamnation solidaire des société SAFEGE et Urbaine de Travaux à la garantir des condamnations prononcées à son encontre.

Elle soutient que :

- il y a lieu de fixer le montant des travaux de réparation à 882 394,59 euros HT, incluant les honoraires de maîtrise d'œuvre et les frais annexes, la somme demandée par le SIARCE se fondant sur une surévaluation du prix des micropieux ;

- le SIARCE ne justifie pas du régime de TVA auquel il est soumis et il ne peut ainsi l'inclure dans sa demande d'indemnité ;

- l'expert n'a pas pris en compte la vétusté des serres et les améliorations apportées par la solution réparatoire ; par conséquent, il y a lieu d'appliquer un abattement au montant de l'indemnité allouée ;

- l'indemnité que le SIARCE demande en réparation de son préjudice matériel présente un caractère sérieusement contestable, l'arrêt de l'évacuation des boues par épandage n'étant pas entraîné par les désordres ; le SIARCE n'a informé les défendeurs de la survenance des désordres qu'à partir du 1er octobre 2016 et les pertes d'exploitation consécutives à cette période lui sont imputables ;

- il n'appartient pas au juge des référés de statuer sur les responsabilités respectives des constructeurs et il y a lieu de prononcer une condamnation solidaire.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 novembre 2023 et le 5 janvier 2024, la société SAFEGE, représentée par Me El Fadl, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à la condamnation des société A Construction et Urbaine de Travaux à la garantir des condamnations prononcées à son encontre et au rejet des conclusions d'appel en garantie présentées à son encontre ;

3°) à ce que soit mise à la charge de la partie perdante le versement de la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'obligation dont le SIARCE se prévaut présente un caractère sérieusement contestable ; en effet, les désordres sont survenus en cours de chantier et la société SAFEGE, qui n'est pas conceptrice de la station d'épuration, a invité le groupement à proposer une solution de nature à remédier aux désordres ; cette solution impliquait un rechargement périodique en enrobé qui n'a jamais eu lieu ; le SIARCE avait accepté cette solution ; l'appréciation à porter sur la connaissance de ces désordres relève du juge du fond ;

- l'erreur concernant le choix de la solution afin de procéder à la levée des réserves relève de la seule responsabilité du groupement du maîtrise d'œuvre ; ce groupement était titulaire d'un marché de conception-réalisation attribué après dialogue compétitif et sa mission était très limitée ; il ne lui appartenait donc pas de vérifier les notes ni d'élaborer les solutions de nature à remédier aux désordres mais uniquement de contrôler que le groupement titulaire allait y remédier ; la solution proposée a été approuvée par le maître d'ouvrage ; il appartenait uniquement au concepteur-réalisateur d'assurer son bon fonctionnement ; son marché était un marché de conception réalisation ;

- la somme demandée par le SIARCE excède très largement celle admise par le rapport d'expertise ; la somme retenue par l'expert au titre des travaux de reprise constituait déjà la solution la plus onéreuse constituant une plus-value pour le SIARCE ; la somme demandée au titre des frais avancés pour les frais de l'expertise relève des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; elle est ainsi, en l'état, manifestement mal fondé ; la demande au titre du préjudice d'exploitation est mal fondée, l'arrêt de l'évacuation des boues par épandage ne résultant pas des désordres de sol allégués ;

- le SIARCE a contribué à la survenance de son préjudice en ne procédant pas aux recharges imposées au titre de la solution proposée par le groupement titulaire ; ses demandes provisionnelles sont sérieusement contestables ;

- à titre subsidiaire, les sociétés A Construction et Urbaine de Travaux doivent être condamnées à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2023, la société Urbaine de Travaux, représentée par Me Pauper, conclut :

1°) à la limitation du montant de la provision demandée par le SIARCE ;

2°) au rejet des demandes formées à son encontre ;

3°) à ce que soit mise à la charge du SIARCE le versement de la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à ce que le montant de la provision soit limité à la somme de 496 360,80 euros TTC ou à tout le moins à celle de 931 258,54 euros TTC ;

- en effet, le coût de la solution réparatoire est surévalué par l'expert, qui a retenu un coût unitaire de 5 812,50 HT euros alors que le prix unitaire initialement retenu était de 2 500 euros HT ; d'autres travaux ont été surévalués ; le coût des travaux à réaliser, actualisé à août 2023, est, y compris les honoraires et frais annexes, de 898 932,92 euros HT ;

- le SIARCE ne justifie pas du taux de TVA à 20% demandé, alors qu'il peut bénéficier du fonds de compensation de la TVA, le taux résiduel étant de 3,596% ;

- le SIARCE a exploité les serres pendant quinze ans et les travaux auront pour effet de lui remettre un ouvrage neuf ; il devra supporter, eu égard à la prolongation de la durée de vie de l'ouvrage, a minima 46,7% du coût des travaux, ou à tout le moins, 28% ;

- les préjudices immatériels dont le SIARCE demande la réparation ne sont pas liés aux désordres observés, mais au déchirement des bâches assurant la couverture des deux serres ayant entraîné une baisse du volume des boues évacuées ; l'épandage des boues était impossible depuis le 30 avril 2020 et jusqu'au 20 avril 2021 ;

- la provision mise à la charge de la société SAFEGE devrait représenter 25% de l'indemnité totale, celle à la charge des sociétés A et Urbaine de travaux 37,50%.

Par une ordonnance du 22 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 janvier 2024 à 12 heures.

Vu :

- l'ordonnance n° 2001320 du juge des référés du tribunal administratif de Versailles du 17 juin 2020, ayant ordonné une expertise ;

- l'ordonnance n° 2001320 par laquelle la première vice-présidente du tribunal a taxé et liquidé les frais et honoraires de l'expertise réalisée et les a mis à la charge du SIARCE ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Olivier Mauny, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le syndicat intercommunal de Marolles-Saint-Vrain, devenu le syndicat intercommunal d'aménagement de rivières et du cycle de l'eau (SIARCE) a conclu un marché public de travaux tendant à la construction d'une station d'épuration à Marolles-Saint-Vrain et d'une serre solaire incluant deux aires de séchage des boues, le 28 mars 2006. Ce marché a été attribué à un groupement d'entreprises conjointes composé de la société Atelier d'architecture Malisan A.A.M., la société France Assainissement, aux droits de laquelle vient la société Degrémont France Assainissement, de la société Sobea Environnement, aux droits de laquelle vient la société A Construction et la société Urbaine de travaux. La mission de maîtrise d'œuvre a été confiée à un groupement composé de la société SAFEGE et du cabinet Warnery par un marché du 3 avril 2006. Des désordres sont apparus sur la serre solaire à partir de 2009 et le titulaire est intervenu pour y remédier, les travaux ayant été réceptionnés le 1er octobre 2010 sans réserve. Dans le cadre de l'attribution d'une délégation de service public à la société Suez Eau le 1er octobre 2016, de nouveaux désordres sont apparus. Par une ordonnance du 17 juin 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Versailles a ordonné la réalisation d'une expertise et le rapport de l'expert a été remis le 24 décembre 2022. Par la présente requête, le SIARCE demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner solidairement les sociétés SAFEGE, Degrémont France, Degrémont France Assainissement, Atelier d'Architecture Malisan A.A.M., B et Urbaine de travaux à lui verser une indemnité provisionnelle d'un montant de 1 913 172,28 euros toutes taxes comprises (TTC).

Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie " Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.

3. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Ces constructeurs sont responsables de plein droit sur le fondement de ces principes, dès lors que les désordres en cause n'étaient ni apparents ni prévisibles à la réception de l'ouvrage.

4. Il résulte, notamment, du rapport d'expertise rendu le 24 décembre 2022 que la plateforme des serres solaires destinées au séchage des boues dans la station d'épuration de Marolles-Saint-Vrain s'est tassée et déformée, entrainant un abaissement du plancher des aires de séchage et une dégradation de l'ouvrage de retournement-scarification. Ces désordres empêchent un traitement normal de ces boues, qui ne peuvent être retournées qu'en surface et ne peuvent donc pas bénéficier d'un processus de maturation complet, entrainant notamment des nuisances olfactives pour les riverains et finalement l'impossibilité de les traiter sur place. Le SIARCE fonde son action sur la garantie décennale des constructeurs en soutenant que les désordres n'étaient pas apparents lors de la réception et qu'ils rendent l'ouvrage impropre à sa destination. Il est constant que l'affaissement et la déformation de la plateforme ont déjà été constatés en 2009 et ont alors justifié une réception de l'ouvrage avec réserves le 22 février 2010, avant qu'il ne soit remédié à ces désordres par le groupement d'entrepreneurs titulaire du marché de travaux et que l'ouvrage soit réceptionné sans réserves le 1er octobre 2010. Il ressort toutefois d'un rapport d'étude géotechnique établi à la fin de l'année 2009, produit par le syndicat, que la société Géotechnique appliquée Ile de France, qui formule des solutions de reprise de l'ouvrage après le constat de premiers désordres, estime que 40% environ des tassements se sont produits. Elle préconise une mise en observation de l'ouvrage et une reprise de la structure de la chaussée quand 90% des tassements se seront produits, dans un délai de 5 à 6 ans. Le même rapport adresse des recommandations de suivi au maître de l'ouvrage, au maître d'œuvre ou à l'entreprise. Le requérant produit également un courriel du 8 décembre 2009 dans lequel il est fait état d'un tassement prévisible de 10 centimètres au bout de 7 ans et d'un possible réglage différent des scarificateurs. En outre, le rapport d'expertise remis le 24 décembre 2022 relève que " les discussions sur la solution réparatoire décidée fin 2009 ont été menées entre l'entreprise, le maître d'œuvre et le maître d'ouvrage " et les sociétés SAFEGE et Urbaine de Travaux. La société SAFEGE fait valoir sans être contredite que la solution retenue pour reprendre les désordres apparus en 2009 a été décidée avec l'aval du SIARCE. Enfin, la nature tourbeuse et humide du sol, à l'origine des tassements et donc de la déformation des aires de séchage, est connue depuis des sondages réalisés et analysés par le CEMAGREF en 1986. Une étude du centre d'expertise du bâtiment et des travaux publics destinée au syndicat intercommunal de Marolles Saint-Vrain, datant du 30 juin 2004, relevait la présence d'un " terrain évolutif (tourbe) en surface " sur le lieu d'implantation du sécheur solaire. Au regard de l'ensemble de ces éléments, la condition tenant au caractère ni apparent ni prévisible des désordres lors de la réception de l'ouvrage, nécessaire à l'engagement de la garantie décennale des constructeurs, présente une difficulté sérieuse. Par suite, le SIARCE ne peut se prévaloir d'une obligation non sérieusement contestable au sens des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède que le SIARCE n'est pas fondé à demander la condamnation solidaire des sociétés défenderesses au versement d'une provision. Ses conclusions présentées à cette fin doivent donc être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles des sociétés Degrémont, A construction et SAFEGE tendant à être garanties d'une éventuelle condamnation.

Sur les frais d'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge solidaire des sociétés défenderesses la somme demandée par le SIARCE au titre des frais d'instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des autres parties présentées sur le même fondement.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête du syndicat intercommunal d'aménagement de rivières et du cycle de l'eau est rejetée.

Article 2 : les conclusions des sociétés Degrémont France, A construction et SAFEGE tendant à être garanties d'une éventuelle condamnation sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions des sociétés SAFEGE, Degrémont France, Atelier d'architecture Malisan A.A.M. et Urbaine de travaux présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au syndicat intercommunal d'aménagement de rivières et du cycle de l'eau et aux sociétés SAFEGE, Degrémont France, Degrémont France Assainissement, Atelier d'architecture Malisan A.A.M., A construction et Urbain de travaux.

Fait à Versailles le 18 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. Mauny

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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