lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2305236 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | BORDESSOULE DE BELLEFEUILLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Bordessoule de Bellefeuille, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande d'indemnisation des préjudices résultant de l'absence d'exécution du jugement n° 1908067 du 7 février 2020 du tribunal administratif de Versailles ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 37 000 euros en réparation des préjudices résultant de l'inaction de l'administration en méconnaissance de l'autorité de la chose jugée ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat en faveur de son avocat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'elle a présenté une réclamation indemnitaire qui a été rejetée et qu'elle a saisi le tribunal de ce rejet dans le délai de recours contentieux ;
- depuis l'intervention du jugement du 7 février 2020, le préfet s'est contenté de lui délivrer des récépissés sans réexaminer son droit au séjour, contrairement à ce qui lui était enjoint par le jugement ;
- le défaut d'exécution du jugement depuis plus de trois ans l'a maintenu artificiellement dans une situation de précarité administrative portant atteinte à sa dignité, à ses droits fondamentaux et ayant des répercussions graves sur ses perspectives familiales et personnelles alors qu'elle est mère d'un enfant français.
Par une ordonnance du 15 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 octobre 2023.
Un mémoire produit par la préfecture de l'Essonne, enregistré le 1er septembre 2024, n'a pas été communiqué.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions au cours de l'audience publique.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lellouch a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante congolaise (Brazzaville) née le 23 juillet 1985, a demandé au tribunal l'annulation de l'arrêté du 23 septembre 2019 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai d'un mois. Par un jugement n° 1908067 du 7 février 2020, le tribunal administratif de Versailles a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de l'Essonne de réexaminer la situation de Mme A au regard de son droit au séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement. Le préfet n'ayant toujours pas statué sur son droit au séjour, Mme A a saisi ce dernier, par un courrier du 20 avril 2023, d'une demande tendant à être indemnisée des préjudices résultant du défaut d'exécution du jugement du 7 février 2020. Le préfet de l'Essonne a implicitement rejeté cette demande. Mme A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 37 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison du défaut d'exécution du jugement.
Sur la responsabilité :
2. Il résulte de l'instruction qu'à la suite du jugement du 7 février 2020 lui enjoignant de réexaminer le droit au séjour de Mme A, le préfet s'est borné à délivrer à la requérante, à compter du 26 juin 2020, des récépissés de demande de titre de séjour valables quelques mois et qu'en dépit de l'expiration du délai qui lui a ainsi été imparti par le tribunal, il n'a pas, pendant plusieurs années, procédé au réexamen de la situation de la requérante au regard de son droit au séjour. Par un jugement n° 2300816 du 12 septembre 2023, le tribunal a en conséquence prononcé une astreinte de 50 euros par jour de retard à l'encontre de l'Etat s'il n'est pas justifié du réexamen par l'autorité préfectorale compétente de la demande de titre de séjour de Mme A. Il résulte enfin de l'instruction que ce n'est qu'à la suite de ce dernier jugement, que le préfet a exécuté le jugement du 23 février 2019 mentionné au point 1. En s'abstenant d'exécuter un jugement exécutoire pendant plus de trois ans, le préfet de l'Essonne a commis une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'Etat à l'égard de l'intéressée.
Sur les préjudices :
3. Si Mme A fait valoir que ce défaut d'exécution pendant plus de trois ans du jugement du tribunal du 7 février 2020 porte atteinte à sa dignité, à ses droits fondamentaux et a des répercussions graves sur ses perspectives familiales et personnelles, elle n'apporte aucun élément précis pour étayer la réalité et l'étendue des préjudices subis. Il résulte par ailleurs de l'instruction que jusqu'à l'exécution du jugement du tribunal administratif de Versailles du 7 février 2020, le préfet de l'Essonne a délivré à Mme A des récépissés de demandes de titre de séjour successivement renouvelés entre 2020 et 2023 et l'autorisant à exercer une activité professionnelle. Pour autant, la délivrance de récépissés successivement renouvelés de demandes de titres de séjour sans que le préfet ne statue sur son droit au séjour l'a nécessairement maintenue dans une situation de précarité, alors qu'elle est mère d'un enfant de nationalité française. Il sera fait une équitable appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence ainsi subis par l'intéressée en les évaluant de manière globale à la somme de 3 000 euros.
Sur les frais liés à l'instance :
4. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bordessoule de Bellefeuille, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bordessoule de Bellefeuille de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A une somme de 3 000 euros.
Article 2 :L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Me Bordessoule de Bellefeuille, avocat de Mme A, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Bordessoule de Bellefeuille et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lellouch, présidente,
M. Gibelin, premier conseiller,
Mme Corthier, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.
La présidente-rapporteure,
signé
J. Lellouch
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
F. Gibelin La greffière,
signé
A. Gateau
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026
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01/06/2026