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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2307036

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2307036

lundi 18 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2307036
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre - Juge unique
Avocat requérantSCP CJ ALAIN BOT Y. NORMAND MP CREN ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une saisine enregistrée le 25 août 2023, l'établissement public Voies navigables de France (VNF) défère au tribunal la SCI L'Anse de la Touline comme prévenue d'une contravention de grande voirie et conclut à ce que le tribunal :

1°) condamne la SCI l'Anse de la Touline au paiement d'une amende de 12 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 2132-9, L. 2132-16 et L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques ;

2°) enjoigne à la SCI l'Anse de la Touline de remettre en état les lieux en procédant au rétablissement du passage sur l'emprise de la servitude de marchepied ainsi qu'à la remise en son état primitif du domaine public fluvial à ses frais, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) ordonne, en cas d'inexécution totale ou partielle du jugement à intervenir, qu'il pourra procéder d'office à la remise en état du domaine public fluvial et au rétablissement du passage sur l'emprise de la servitude de marchepied aux frais et risques du contrevenant, au besoin avec le concours de la force publique ;

4°) mette à la charge de la SCI l'Anse de la Touline la somme de 250 euros correspondant au frais d'établissement du procès-verbal et de sa notification par lettre recommandée avec accusé de réception au titre des dépens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ainsi que la notification du jugement à intervenir par huissier de justice au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la parcelle appartenant à la SCI l'Anse de la Touline est riveraine du domaine public fluvial et, par conséquent, grevée de la servitude de marchepied prévue à l'article L. 2131-2 du code général de la propriété des personnes publiques ;

- un procès-verbal de contravention de grande voirie a permis de constater que la continuité de la servitude de marchepied n'était pas assurée sur cette parcelle à défaut d'installation d'une passerelle au droit du domaine public fluvial ou d'un système de contournement de la darse au plus proche de l'eau ;

- la SCI l'Anse de la Touline se trouve en situation d'occupant sans droit ni titre du domaine public, son occupation constituant un empêchement au sens de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques ;

- la SCI l'Anse de la Touline est ainsi auteure des infractions visées dans le procès-verbal de contravention de grande voirie.

Par un mémoire enregistré le 30 octobre 2024, la SCI l'Anse de la Touline, représentée par Me Normand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'établissement public Voies navigables de France une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la servitude de marchepied est respectée ainsi qu'il ressort du constat d'huissier qu'elle verse aux débats, établissant qu'il existe un portillon ouvert sur un chemin qui permet de contourner le plan d'eau pour arriver de l'autre côté de celui-ci.

Vu :

- le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 11 avril 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code pénal ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Degorce, première conseillère, en application de l'article L. 774-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Degorce ;

- et les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI l'Anse de la Touline est propriétaire de la parcelle cadastrée section AA n°113, située sur la commune de Morsang-sur-Orge, intégrant un plan d'eau, à usage de darse communiquant avec la Seine. Par procès-verbal dressé le 11 avril 2023 faisant suite à un précédent procès-verbal établi le 22 mai 2014, l'établissement public Voies navigables de France (VNF) a constaté qu'elle persistait à ne pas assurer la servitude de marchepied grevant sa parcelle en installant une passerelle au droit du domaine public fluvial ou tout autre système de contournement de la darse au plus proche de l'eau. L'établissement public Voies navigables de France défère la SCI l'Anse de la Touline comme prévenue d'une contravention de grande voirie.

Sur la contravention de grande voirie :

En ce qui concerne l'action publique :

S'agissant de la servitude de marchepied :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 2131-2 du code général de la propriété de personnes publiques : " Les propriétaires riverains d'un cours d'eau ou d'un lac domanial ne peuvent planter d'arbres ni se clore par haies ou autrement qu'à une distance de 3,25 mètres. Leurs propriétés sont grevées sur chaque rive de cette dernière servitude de 3,25 mètres, dite servitude de marchepied. Tout propriétaire, locataire, fermier ou titulaire d'un droit réel, riverain d'un cours d'eau ou d'un lac domanial est tenu de laisser les terrains grevés de cette servitude de marchepied à l'usage du gestionnaire de ce cours d'eau ou de ce lac, des pêcheurs et des piétons. () La continuité de la servitude de passage, dite ''servitude de marchepied'', doit être assurée tout au long du cours d'eau ou du lac domanial () ". Aux termes de l'article L. 2132-16 du même code : " En cas de manquements aux dispositions de l'article L. 2131-2, les contrevenants sont tenus de remettre les lieux en état ou, à défaut, de payer les frais de la remise en état d'office à la personne publique propriétaire. Le contrevenant est également passible de l'amende prévue à l'article L. 2132-26 ". Aux termes de l'article L. 2132-26 du même code : " Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal. Dans tous les textes qui prévoient des peines d'amendes d'un montant inférieur ou ne fixent pas le montant de ces peines, le montant maximum des amendes encourues est celui prévu par le 5° de l'article 131-13. Dans tous les textes qui ne prévoient pas d'amende, il est institué une peine d'amende dont le montant maximum est celui prévu par le 5° de l'article 131-13 ". Aux termes de de l'article 131-13 du code pénal : " Le montant de l'amende est le suivant : () 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5ème classe, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit, hors les cas où la loi prévoit que la récidive de la contravention constitue un délit ".

3. Il résulte de ces dispositions que le marchepied doit être praticable sans danger ni difficulté et que tout obstacle ou construction dans la servitude de marchepied est constitutif d'une contravention de grande voirie, que l'administration a obligation de poursuivre. Par ailleurs, il appartient au juge administratif de fixer le montant de l'amende mise à la charge du contrevenant compte tenu des circonstances de l'affaire et dans la limite des montants fixés par les textes, aucune disposition législative ou réglementaire applicable aux contraventions de grande voirie ne lui permettant cependant de décider qu'il n'y a pas lieu de prononcer cette amende.

4. Un procès-verbal de contravention de grande voirie, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, a été dressé, le 11 avril 2023, à l'encontre de la SCI l'Anse de la Touline pour maintien d'une rupture de servitude de marchepied par défaut de passerelle ou refus de contournement à l'intérieur de la darse au plus proche de l'eau. En défense, la SCI l'Anse de la Touline produit un procès-verbal d'huissier, établi le 13 septembre 2023, constatant l'existence d'un portillon ouvert sur un chemin permettant de contourner le plan d'eau pour arriver de l'autre côté de celui-ci, après la rupture de la berge. Toutefois, outre qu'il ne résulte pas de l'instruction que ce portillon, muni d'une serrure, serait ouvert au public, le procès-verbal ne permet pas d'établir que le chemin de contournement de la darse se ferait au plus proche de l'eau. Par suite, la SCI l'Anse de la Touline n'établit pas que sa propriété n'entraverait pas la servitude de marchepied au sens des dispositions de l'article L. 2131-2 du code général de la propriété des personnes publiques. Par suite, la contravention prévue et réprimée par les dispositions des articles L. 2132-16 et L. 2132-26 du même code est caractérisée et il y a lieu de condamner la SCI l'Anse de la Touline à une amende de 1 500 euros à ce titre.

S'agissant de l'occupation sans titre du domaine public fluvial :

5. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. () ". Aux termes de l'article L. 2132-9 du même code : " Les riverains, les mariniers et autres personnes sont tenus de faire enlever les pierres, terres, bois, pieux, débris de bateaux et autres empêchements qui, de leur fait ou du fait de personnes ou de choses à leur charge, se trouveraient sur le domaine public fluvial. Le contrevenant est passible d'une amende de 150 à 12 000 euros, de la confiscation de l'objet constituant l'obstacle et du remboursement des frais d'enlèvement d'office par l'autorité administrative compétente ".

6. Ainsi qu'il a été dit précédemment, un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé, le 11 avril 2023, à l'encontre de la SCI l'Anse de la Touline pour avoir occupé le domaine public fluvial, sans droit ni titre, par une coupure de berge depuis le mois de juin 2006. Ce procès-verbal, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, établit ces faits. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu du fait que cette infraction persiste depuis de très nombreuses années, il y a lieu de condamner la SCI l'Anse de la Touline à une amende de 10 500 euros.

En ce qui concerne l'action domaniale :

7. Lorsqu'il qualifie de contravention de grande voirie des faits d'occupation irrégulière d'une dépendance du domaine public, il appartient au juge administratif, saisi d'un procès-verbal accompagné ou non de conclusions de l'administration tendant à l'évacuation de cette dépendance, d'enjoindre au contrevenant de libérer sans délai le domaine public et, s'il l'estime nécessaire et au besoin d'office, de prononcer une astreinte.

8. Les faits constatés dans le procès-verbal du 11 avril 2023, en ce qui concerne l'absence de passerelle sur la coupure de berge sont, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, constitutifs d'une contravention de grande voirie. Il y a donc lieu d'enjoindre à la SCI l'Anse de la Touline, si elle ne l'a déjà fait, de faire cesser sans délai l'entrave à la servitude de marchepied en installant, à son choix et à ses frais, une passerelle au droit du domaine public fluvial ou en mettant en place toute solution de contournement de la darse au plus proche de l'eau et d'assortir cette injonction d'une astreinte de 25 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement. A défaut d'exécution volontaire à l'issue de ce délai, il sera loisible à l'établissement public Voies navigables de France de faire procéder d'office à la remise en l'état des lieux aux frais de la contrevenante, au besoin avec le concours de la force publique.

Sur les frais de l'instance :

9. D'une part, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes de l'article R. 761-1 de ce code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens ".

10. D'autre part, aux termes de l'article L. 774-2 du code de justice administrative : " Dans les dix jours qui suivent la rédaction d'un procès-verbal de contravention, le préfet fait faire au contrevenant notification de la copie du procès-verbal. Pour le domaine public défini à l'article L. 4314-1 du code des transports, [le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France] est substituée au représentant de l'Etat dans le département () ". Aux termes de l'article L. 774-6 de ce code : " Le jugement est notifié aux parties, à leur domicile réel, dans la forme administrative par les soins des autorités mentionnées à l'article L. 774-2, sans préjudice du droit de la partie de le faire signifier par acte d'huissier de justice ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au directeur général de l'établissement public Voies navigables de France, qui intervient en lieu et place du préfet pour la répression des atteintes à l'intégrité et à la conservation du domaine public qui lui est confié en application des articles L. 4314-1 et D. 4314-1 du code des transports, de procéder à la notification au contrevenant du procès-verbal de contravention ainsi que du jugement rendu en matière de contravention de grande voirie. En vertu des dispositions combinées des articles 23 et 25 de l'ordonnance n°016-728 du 2 juin 2016 relative au statut de commissaire de justice, dans tous les textes législatifs, la référence aux huissiers de justice désigne les commissaires de justice à compter du 1er juillet 2022.

11. Si les frais de procès-verbal de contravention de grande voirie n'entrent pas dans le champ des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, en ce que l'établissement de ce procès-verbal ne peut être considéré comme une mesure d'instruction, toutefois, dès lors que la SCI l'Anse de la Touline a commis une infraction d'occupation sans titre du domaine public fluvial, constitutive d'une contravention de grande voirie constatée par procès-verbal dressé le 11 avril 2023, le contrevenant doit supporter les frais de ce procès-verbal établi dans le cadre de l'action répressive. Par ailleurs, dès lors que le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France peut notifier au contrevenant le présent jugement par signification de commissaire de justice, il y a lieu de mettre à la charge de la SCI l'Anse de la Touline la somme demandée à ce titre par le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France. Ainsi, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI l'Anse de la Touline la somme de 250 euros au titre des frais exposés par l'établissement public Voies navigables de France et non compris dans les dépens.

12. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'établissement public Voies navigables de France la somme que la SCI l'Anse de la Touline demande au titre exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La SCI l'Anse de la Touline est condamnée à payer une amende de 12 000 euros.

Article 2 : La SCI l'Anse de la Touline, si elle ne l'a déjà fait, devra rétablir sans délai la servitude de marchepied au droit de sa propriété, sous peine d'une astreinte de 25 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : En cas d'inexécution par la SCI l'Anse de la Touline, passé un délai de trois mois après la notification du présent jugement, l'établissement public Voies navigables de France est autorisé à procéder d'office, aux frais de la contrevenante et au besoin avec le concours de la force publique, aux travaux de rétablissement de la servitude de marchepied litigieuse.

Article 4 : La SCI l'Anse de la Touline versera à l'établissement public Voies navigables de France une somme de 250 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera adressé à l'établissement public Voies navigables de France pour notification à la SCI l'Anse de la Touline dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Copie en sera adressée au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et au directeur général des finances publiques de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2024.

La magistrate désignée,

signé

Ch. DegorceLa greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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