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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2307114

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2307114

lundi 16 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2307114
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantLANCEL

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a annulé le refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour opposé à un ressortissant ivoirien. Le juge a estimé que l'absence d'un justificatif de domicile strictement conforme à la liste de l'annexe 10 du CESEDA ne rendait pas le dossier incomplet au sens des articles R. 431-10 et R. 431-11 du même code, dès lors que le demandeur avait produit d'autres éléments permettant d'établir sa résidence et de déterminer la préfecture compétente. Le tribunal a enjoint à l'administration d'enregistrer la demande.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 août 2023, M. A... B..., représenté par Me Lancel, qui s’est constitué en cours d’instance, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 30 juin 2023 par laquelle le préfet des Yvelines a refusé d’enregistrer sa demande de délivrance d’un titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet des Yvelines d’enregistrer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer un récépissé de cette demande, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- l’administration s’est abstenue d’user de son pouvoir d’appréciation ;
- la décision attaquée qui n’a pas été prise par le préfet lui-même est entachée d’incompétence ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 264-1 et L. 264-4 du code de l’action sociale et des familles ;
- son dossier était complet dès lors qu’il a bien produit, contrairement à l’analyse de l’administration, un justificatif de domicile ;
- le principe de non-discrimination a été méconnu par la décision attaqué.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n’a pas produit de mémoire en défense.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de M. Bertaux a été entendu au cours de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :


M. B..., ressortissant ivoirien, déclare être entré en France en 2013. Il s’est présenté, le 30 juin 2023, au guichet de la préfecture des Yvelines afin d’y faire enregistrer son dossier de demande de délivrance d’un titre de séjour, ce qui lui a été refusé en raison de son caractère incomplet, faute de justificatif de domicile. Par la présente requête, M. B... demande au tribunal l’annulation de ce refus d’enregistrement.

Aux termes de l’article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. » Aux termes de l’article R. 431-11 du même code alors en vigueur : « L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ». Cet arrêté, codifié à l’annexe 10 à ce code, prévoit, s’agissant de l’admission exceptionnelle au séjour, en sa rubrique 66, que le demandeur fournisse « un justificatif de domicile datant de moins de six mois : facture (électricité, gaz, eau, téléphone fixe, accès à internet), bail de location de moins de six mois, quittance de loyer (si locataire) ou taxe d'habitation ; en cas d'hébergement à l'hôtel : attestation de l'hôtelier et facture du dernier mois ; en cas d'hébergement chez un particulier : attestation de l'hébergeant datée et signée, copie de sa carte nationale d'identité ou de sa carte de séjour, et justificatif de son domicile si l'adresse de sa carte nationale d'identité ou de sa carte de séjour n'est plus à jour ».

Aux termes de l’article R. 431-20 du même code : « (…) le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence et, à Paris, par le préfet de police. »

Le refus d’enregistrer une demande de titre de séjour, motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l’absence de l’un des documents mentionnés à l’article R. 431-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou lorsque l’absence d’une pièce mentionnée à l’annexe 10 à ce code, auquel renvoie l’article R. 431-11, rend impossible l’instruction de la demande.

Si l’appréciation de l’impossibilité d’instruire une demande s’opère au cas par cas, en rapprochant la nature des pièces produites de la catégorie du ou des titres de séjour sollicités, la production d’un des justificatifs de domicile limitativement énumérés à l’annexe 10 est en principe toujours nécessaire à l’instruction de la demande, dès lors qu’en application des dispositions de l’article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, ce document permet de déterminer l’autorité territorialement compétente pour refuser ou délivrer le titre de séjour sollicité. La production de l’une de ces pièces suffit à justifier du domicile du demandeur et à assurer la complétude du dossier sur ce point. Ainsi, dans le cas où le justificatif de domicile produit révèle que le préfet saisi n’est pas territorialement compétent, celui-ci est tenu de transmettre la demande de titre de séjour à l’autorité compétente en application des dispositions de l’article L. 114-2 du code des relations entre le public et l’administration.

Toutefois, un étranger dépourvu de domicile stable et qui se trouverait ainsi dans l’impossibilité de produire un des documents visés par l’annexe 10 peut présenter à l’appui de sa demande une attestation d’élection de domicile établie par un centre communal ou intercommunal d’action sociale ou par un organisme agréé à cet effet, conformément aux dispositions des articles L. 264-1, L. 264-2 et L. 264-3 du code de l’action sociale et des familles. Il revient alors au préfet saisi d’une demande de titre de séjour accompagnée d’une telle attestation d’élection de domicile d’apprécier la complétude du dossier en tenant compte de la cohérence des éléments y figurant et de la justification apportée par l’intéressé. Dans l’hypothèse où cette analyse ne permet pas de considérer que le demandeur est dépourvu de domicile stable, le préfet peut valablement refuser d’enregistrer la demande pour incomplétude en raison de l’absence de production d’un justificatif de domicile.

En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que pour constater l’incomplétude de la demande de M. B..., le préfet des Yvelines s’est fondé sur la circonstance que l’attestation de domiciliation postale produite, qui a été établie le 28 février 2023 par l’unité locale de la Croix Rouge de Poissy (Yvelines), ne pouvait être regardée comme constituant un justificatif de domicile au sens de l’arrêté du 4 mai 2022 annexé au code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, conformément aux prescriptions de l’administration centrale du ministère de l’intérieur. Il n’est pas même soutenu par le préfet, qui n’a pas produit de mémoire en défense, qu’il ressortirait du dossier présenté par l’intéressé que ce dernier disposerait d’un domicile fixe dans un autre département. L’attestation de domiciliation produite indique que M. B... bénéficie de cette domiciliation à Poissy depuis le 18 juillet 2020. Par ailleurs, les pièces produites au dossier ne révèlent pas l’existence d’un domicile fixe, les relevés bancaires de M. B..., ainsi que le formulaire de demande d’autorisation de travail renseigné par son employeur indiquant une adresse à Poissy. Enfin, M. B... produit une attestation établie le 15 juin 2023 par l’organisme Caritas qui indique que l’intéressé a été accueilli, lors d’une opération de mise à l’abri, le 19 avril 2023, dans cette structure d’hébergement d’urgence. Il ressort de tous ces éléments, non discutés par le préfet, qu’il ne saurait être regardé comme établi que M. B... disposerait d’un domicile fixe en dehors du département des Yvelines. Par suite, il ne pouvait produire l’un des documents listés à l’article 10 de l’arrêté du 4 mai 2022 et donc, le préfet ne pouvait pas valablement refuser d’enregistrer le dossier de demande de délivrance d’un titre de séjour de M. B... pour ce motif. La décision de refus d’enregistrement du préfet des Yvelines du 30 juin 2023 doit, sans qu’il ne soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, être annulée.

Eu égard aux motifs qui en constituent le fondement, le présent jugement implique que le préfet des Yvelines, ou tout autre préfet qui serait devenu territorialement compétent du fait d’un éventuel changement dans la situation de l’intéressé, enregistre la demande de M. B... dans un délai d’un mois et lui délivre, dans l’attente de son examen et sous réserve que son dossier soit complet, une autorisation provisoire de séjour. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État la somme de 1 000 euros à verser à M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.





D E C I D E :





Article 1er : La décision du 30 juin 2023 par laquelle le préfet des Yvelines a refusé d’enregistrer la demande de délivrance d’un titre de séjour de M. B... est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines, ou tout autre préfet qui serait devenu territorialement compétent, sous réserve de la complétude du dossier et de l’existence d’une adresse fixe dans le département des Yvelines, d’enregistrer la demande de titre de séjour de M. B... dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour.













Article 3 : L’État versera à M. B... la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet des Yvelines.


Délibéré après l’audience du 2 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Danielian, présidente,
Mme Benoist, conseillère,
M. Bertaux, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2026.


Le rapporteur,

Signé
H. Bertaux

La présidente,

Signé

I. Danielian


La greffière,

Signé

V. Retby


La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.




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