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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2307590

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2307590

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2307590
TypeDécision
Formation8ème chambre
Avocat requérantSARL MEIER-BOURDEAU LÉCUYER & associés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 14 septembre 2023, le 20 février 2024 et le 5 mars 2024, M. D C, représenté par Me Moncalis, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal d'annuler la décision du 11 juillet 2023 par laquelle le président-directeur général du centre national de la recherche scientifique (CNRS) l'a radié des cadres d'office pour invalidité ne résultant pas de l'exercice de ses fonctions et l'a admis à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 12 août 2020, et d'annuler la décision du 12 juillet 2023 par laquelle le délégué régional du service des ressources humaines du CNRS l'a informé que la régularisation de son dossier laisse apparaître un trop-perçu de 27 636,15 euros ;

2°) d'enjoindre au président-directeur général du CNRS de le réintégrer dans ses fonctions ;

3°) à titre subsidiaire d'ordonner une expertise judiciaire avec pour mission de se faire communiquer le dossier médical et tous les autres documents médicaux concernant M. C et en prendre connaissance, examiner M. C, déterminer son état de santé physique et psychologique, évaluer son aptitude à la reprise de son activité professionnelle ;

4°) de mettre à la charge du CNRS une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de condamner le CNRS aux entiers dépens de l'instance.

Il soutient que :

En ce qui concerne les deux décisions attaquées :

- elles sont signées par un auteur incompétent ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne la décision de radiation des cadres et de de mise à la retraite d'office :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'est pas inapte à toute fonction ;

- elle méconnaît les dispositions du décret du 30 novembre 1984 dès lors qu'aucun reclassement ne lui a été proposé ;

En ce qui concerne la demande remboursement d'un trop-perçu :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur un avis du conseil médical de plus de trois ans et sur un avis conforme du service des retraites de l'Etat qui ne lui a pas été communiqué ;

- elle est illégale dès lors que le mi-traitement perçu reste acquis même en cas de décision rétroactive d'admission à la retraite.

Par des mémoires en défense enregistrés le 4 janvier 2024 et le 5 mars 2024, le CNRS conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation de la demande de remboursement d'un trop-perçu de 27 636,15 euros sont dirigées contre une décision inexistante ;

- les conclusions présentées à titre subsidiaire sont irrecevables dès lors qu'elles constituent des conclusions principales nouvelles ;

- les autres moyens de la requête de M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Perez,

- et les conclusions de Mme Chong-Thierry, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a été recruté le 1er décembre 2003 par le CNRS en qualité d'adjoint technique de la recherche. Il a été affecté au sein de l'institut de chimie des substances naturelles (ICSN), situé à Gif-sur-Yvette, comme opérateur logistique. Par une décision du 23 décembre 2014, il a été placé en congé de maladie ordinaire d'office. Par une décision du 17 février 2015, il a été placé en congé de longue maladie d'office, qui a été prolongé puis transformé en congé de longue durée. Le comité médical spécial du CNRS a considéré le 8 septembre 2020 que M. C était définitivement inapte à l'exercice de toutes fonctions à compter du 12 août 2020. Par une décision du 11 juillet 2023, dont il demande l'annulation, le président-directeur général du CNRS l'a radié des cadres et l'a admis à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 12 août 2020.

Sur les fins de non-recevoir

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 12 juillet 2023, le délégué régional du service des ressources humaines du CNRS a écrit à l'intéressé : " () De ce fait, je vous informe que vous êtes radié des cadres à la date du 12/08/2020. Vous trouverez ci-jointe la décision correspondante. Depuis cette date vous avez continué à percevoir un demi-traitement. Par conséquent, dès le mois de juillet 2023, vous ne percevrez plus de rémunération et la régularisation de votre dossier fait apparaître un trop-perçu de 27 636,15 euros. () ". Il résulte des termes de ce courrier que le délégué régional du service des ressources humaines s'est borné à délivrer à M. C une information concernant le trop-perçu que laissait apparaître son dossier, sans qu'aucune décision tendant au recouvrement de ce trop-perçu ne soit jointe à ce courrier. Par suite, le CNRS est fondé à soutenir que les conclusions à fin d'annulation de la demande de remboursement d'un trop-perçu de 27 636,15 euros sont dirigées contre une décision inexistante. Il résulte de ce qui précède que ces conclusions sont irrecevables et que la fin de non-recevoir opposée en défense sur ce point doit être accueillie.

3. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour la première fois dans son mémoire enregistré le 20 février 2024, M. C présente des conclusions subsidiaires tendant à ce que le tribunal ordonne une expertise judicaire avant-dire droit. Si le CNRS fait valoir que de telles conclusions sont entièrement nouvelles et qu'elles constituent dès lors des conclusions principales nouvelles irrecevables car tardives, il ressort toutefois des termes de ces conclusions accessoires que le requérant demande au tribunal d'ordonner une expertise notamment à fin " d'évaluer son aptitude à la reprise de son activité professionnelle ". Par suite, ces conclusions n'ont pas un objet entièrement différent des conclusions présentées à titre principal par lesquelles le requérant demande l'annulation de sa radiation des cadres d'office pour invalidité et la fin de non-recevoir présentée par le CNRS sur ce point doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 11 juillet 2023 :

4. En premier lieu, par une décision du 10 février 2022 publiée au bulletin officiel du CNRS du mois de février 2022, le président-directeur général du CNRS a donné délégation à M. B A, délégué régional afin de signer notamment les décisions relatives au recrutement et à la gestion des personnels chercheurs ainsi que celles relatives aux ingénieurs, personnels techniques et d'administration et de recherche. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait signée pat un auteur incompétent doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision du 11 juillet 2023 mentionne le code des pensions civiles et militaires, la loi n°83-634 du 13 juillet 1983, la loi n°84-16 du 11 janvier 1984, le décret n°83-1260 du 30 décembre 1983, le décret n°84-1185 du 27 décembre 1984, les avis du comité médical du 8 septembre 2020 et du service des retraites de l'Etat du 29 juin 2023, et indique que la cause de la radiation d'office conduisant à l'admission à la retraite est une invalidité ne résultant pas de l'exercice des fonctions de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée doit être écarté.

6. En troisième lieu, le juge administratif exerce un contrôle normal sur l'appréciation portée par l'autorité administrative sur l'inaptitude définitive d'un fonctionnaire.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'expertise du 17 mars 2019, ordonnée à la demande du tribunal, que le Dr F, qui a examiné M. C le 9 mars 2019 a estimé qu'il présentait des " troubles de la personnalité de type paranoïaque " en ce qu'il allait " jusqu'au bout de ses convictions " et se remettait peu en cause, mais " sans hypertrophie du moi ", ni " délire mégalomaniaque ". Il a également relevé que M. C ne présentait aucun antécédent psychiatrique, ne bénéficiait d'aucun suivi et était sociable. Il précise ainsi qu'il n'existe pas de " psychose de type paranoïaque " et " envahissant la totalité du champ psychique ", contrairement à ce qu'ont relevé les expertises antérieures qui lui ont été communiquées évoquant une paranoïa revendicatrice sur ses conditions de travail, lesquelles lui semblent cependant trop succinctes et " peu empathiques ". Ce rapport conclut que M. C est apte à reprendre son activité professionnelle avec toutefois un changement de poste dans une autre administration.

8. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier que par deux rapports établis postérieurement à celui mentionné au point précédent en avril et novembre 2019, le Dr E, qui avait examiné M. C en septembre 2017 et mars 2018, relève qu'il apparaît souriant, se dit " heureux " et n'envisage pas de reprendre son travail évoquant une " présentation sensiblement différente " par rapport à ses constatations antérieures. Ce médecin rappelle qu'à l'occasion des examens des 22 septembre 2017 et 16 mars 2018, M. C n'avait " pas la possibilité de remettre en question ses croyances " et était " persuadé d'être au centre d'un complot visant à dissimuler des faits graves mettant en danger la vie d'autrui ", ses convictions étant " inébranlables ". Il présentait alors " des idées délirantes, à thématique persécutive et environnementale, s'intégrant vraisemblablement dans un processus psychotique dissociatif chronique et, malheureusement, non pris en charge et non traité ". Enfin, par ses rapports d'avril et novembre 2019, le Dr E conclut que M. C présente un taux d'incapacité permanente partielle de 60 % qui le rend inapte à l'exercice de toutes fonctions et qu'une mise à la retraite pour invalidité doit être envisagée. M. C en se fondant sur le seul rapport d'expertise judiciaire du Dr F pour faire valoir qu'il est apte à reprendre ses fonctions, sans contester les expertises du Dr E, n'établit pas qu'en le radiant des cadres d'office pour invalidité ne résultant pas de l'exercice de ses fonctions à compter du 12 août 2020, le CNRS aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1 du décret du 30 novembre 1984 relatif au reclassement des fonctionnaires de l'État reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions : " Lorsqu'un fonctionnaire n'est plus en mesure d'exercer ses fonctions, de façon temporaire ou permanente, et si les nécessités du service ne permettent pas un aménagement des conditions de travail, l'administration, après avis du médecin du travail ou, lorsqu'il a été consulté, du conseil médical, peut affecter ce fonctionnaire dans un emploi dans lequel les conditions de service sont de nature à lui permettre d'assurer les fonctions correspondant à son grade. ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas de remplir les fonctions correspondant aux emplois de son grade, l'administration, après avis du conseil médical, propose à l'intéressé une période de préparation au reclassement en application de l'article L. 826-2 du code général de la fonction publique. "

10. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement que l'avis du comité médical spécial du CNRS du 8 septembre 2020 a estimé que M. C était inapte définitivement à l'exercice de toutes fonctions à compter du 12 août 2020. Par suite, l'intéressé ne se trouve pas dans une des situations pour lesquelles les dispositions précitées du décret du 30 novembre 1984 obligent l'employeur à proposer un reclassement. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles 1 et 2 du décret du 30 novembre 1984 doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 11 juillet 2023 par laquelle le président-directeur général du CNRS a radié M. C des cadres d'office pour invalidité ne résultant pas de l'exercice de ses fonctions et l'a admis à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 12 août 2020 doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise judiciaire. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées également.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CNRS, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme demandée par le CNRS au même titre.

Sur les dépens :

13. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Par suite, les conclusions tendant à ce que le CNRS soit condamné aux entiers dépens de l'instance ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le CNRS au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera communiqué à M, D C et au CNRS.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Mauny, président,

M. Perez, premier conseiller,

M. Bélot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024,

Le rapporteur,

signé

J-l. Perez

Le président,

signé

O. MaunyLa greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2307590

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