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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2308200

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2308200

lundi 29 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2308200
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantDS AVOCATS - PARIS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a rejeté la requête de la commune de Corbeil-Essonnes, qui demandait la condamnation de l'État à l'indemniser pour une erreur de calcul de la dotation globale de fonctionnement (DGF) en 2023. La commune contestait la méthode de calcul de sa population légale, estimant que l'utilisation des données INSEE, authentifiées par décret, était erronée. Le tribunal a jugé que la responsabilité de l'État ne pouvait être engagée, car la commune n'établissait pas l'illégalité fautive de la méthode de calcul, le recensement étant effectué sous la responsabilité de l'INSEE conformément à la loi du 27 février 2002. La solution retenue est le rejet de la demande indemnitaire, sans application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2023, la commune de Corbeil-Essonnes, représentée par Me Poisson, demande au tribunal :

1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 391 343,11 euros en réparation du préjudice financier qu’elle estime avoir subi du fait de l’erreur manifeste de calcul du montant de la dotation globale de fonctionnement au titre de l’année 2023, somme assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de la demande indemnitaire préalable et de la capitalisation de ces intérêts ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l’Etat est engagée à raison de l’illégalité de la méthode de calcul de la dotation globale de fonctionnement au titre de l’année 2023 ; cette méthode est entachée d’un défaut de base légale et a été définie par une autorité incompétente, le pouvoir réglementaire n’ayant pas épuisé sa compétence ; elle méconnaît les dispositions de l’article 156 de la loi du 27 février 2022 ; elle méconnaît les dispositions du règlement (CE) n°862/2007 du Parlement européen et du Conseil du 11 juillet 2007 relatif aux statistiques communautaires sur la migration et la protection internationale ;
- l’argument de l’absence de croissance de la population de Corbeil-Essonnes manque en fait ;
- il existe un lien de causalité direct entre l’erreur dans le calcul de la population et le préjudice financier qu’elle subit ;
- le préjudice subi peut être évalué à un montant de 391 343,11 euros pour l’année 2023, correspondant à la différence entre la somme de 7 268 342,11 euros qu’elle aurait perçue au titre de la dotation globale de fonctionnement si le nombre de 55 607 habitants, basé sur des données objectives, avait été retenu, et le montant de 6 876 999 euros qu’elle a effectivement perçu.

La requête et l’ensemble de la procédure ont été communiqués au préfet de l’Essonne, qui n’a pas produit de mémoire en défense.




Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la loi n° 51-711 du 7 juin 1951 ;
- la loi n° 2002-276 du 27 février 2002 ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le décret n°2003-485 du 5 juin 2003 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lutz,
- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

Par un arrêté ministériel du 17 avril 2023, le montant de la dotation globale de fonctionnement attribué à la commune de Corbeil-Essonnes a été fixé à 6 876 999 euros, prenant en compte la population légale de 2020 (année N-3), soit 52 613 habitants, recensée par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) et authentifiée par le décret n°2022-1702 du 29 décembre 2022. Estimant que le calcul de la dotation globale de fonctionnement était erroné, la commune de Corbeil-Essonnes a saisi le préfet de l’Essonne, le 7 juillet 2023 d’une demande indemnitaire préalable tendant à la réparation du préjudice financier subi du fait de cette erreur. Cette demande a fait l’objet d’un rejet implicite. Par la présente requête, la commune de Corbeil-Essonnes demande la condamnation de l’Etat à lui verser une somme de 391 343,11 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

Aux termes de l’article 1er de la loi du 7 juin 1951 sur l’obligation, la coordination et le secret en matière de statistiques : « I.- Le service statistique public comprend l'Institut national de la statistique et des études économiques et les services statistiques ministériels. / Les statistiques publiques regroupent l'ensemble des productions issues : / - des enquêtes statistiques dont la liste est arrêtée chaque année par un arrêté du ministre chargé de l'économie ; / - de l'exploitation, à des fins d'information générale, de données collectées par des administrations, des organismes publics ou des organismes privés chargés d'une mission de service public. / La conception, la production et la diffusion des statistiques publiques sont effectuées en toute indépendance professionnelle. / II.- Il est créé une Autorité de la statistique publique qui veille au respect du principe d'indépendance professionnelle dans la conception, la production et la diffusion de statistiques publiques ainsi que des principes d'objectivité, d'impartialité, de pertinence et de qualité des données produites (…) ». Aux termes de l’article 156 de la loi du 27 février 2002 relative à la démocratie de proximité : « I. Le recensement de la population est effectué sous la responsabilité et le contrôle de l'Etat. / II. Le recensement a pour objet : /1° Le dénombrement de la population de la France ; / 2° La description des caractéristiques démographiques et sociales de la population ; / 3° Le dénombrement et la description des caractéristiques des logements. / Les données recueillies sont régies par les dispositions de la loi n° 51-711 du 7 juin 1951 sur l'obligation, la coordination et le secret en matière de statistiques et de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés. / III. La collecte des informations est organisée et contrôlée par l'Institut national de la statistique et des études économiques. / Les enquêtes de recensement sont préparées et réalisées par les communes ou les établissements publics de coopération intercommunale, qui reçoivent à ce titre une dotation forfaitaire de l'Etat. / (…) / VI. Les dates des enquêtes de recensement peuvent être différentes selon les communes. / Pour les communes dont la population est inférieure à 10 000 habitants, les enquêtes sont exhaustives et ont lieu chaque année par roulement au cours d'une période de cinq ans. Pour les autres communes, une enquête par sondage est effectuée chaque année ; la totalité du territoire de ces communes est prise en compte au terme de la même période de cinq ans. / Chaque année, un décret établit la liste des communes concernées par les enquêtes de recensement au titre de l'année suivante. / VII. Pour établir les chiffres de la population, l'Institut national de la statistique et des études économiques utilise les informations collectées dans chaque commune au moyen d'enquêtes de recensement exhaustives ou par sondage, les données démographiques non nominatives issues des fichiers administratifs, notamment sociaux et fiscaux, que l'institut est habilité à collecter à des fins exclusivement statistiques, ainsi que les résultats de toutes autres enquêtes statistiques réalisées en application de l'article 2 de la loi n° 51-711 du 7 juin 1951 précitée. / A cette fin, les autorités gestionnaires des fichiers des organismes servant les prestations de base des régimes obligatoires d'assurance maladie transmettent à l'Institut national de la statistique et des études économiques les informations non nominatives qu'il appartient à l'institut d'agréger cinq ans après leur réception, à un niveau géographique de nature à éviter tout ‘e identification de personnes. / VIII. Un décret authentifie chaque année les chiffres des populations de métropole, des départements d'outre-mer de Saint-Barthélemy, de Saint-Martin et de Saint-Pierre-et-Miquelon, des circonscriptions administratives et des collectivités territoriales. / (…) / X. Le premier décret authentifiant les chiffres de population en application du VIII sera publié à la fin de la première période de cinq ans mentionnée au VI ». Enfin, l’article 158 de la même loi prévoit que « Un décret en Conseil d’Etat définit les modalités d’application du présent titre ». Le nouveau régime des enquêtes du recensement a été précisé par le décret du 5 juin 2003 relatif au recensement de la population.

Par ailleurs, aux termes de l’article L. 2334-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable au litige : « Une dotation globale de fonctionnement est instituée en faveur des communes et de certains de leurs groupements. Elle se compose d'une dotation forfaitaire et d'une dotation d'aménagement (…) ». Aux termes de l’article L. 2334-2 de ce code : « La population à prendre en compte pour l'application de la présente section est celle qui résulte du recensement, majorée chaque année des accroissements de population dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (…) ».

En premier lieu, il appartient à l’INSEE, dans le respect des textes régissant la statistique et le recensement, de déterminer, sous le contrôle du juge, les méthodes sur la base desquelles sont établis les résultats du recensement. Par suite, contrairement à ce que soutient la commune de Corbeil-Essonnes, d’une part, la méthode de recensement par sondage qui a été employée pour recenser sa population n’est pas dépourvue de base légale et, d’autre part, l’INSEE est compétent pour concevoir, en application de ces dispositions, les modalités de mise en œuvre de cette méthode. A cet égard, les dispositions citées au point 2 de l’article 158 de la loi du 27 février 2002 n’impliquent pas que la méthode de calcul à utiliser pour réaliser les sondages dans les grandes villes et les calculs associés permettant d’en déduire la population soient définis précisément par décret. Par ailleurs, il ne résulte pas de l’instruction que le choix par l’INSEE, pour la mise en œuvre de la méthode par sondage ainsi prévue, de se fonder, chaque année, sur un taux d’échantillonnage de 8% de l’ensemble des logements de la commune, soit au total, sur la période de cinq années prévue par les dispositions précitées, un échantillon de 40% de ces logements, serait entaché d’erreur manifeste d’appréciation.

En deuxième lieu, si le législateur a prévu que, pour établir les chiffres de la population lors des opérations de recensement, l’INSEE utilise, entre autres, les données démographiques non nominatives issues des fichiers administratifs, notamment sociaux et fiscaux, que cet institut est habilité à collecter à des fins exclusivement statistiques, il ne peut être regardé comme ayant entendu imposer par ces dispositions que l’INSEE fonde directement l’évaluation de la population sur les chiffres issus de ces fichiers. Dans ces conditions, et alors qu’il ne résulte pas de l’instruction que les données issues des fichiers sociaux n’auraient pas été utilisées par l’INSEE pour authentifier la population de la commune au titre de 2020, la commune de Corbeil-Essonnes n’est pas fondée à soutenir que la méthode utilisée par l’INSEE pour établir le chiffre de la population aurait méconnu les dispositions du VII de l’article 156 de la loi du 27 février 2002.

En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du règlement (CE) n°862/2007 du Parlement européen et du Conseil du 11 juillet 2007 relatif aux statistiques communautaires sur la migration et la protection internationale doit être écarté comme non assorti des précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé.

En quatrième lieu, si la commune fait valoir que le préfet n’a pas pris en compte la dynamique démographique révélée par la croissance du nombre d’assurés sociaux, le rythme de la construction de logements et l’augmentation des effectifs scolaires, ces données ne sont pas de nature à démontrer que le calcul de la population effectué par l’INSEE méconnaîtrait les dispositions du VII de l’article 156 de la loi du 27 février 2022, ni qu’il serait entaché d’erreur d’appréciation ou d’erreur de fait.

Il résulte de tout ce qui précède que la responsabilité de l’Etat ne saurait être engagée et que les conclusions aux fins d’indemnisation de la commune de Corbeil-Essonnes doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à ce titre à la charge de l’Etat qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de la commune de Corbeil-Essonnes est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Corbeil-Essonnes et au ministre de l’intérieur.



Délibéré après l'audience du 15 septembre, à laquelle siégeaient :

- Mme Sauvageot, présidente,
- Mme Lutz, première conseillère,
- Mme Ghiandoni, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2025.



La rapporteure,

signé

F. Lutz La présidente,

signé


J. Sauvageot

La greffière,

signé


C. Delannoy


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.





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