mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2308203 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Sultan demande au tribunal :
1°) la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'ayant cédé la totalité des parts de la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) B.T.R. qu'il détenait avant la clôture de l'exercice 2020 de cette société, il ne pouvait plus être regardé comme " maître de l'affaire " de cette société et, par suite, bénéficiaire des distributions qu'elle a pu réaliser lors de cet exercice.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2024 le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le moyen de la requête n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Kaczynski ;
- les conclusions de Mme Mathé, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) B.T.R a fait l'objet, en 2022, d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 12 juin 2019, date de sa création au 31 décembre 2020, date de clôture du premier exercice de la société. A l'issue de cette vérification de comptabilité, tirant les conséquences des résultats de cette dernière sur la situation fiscale personnelle de M. A, l'administration fiscale l'a assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2020 procédant de l'inclusion dans ses revenus des rehaussements des bénéfices de la société, regardés comme des revenus distribués imposables entre ses mains sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. M. A, par la présente requête, demande au tribunal des prononcer la décharge de ces impositions supplémentaires.
2. Aux termes du 1 de l'article 109 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / () ".
3. Le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres, doit être regardé comme le seul maître de l'affaire. Il est en conséquence présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.
4. Pour établir que M. A était seul maître de l'affaire, l'administration fiscale s'est fondée sur le fait que l'intéressé était le détenteur unique du capital de la société B.T.R depuis sa création, qu'il en était le président, sans qu'il ne résulte de l'instruction qu'il y aurait eu d'autres dirigeants que le président de la SASU et sur le fait que M. A était le seul à avoir disposé d'un pouvoir sur les trois comptes bancaires dont la société a été titulaire. M. A ne conteste pas ces constats opérés par le service vérificateur, ni le fait qu'au regard de ces constats il répond à la définition de seul maître de l'affaire au sens de la jurisprudence du Conseil d'Etat. Toutefois, il soutient qu'il ne l'était plus à la date de la clôture de l'exercice 2020, ayant cédé toutes ses actions à un tiers, M. Mirzea, et transmis ses fonctions de président à cette même personne comme en font foi l'acte de cession, le procès-verbal des décisions de l'actionnaire unique et les statuts modifiés de la société, tous ces actes étant datés du 2 novembre 2020. M. A relève en outre que l'administration ne prouve pas qu'il aurait fait usage de ses anciens pouvoirs pour procéder à des opérations bancaires postérieurement au 2 novembre 2020.
5. Il résulte néanmoins de l'instruction que le premier document produit, intitulé " procès-verbal des décisions de l'actionnaire unique ", daté du 2 novembre 2020, porte l'adoption de cinq résolutions. Il est pris acte de la cession, par l'actionnaire unique, M. A, de l'intégralité de ses actions à M. Mirzea, du transfert du siège de la société, les article 4 et 6 des statuts de la société étant modifiés en conséquence et, enfin, sous l'intitulé " douzième résolution ", " l'assemblée donne tous pouvoirs à M. Mirzea pour effectuer, une fois la cession réalisée et signifiée à la société, toutes les formalités de publicité, de dépôt et autres afférentes aux décisions ci-dessus adoptées ".
6. Le deuxième document produit, intitulé " acte de cession d'actions ", également daté du 2 novembre 2020, formalise la vente par M. A à M. Mirzea, pour une somme qualifiée de " symbolique " d'un euro, des vingt actions de la SASU B.T.R, " d'une valeur nominale de 100 chacune ". Le document précise les formalités afférentes à la cession, comportant l'information de la société par courrier simple portant communication de l'acte de cession, ainsi que le dépôt au greffe du tribunal de commerce et qui sont prévues, précise cet " acte de cession ", à l'article 12 des statuts de la société. Toutefois, l'article 12 des statuts originels de la société ne porte pas sur la cession des actions, point traité par l'article 10, qui prévoit que les mutations d'actions font l'objet d'une inscription sur " le registre des mouvements ", tenu par la société. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas soutenu que cette formalité aurait été accomplie.
7. Le troisième document produit, intitulé " acte de nomination du Président ", daté du 2 novembre 2020 a pour objet de nommer M. Mirzea président en lieu et place de M. A, démissionnaire, conformément à l'article 13 des statuts, qui se rapporte aux fonctions de directeur général, celles du président étant traitées à l'article 12, qui prévoit que le président démissionnaire doit avertir l'associé unique par lettre recommandée avec accusation de réception 30 jours avant sa démission. Une telle lettre, qui n'est pas produite au dossier n'est pas davantage mentionnée par aucune des pièces ci-dessus mentionnées et en particulier par " l'acte de nomination du Président ". Cette décision de nomination est prise par M. A en tant qu'actionnaire unique. Ce document porte une signature qui serait celle du président de la SASU, avec la mention " bon pour acceptation des fonctions de président " dont il se déduit que le " président " signataire de cette décision prise par M. A est M. Mirzea.
8. Enfin, il est produit un exemplaire des statuts de la société " mis à jour le 02/11/2020 ". Ces statuts modifiés ont été établis par M. A, soussigné. Cependant, alors que le " procès-verbal des décisions de l'actionnaire unique " prévoyait la modification des articles 4 et 6 des statuts, il apparaît que si l'article 4 prend effectivement acte du changement de l'adresse du siège de la société, l'article 6, intitulé " apports " précise toujours que M. A fait apport de 2 000 euros à la société. Il est vrai que la version de cet article du 2 novembre 2020 est formellement différente de celle des statuts originels. M. Mirzea, nouvel actionnaire unique n'apparaît qu'à l'article 7. L'on observe également que la nouvelle version comporte plusieurs modifications des statuts non autorisées par la délibération de l'actionnaire unique, qui était encore M. A. Ainsi apparaît un nouvel article 11 " clause d'agrément ", cet agrément portant sur toute cession d'actions, dont le projet doit être au préalable porté à la connaissance du président, qui convoque alors l'assemblée des associés dans un délai de 15 jours, afin que cette assemblée délibère sur le projet de cession. La décision de l'assemblée est notifiée par le présidant au cédant. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que cette procédure aurait été suivie pour la cession des actions à M. Mirzea.
9. Ainsi, les nombreuses incohérences internes des pièces produites, dont certaines sont indiquées ci-dessus, ainsi que l'incohérence chronologique de l'ensemble que forment ces pièces, correspondant censément à des actes qui seraient pris de façon concomitante, le même jour, sans qu'aucune logique juridique ne puisse se lire en l'absence d'une concaténation claire de ces supposés " actes ", ôte toute valeur probante à ces pièces.
10. Au surplus, aucun de ces actes, et en particulier la modification du capital social, n'a fait l'objet de la publicité requise avant la fin de l'année 2020, ce qui les rend, en tout état de cause, inopposables avant que ces formalités ne soient accomplies en 2021. Par suite, M. A n'établissant pas la réalité de la cession de ses actions de la SASU B.T.R, et pas davantage la résiliation de ses fonctions de président de cette société, à la date du 31 décembre 2020, c'est à bon droit que l'administration a pu le regarder comme le seul maître de l'affaire et lui attribuer le bénéfice des distributions faites par cette société à la clôture de son premier exercice.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.
Délibéré après l'audience publique du 23 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Féral, président,
- M. Kaczynski, premier conseiller,
- Mme Ghiandoni, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
D. Kaczynski
Le Président,
Signé
R. FéralLe greffier,
Signé
C. Gueldry
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
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