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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2309958

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2309958

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2309958
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPrésident Gosselin
Avocat requérantSELARL FRANCK COHEN AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 décembre 2023 et le 19 avril 2024, M. A B, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 20 juin 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a notifié plusieurs retraits de points antérieurs sur son permis de conduire, a constaté la nullité de son permis pour solde de points nul et lui a enjoint à restituer son titre de conduite aux services préfectoraux, ainsi que le rejet de son recours hiérarchique adressé le 9 août 2023 ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a retiré des points de son permis de conduire à la suite d'infractions commises le 7 février 2022, le 1er mars 2022, le 3 mars 2022, le 20 juin 2022, et le 9 août 2022 à 00h19, à 03h13 et à 03h06 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconstituer son capital de points et de lui restituer son permis de conduire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 25 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Gosselin, vice-président,en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gosselin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis les 7 février, 1er mars, 3 mars, 20 juin, et le 9 août 2022 à 00h19, à 03h13 et à 03h06, diverses infractions au code de la route ayant entraîné des retraits de points sur son permis de conduire. Par une décision référencée " 48 SI " du 20 juin 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté la nullité de son permis pour solde de points nul et l'a enjoint à restituer son titre de conduite aux services préfectoraux. M. B conteste l'ensemble de ces décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. En premier lieu, le ministre de l'intérieur et des outre-mer soutient en défense que la décision référencée " 48 SI " du 20 juin 2023 ne figure pas dans le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B, et que dès lors, cette décision doit être regardée comme ayant été retirée si bien qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette décision. Effectivement, il ressort des pièces du dossier et notamment du relevé intégral d'information édité le 20 mars 2024 que, contrairement à la version éditée par le requérant le 20 juillet 2023, la décision référencée " 48 SI ", envoyée le 20 juin 2023, à la suite de l'infraction du 20 juin 2022 à 16 h 17 ne figure plus de même que la décision retirant des points à la suite de cette infraction. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur ces deux décisions qui ont disparu.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité des décisions successives de retrait de points :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :

3. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ".

4. Il résulte de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route, des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale et de l'arrêté du 29 juin 1992 fixant les supports techniques de la communication par le ministère public au ministère de l'intérieur des informations prévues par ces articles que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

5. Il résulte par ailleurs des dispositions de l'article 530 du code de procédure pénale qu'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, lorsqu'elle est formée dans les délais et dans les formes prévues par cet article et par l'article 529-10 du même code, entraîne l'annulation du titre exécutoire. Toutefois, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à soutenir qu'il conteste être l'auteur d'une infraction mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a, par suite, entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document intitulé " bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires ", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant.

6. Si M. B indique avoir formé par une lettre dont il produit la copie, une réclamation contre les titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée relatifs aux infractions constatées les 7 février, 1er mars, 3 mars 2022 et 9 août 2022 à 00h19, à 03h13 et à 03h06 devant l'officier du ministère public près le tribunal de police, il ne produit aucun document permettant d'établir que ces réclamations ont été regardées comme recevables et ont, par suite, entraîné l'annulation des titres exécutoires. La réalité de ces infractions doit par suite être regardée comme établie.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route :

7. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues auxdits articles L. 223-3 et R. 223-3, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

8. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Avant même qu'elles ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration était revêtu des mentions qui permettaient au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende il serait procédé au retrait de points et qui portaient à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Il en va autrement si le contrevenant qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et l'attestation de paiement établie par le comptable public produite en défense par le ministre, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public.

9. Il résulte de l'attestation de paiement produite par le ministre de l'intérieur et des outre-mer émanant de la trésorerie du contrôle automatisé que M. B s'est acquitté le 14 juin 2023 des amendes forfaitaires majorées relatives aux infractions constatées le 7 février 2022, le 1er mars 2022 et le 3 mars 2022, et qu'il s'est également acquitté le 23 juin 2023 des amendes forfaitaires majorées relatives aux infractions constatées le 9 août 2022 à 00h19, à 3h06 et 3h13, sans établir que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public. Dans ces conditions, et en l'absence de production par la requérante de l'avis au vu duquel elle a acquitté cette amende et qui démontrerait son caractère inexact ou incomplet, il doit être regardé comme établi que l'administration a délivré à l'intéressée l'information due, en application des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le moyen tiré du défaut d'information doit, par suite, être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais de l'instance :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la décision 48 SI du 20 juin 2023, sur le recours hiérarchique formé le 9 août 2023 et sur la décision ôtant des points au permis de conduire de M. B suite à l'infraction du 20 juin 2022

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le.

Le magistrat désigné,

signé

C. GosselinLa greffière,

signé

I. de Dutto

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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