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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401261

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401261

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401261
TypeDécision
Formation3ème chambre
Avocat requérantSKANDER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 février 2024, M. C A, représenté par Me Skander, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2024, par lequel le préfet des Yvelines lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de procéder au réexamen de la demande d'admission au séjour de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour provisoire, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter du délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour a été prise par une autorité incompétente, ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen sérieux de la situation particulière de l'intéressé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit, le traitement devant lui être administré n'étant pas disponible en Tunisie et le préfet ayant en sa possession l'entier dossier médical du requérant ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour qui en constitue le fondement.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 mars 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

L'office français de l'immigration et de l'intégration a présenté des observations, le 23 mai 2024.

Vu :

- l'entier dossier médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Mathou a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Entré sur le territoire français le 30 juin 2022 muni d'un visa de court séjour, M. A, tunisien né en 1993, a demandé la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 23 janvier 2024 par lequel le préfet des Yvelines lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 19 décembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture des Yvelines, le préfet de ce département a donné délégation à Mme D, adjointe à la secrétaire générale de la sous-préfecture de Saint-Germain-en-Laye et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer, tous les arrêtés décisions et toutes mesures concernant le séjour et l'éloignement des étrangers en situation irrégulière. Il n'est pas établi que le préfet des Yvelines, le sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye et la secrétaire général de la sous-préfecture, n'étaient pas absents ou empêchés à la date de signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente manque en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, dont le requérant doit être regardé comme ayant entendu se prévaloir : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. L'arrêté attaqué vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le code des relations entre le public et l'administration. Il cite les termes de l'avis du collège des médecins de l'OFII en date du 14 octobre 2022, pour estimer que M. A ne remplit pas les conditions prévues par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise également que l'intéressé est célibataire et non dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté, lequel n'a pas à rappeler tous les éléments de fait se rattachant à la situation du requérant, doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. A doit également être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention ''vie privée et familiale'' d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ".

6. Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 visé ci-dessus : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. () ".

7. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et, si cette condition est remplie, d'apprécier l'accès effectif aux soins et à un traitement approprié dans son pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins du service médical de l'office français d'immigration et d'intégration (OFII) qui lui est favorable, doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un accès effectif au traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la gravité de l'état de santé d'un étranger ou le caractère effectif de son accès aux soins justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. Il ressort de la lecture de l'avis émis le 14 octobre 2022, dont le préfet s'est approprié les termes, que le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, que le défaut de prise en charge médicale pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, et voyager sans risque vers celui-ci. M. A a indiqué dans ses écritures vouloir lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent afin de contester cet avis. En conséquence, le présent tribunal a sollicité auprès de l'OFII, en sa qualité d'observateur au litige, l'entier dossier médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de cet office, qui a été communiqué aux parties le 10 mai 2024. Il ressort des pièces du dossier que le requérant souffre d'une maladie grave évolutive ayant nécessité son départ en urgence pour la France afin d'y bénéficier d'un traitement par radiothérapie stéréotaxique au Cyberknife, traitement reçu en août 2022. Il ressort du certificat médical confidentiel adressé au médecin de l'OFII, en date du 30 septembre 2022, qu'une surveillance rapprochée est nécessaire par IRM cérébrale tous les deux-trois mois, le risque de rechute étant important. Le rapport médical établi par le Dr B pour l'OFII, préconisait quant à lui un suivi radiologique et clinique tous les quatre-six mois dans les deux prochaines années, puis tous les six mois dans les trois années à venir. Pour remettre en cause l'appréciation portée par l'OFII, le requérant, qui ne conteste pas la possibilité de bénéficier en Tunisie d'un suivi radiologique et clinique, produit un certificat médical émanant d'un oncologue médical exerçant à Gabès, en Tunisie, daté du 9 février 2024, qui mentionne que M. A souffre actuellement d'une rechute de sa maladie, nécessitant la reprise du traitement par radiothérapie stéréotaxique, et que ce traitement n'est pas disponible en Tunisie en raison du manque de machines adaptées à son état de santé. Toutefois, ce certificat, insuffisamment circonstancié , ne permet pas d'établir la réalité d'une rechute antérieure à la décision attaquée, ni de remettre en cause l'existence, dans le pays d'origine du requérant, d'un plateau technique et de médecins pouvant assurer le suivi régulier indispensable à son état de santé. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Yvelines a fait une inexacte appréciation des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni, en tout état de cause, qu'il a commis une erreur de droit en lui refusant le titre de séjour sollicité.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A, entré en France très récemment, est célibataire et n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident, selon les termes non contestés de l'arrêté, ses parents et son frère. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

11. En dernier lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'étant entachée d'aucune illégalité, M. A n'est pas fondé à invoquer son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet des Yvelines et à l'office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024 à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Mathou, première conseillère,

- Mme Milon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Mathou

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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