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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403405

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403405

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403405
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles, saisi par le préfet des Yvelines d'une demande de levée de l'astreinte prononcée le 16 juillet 2021 pour l'exécution de l'obligation de loger M. A B, a rejeté cette demande. Le préfet soutenait que M. B faisait obstacle à l'exécution en ayant indiqué, dans sa demande de logement actualisée, souhaiter être relogé à Paris, ce qui ne relève pas de sa compétence territoriale. Le tribunal a considéré que ce seul souhait, exprimé dans le cadre d'une actualisation de dossier, ne constitue pas un comportement de l'intéressé faisant obstacle à l'exécution de la décision de la commission de médiation. Par conséquent, l'astreinte de 30 euros par jour de retard, prononcée sur le fondement des articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, est maintenue.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 avril 2024, le préfet des Yvelines demande au tribunal de mettre fin, à compter du 13 février 2023, à l'astreinte prononcée à l'encontre de l'Etat pour l'exécution de l'obligation de présenter une offre effective de logement à M. A B.

Il soutient que M. B a renseigné dans sa demande de logement social du 13 février 2023 qu'il souhaitait être relogé à Paris, dans le onzième ou douzième arrondissement, et que cette localisation ne relève pas de sa compétence territoriale.

Cette requête a été communiquée à M. A B, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'ordonnance n° 2103416 du 16 juillet 2021 du tribunal administratif de Versailles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Olivier Mauny, vice-président, en application de l'article R. 778-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa décision du 25 septembre 2020, la commission de médiation du département des Yvelines a reconnu M. A B comme prioritaire et devant être logé d'urgence dans un logement répondant à ses besoins et à ses capacités. Saisi sur le fondement des dispositions précitées, le tribunal, par une ordonnance du 16 juillet 2021, a prononcé à l'encontre de l'Etat une astreinte de 30 euros par jour de retard à compter du 16 septembre 2021 à verser au Fonds national d'accompagnement vers et dans le logement en cas de non-exécution de l'injonction de présenter une offre effective de logement à M. A B.

2. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " I.-Dans chaque département, une ou plusieurs commissions de médiation sont créées auprès du représentant de l'Etat dans le département. Chaque commission est présidée par une personnalité qualifiée désignée par le représentant de l'Etat dans le département. () II. () La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, au représentant de l'Etat dans la région la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. () Après avis des maires des communes concernées et en tenant compte des objectifs de mixité sociale définis par les orientations mentionnées à l'article L. 441-1-5 et la convention mentionnée à l'article L. 441-1-6 ou par l'accord collectif intercommunal ou départemental, le représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, le représentant de l'Etat dans la région définit le périmètre au sein duquel ces logements doivent être situés et qui, en Ile-de-France, peut porter sur des territoires situés dans d'autres départements de la région après consultation du représentant de l'Etat territorialement compétent. Le représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, le représentant de l'Etat dans la région tient compte, dans des conditions fixées par décret, de la situation des quartiers prioritaires de la politique de la ville pour la définition de ce périmètre. Il fixe le délai dans lequel le demandeur doit être logé. Le représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, le représentant de l'Etat dans la région désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande. Cette attribution s'impute sur les droits à réservation du représentant de l'Etat dans le département dans lequel le logement est situé ou, dans les conditions prévues à l'article L. 441-1, sur les droits de réservation d'une collectivité territoriale ou d'un groupement de collectivités territoriales ou sur les logements dont disposent les bailleurs ou, lorsque le demandeur est salarié ou demandeur d'emploi, sur les droits à réservation de la société mentionnée à l'article L. 313-19 dans les conditions prévues à l'article L. 313-26-2 ou sur la fraction réservée des attributions de logements appartenant à l'association foncière logement ou à l'une de ses filiales en application de l'article L. 313-35. () Le représentant de l'Etat dans le département, ou en Ile-de-France, le représentant de l'Etat dans la région peut également faire au demandeur une proposition de logement en application des articles L. 641-1 et suivants et L. 642-1 et suivants dans l'attente de l'attribution d'un logement définitif. (). ".

3. Par ailleurs, Le I de l'article L. 441-2-3-1 dispose que " le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. (). Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte. Pour les seuls jugements prononcés après le 1er janvier 2016, le jugement prononçant l'astreinte mentionne que les sommes doivent être versées jusqu'au jugement de liquidation définitive. (). ". Le préfet peut se trouver délié de l'obligation qui pèse sur lui en vertu d'une décision de la commission de médiation et d'un jugement lui enjoignant d'exécuter cette décision si, par son comportement, l'intéressé a fait obstacle à cette exécution.

4. Le préfet des Yvelines soutient que le souhait de M. B d'être relogé dans les XIème et XIIème arrondissements de Paris, exprimé dans sa demande de logement actualisée le 13 février 2023, fait obstacle à son obligation de relogement dès lors qu'il n'est pas compétent pour faire une proposition à Paris. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction qu'une proposition de logement aurait été faite à M. B, qui demeure domicilié à Trappes. En outre, eu égard au caractère interdépartemental de la gestion du logement en Ile de France, le préfet ne peut pas utilement se prévaloir d'une telle circonstance. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de maintenir l'astreinte prononcée à l'encontre du préfet des Yvelines dans l'ordonnance n°213416 et de rejeter sa requête.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête du préfet des Yvelines est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, au préfet des Yvelines et à M. A B.

Fait à Versailles, le 30 août 2024

Le magistrat désigné,

signé

O. Mauny

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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