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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2404240

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404240

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2404240
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles statue sur la demande du préfet des Yvelines visant à mettre fin à l'astreinte prononcée contre l'État pour défaut d'offre de logement à Mme B. Le juge constate que Mme B n'a pas renouvelé sa demande de logement social, entraînant sa radiation du fichier, ce qui révèle une renonciation au bénéfice de la décision de la commission de médiation. En application des articles L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation et R. 778-8 du code de justice administrative, l'astreinte est liquidée à 6 000 euros pour la période du 19 janvier 2019 au 4 mai 2022, montant modéré compte tenu des circonstances.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mai 2024, le préfet des Yvelines demande au tribunal de mettre fin, à compter du 4 mai 2022, à l'astreinte prononcée à l'encontre de l'Etat pour l'exécution de l'obligation de présenter une offre effective de logement à Mme A B.

Il soutient que l'intéressée n'a pas renouvelé sa demande de logement social et a été radiée du fichier le 4 mai 2022.

Cette requête a été communiquée à Mme A B, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'ordonnance n° 1806000 du 18 octobre 2018 du tribunal administratif de Versailles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Olivier Mauny, vice-président, en application de l'article R. 778-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le I de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation dispose que le demandeur de logement social qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire devant la juridiction administrative un recours tendant à ce qu'il soit ordonné à l'Etat d'exécuter la décision de la commission.

2. Par sa décision du 16 février 2018, la commission de médiation du département des Yvelines a reconnu Mme A B comme prioritaire et devant se voir proposer un logement répondant à ses besoins et à ses capacités. Saisi sur le fondement des dispositions précitées, le tribunal, par une ordonnance du 18 octobre 2018, a prononcé à l'encontre de l'Etat une astreinte de 10 euros par jour de retard à compter du 19 janvier 2019 à verser au Fonds national d'accompagnement vers et dans le logement en cas de non-exécution de l'injonction de présenter une offre effective de logement à Mme A B.

3. L'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation prévoit que tant que l'astreinte n'est pas liquidée définitivement par le juge, elle doit être versée au fonds deux fois par an, toute astreinte versée en application du jugement la prononçant restant acquise au fonds. En vertu de l'article R. 778-8 du code de justice administrative, le magistrat désigné à cet effet peut statuer par ordonnance sur la liquidation de l'astreinte. A cette fin, il lui appartient de prendre en compte la période d'inexécution de l'injonction par le fait de l'administration. Il peut toutefois, eu égard aux circonstances de l'espèce, modérer le montant de l'astreinte dû, ou, exceptionnellement, déclarer qu'il n'y a pas lieu de liquider l'astreinte dans les limites résultant des dispositions précitées de l'article L. 441-2-3-1.

4. Un comportement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation qui serait de nature à faire obstacle à l'exécution de cette décision peut délier l'administration de l'obligation de résultat qui pèse sur elle. La seule circonstance que, postérieurement à la décision de la commission de médiation, le bénéficiaire de cette décision soit radié du fichier des demandeurs de logement social en application des dispositions citées ci-dessus, n'a pas, par elle-même, pour effet de délier l'Etat de l'obligation qui pèse sur lui d'en assurer l'exécution. Il n'en va ainsi que si la radiation résulte de l'exécution même de la décision de la commission de médiation ou si les faits ayant motivé cette radiation révèlent, de la part de l'intéressé, une renonciation au bénéfice de cette décision ou un comportement faisant obstacle à son exécution par le préfet.

5. Le préfet soutient que Mme B a renoncé expressément à son droit au logement dans un courriel du 21 novembre 2023 répondant à un courriel d'avertissement adressé le 20 novembre 2023. Toutefois, ledit courriel du 21 novembre a été envoyé par une personne portant un autre patronyme depuis une adresse professionnelle du ministère de la justice et ses termes ne permettent pas de considérer qu'il aurait été émis par ou par le compte de Mme B, ni même que son émetteur aurait seulement compris l'objet du courriel qui lui a été adressé. Ainsi, quand bien même cette adresse mail a été renseignée, peut-être par erreur, dans la fiche de l'application Syplo de Mme B, le préfet n'est pas fondé à considérer qu'elle aurait expressément renoncé à son droit au logement. En revanche, il résulte de l'instruction que Mme B n'a pas renouvelé sa demande de logement social et a été radiée du fichier d'enregistrement le 4 mai 2022. Mme B ne pouvait ignorer la nécessité de procéder au renouvellement de sa demande de logement social dès lors que la décision de la commission de médiation du 16 février 2018 mentionnait cette obligation. En outre, un courrier en recommandé en date du 19 décembre 2023 lui accordant un délai de deux mois pour effectuer le renouvellement de sa demande lui a été adressé sans que Mme B n'y donne suite. Dans ces conditions, sa radiation doit être regardée comme révélant, de sa part, une renonciation au bénéfice de la décision du 16 février 2018. L'administration se trouvait ainsi déliée, à la date du 4 mai 2022, de l'obligation d'exécution de l'injonction prononcée par l'ordonnance du 18 octobre 2018. L'exécution de cette ordonnance étant intervenue postérieurement à la date limite qu'elle fixe, l'astreinte qu'elle prononce s'élève, pour la période allant du 19 janvier 2019 au 4 mai 2022, à 12 010 euros. Toutefois, compte tenu des circonstances de l'espèce et comme le permettent les dispositions précitées de l'article R. 778-8 du code de justice administrative, il y a lieu de modérer le montant de l'astreinte définitive à 6 000 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser au Fonds national d'accompagnement vers et dans le logement la somme de 6 000 euros au titre de la liquidation définitive de l'astreinte prononcée par l'ordonnance n° 1806000 du 18 octobre 2018, sous réserve des paiements déjà effectués.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, au préfet des Yvelines et à Mme A B.

Copie en sera transmise au ministère public près la Cour des comptes.

Fait à Versailles, le 30 août 2024.

Le magistrat désigné,

signé

O. Mauny

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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