vendredi 26 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2405533 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 10 juillet 2024, le maire de la commune de Ballancourt-sur-Essonne demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales, de déclarer M. Bertrand Dunos démissionnaire d'office de ses fonctions de conseiller municipal.
Il soutient que M. A refuse systématiquement de tenir un bureau de vote, qu'il avait refusé de le faire lors des élections régionales et départementales de juin 2021 et qu'il a de nouveau refusé pour les élections européennes et les élections législatives.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 8, 18 et 19 juillet 2024, M. Bertrand Dunos conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'il remplit très largement sa mission et ses obligations depuis plus de quinze ans ; qu'il a occupé les fonctions d'assesseur à bon nombre d'élections ; qu'il est salarié à plein temps dans une entreprise privée, qu'il n'avait pas pris d'engagement pour les deniers scrutins, notamment au regard de la période durant laquelle il devait se mobiliser pour accompagner ses enfants en province dans la fin de leur année scolaire et qu'il consacre une partie de son temps à l'accompagnement de ses parents âgés ; que le recours engagé à son encontre s'apparente davantage à une manœuvre politicienne destinée à écarter un opposant, qu'à un souci de faire fonctionner les institutions pour l'organisation d'élections ; que d'autres élus absents pendant de longues périodes n'ont pas fait l'objet d'une saisine du tribunal administratif ; que son indisponibilité n'a entravé la tenue d'aucun bureau de vote.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code électoral ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sauvageot,
- et les conclusions de Mme Degorce, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. C B, maire de la commune de Ballancourt-sur-Essonne demande au tribunal de prononcer la démission d'office de M. Bertrand Dunos, conseiller municipal, au motif que ce dernier a refusé, sans excuse valable, de remplir les fonctions d'assesseur d'un bureau de vote de la commune pour le scrutin des élections législatives les 30 juin et 7 juillet 2024.
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre d'un conseil municipal qui, sans excuse valable, a refusé de remplir une des fonctions qui lui sont dévolues par les lois, est déclaré démissionnaire par le tribunal administratif. / Le refus résulte soit d'une déclaration expresse adressée à qui de droit ou rendue publique par son auteur, soit de l'abstention persistante après avertissement de l'autorité chargée de la convocation. / Le membre ainsi démissionnaire ne peut être réélu avant le délai d'un an. ". Aux termes des dispositions de l'article R. 2121-5 du même code : " Dans les cas prévus à l'article L 2121-5, la démission d'office des membres des conseils municipaux est prononcée par le tribunal administratif. / Le maire, après refus constaté dans les conditions prévues par l'article L. 2121-5 saisit dans le délai d'un mois, à peine de déchéance, le tribunal administratif. / Faute d'avoir statué dans le délai fixé à l'alinéa précédent, le tribunal administratif est dessaisi () / Lorsque le tribunal administratif prononce la démission d'un conseiller municipal, le greffier en chef en informe l'intéressé en lui faisant connaître qu'il a un délai d'un mois pour se pourvoir devant la cour administrative d'appel () ".
3. Aux termes des dispositions de l'article R. 44 du code électoral : " Les assesseurs de chaque bureau sont désignés conformément aux dispositions ci-après : / - Chaque candidat ou chaque liste en présence a le droit de désigner un assesseur et un seul pris parmi les électeurs du département ; / - Des assesseurs supplémentaires peuvent être désignés par le maire parmi les conseillers municipaux dans l'ordre du tableau puis, le cas échéant, parmi les électeurs de la commune. / Le jour du scrutin, si, pour une cause quelconque, le nombre des assesseurs se trouve être inférieur à deux, les assesseurs manquants sont pris parmi les électeurs présents sachant lire et écrire le français, selon l'ordre de priorité suivant : l'électeur le plus âgé, puis l'électeur le plus jeune ". Il résulte de ces dispositions que la fonction d'assesseur de bureau de vote qui peut être confiée par le maire à des membres du conseil municipal compte parmi les fonctions qui leur sont dévolues par les lois au sens de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales. Ainsi, un membre du conseil municipal ne peut se soustraire à cette obligation que s'il est en mesure, sous le contrôle du juge administratif, de présenter une excuse valable.
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, par un courriel du 14 juin 2024, M. A a indiqué au maire de la commune qu'il ne serait pas disponible pour être assesseur d'un bureau de vote lors des deux tours des élections législatives des 30 juin et 7 juillet 2024, opposant, ce faisant, un refus par déclaration expresse au sens des dispositions citées au point 2 du présent jugement. M. A fait valoir, dans la présente instance, qu'il est salarié à plein temps dans une entreprise privée et qu'il n'avait pas pris d'engagement pour ces scrutins, notamment au regard de la période durant laquelle il devait se mobiliser pour accompagner ses enfants en province dans la fin de leur année scolaire et qu'il consacre une partie de son temps à l'accompagnement de ses parents âgés. Toutefois, ces allégations ne sont étayées par aucun élément et ne suffisent pas pour établir l'indisponibilité de M. A les dimanche 30 juin et 7 juillet 2024. Par ailleurs, M. A ne peut utilement faire valoir que d'autres conseillers municipaux, par le passé, avaient refusé de participer à la tenue d'un bureau de vote sans faire l'objet d'une saisine du tribunal en vue d'une démission d'office, ces circonstances ne pouvant l'autoriser à se soustraire à ses propres obligations. Enfin, si M. A soutient que le maire cherche en réalité à évincer un opposant politique, l'intéressé n'établit pas que le maire se serait livré à des manœuvres et ne l'aurait sollicité qu'en vue de provoquer un refus permettant d'engager à son encontre une procédure de démission d'office.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de déclarer M. A démissionnaire d'office de ses fonctions de conseiller municipal.
D E C I D E :
Article 1er : M. Bertrand Dunos est déclaré démissionnaire d'office du conseil municipal de Ballancourt-sur-Essonne.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié au maire de la commune de Ballancourt-sur-Essonne, à M. Bertrand Dunos et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise pour information à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 24 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sauvageot, présidente rapporteure,
Mme Lutz, première conseillère,
Mme Geismar, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.
La présidente-rapporteure,
signé
J. Sauvageot
L'assesseure la plus ancienne,
signé
F. LutzLa greffière,
signé
C. Delannoy
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir l'exécution de la présente décision.
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