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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406302

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406302

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406302
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a été saisi par le maire de Triel-sur-Seine d'une demande de démission d'office d'un conseiller municipal, M. C, pour avoir refusé, sans excuse valable, de tenir un bureau de vote lors des élections législatives du 7 juillet 2024. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que le conseiller municipal n'avait pas refusé expressément la fonction et qu'il justifiait d'un motif professionnel constituant une excuse valable au sens de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code électoral et du code général des collectivités territoriales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 juillet et 6 août 2024, le maire de la commune de Triel-sur-Seine, représenté par Me Bouvier, demande au tribunal de déclarer M. C démissionnaire d'office de ses fonctions de conseiller municipal de la commune de Triel-sur-Seine.

Il soutient que le refus sans excuse valable de M. C de participer à la tenue d'un bureau de vote motive la présente demande de démission d'office, le motif professionnel invoqué n'étant pas convaincant au vu des justificatifs produits tardivement.

Par des mémoires en défense enregistrés le 31 juillet et le 8 août 2024, M. Hassan Ahssakou conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- Il n'a jamais refusé expressément d'exercer les fonctions d'assesseur ou de président de bureau de vote ;

- Il n'a pas reçu de convocation du maire concernant les élections législatives du 7 juillet 2024 ;

- Il n'a pas reçu l'avertissement prévu par les textes en cas d'abstention persistante d'exercer les fonctions d'assesseur ou de président de bureau de vote et en tout état de cause il a présidé un bureau lors du 1er tour des élections législatives ;

- Il justifie d'un motif professionnel qui constitue une excuse valable au sens des dispositions de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales et de la jurisprudence ;

- L'absence de convocation relève d'une manœuvre politique compte tenu du traitement différencié des divers élus.

Par ordonnance du 12 août 2024, l'instruction a été close en dernier lieu le 13 août 2024 à 16 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code électoral ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grand d'Esnon,

- les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique,

Les parties ont été informées à l'audience que la mise à disposition du jugement à intervenir serait effectuée le jour même de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, maire de la commune de Triel-sur-Seine, demande au tribunal de prononcer la démission d'office de M. Hassan Ahssakou, conseiller municipal, au motif que ce dernier a refusé, sans excuse valable, la tenue d'un bureau de vote de la commune pour le scrutin des élections législatives du 7 juillet 2024.

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre d'un conseil municipal qui, sans excuse valable, a refusé de remplir une des fonctions qui lui sont dévolues par les lois, est déclaré démissionnaire par le tribunal administratif. / Le refus résulte soit d'une déclaration expresse adressée à qui de droit ou rendue publique par son auteur, soit de l'abstention persistante après avertissement de l'autorité chargée de la convocation. / Le membre ainsi démissionnaire ne peut être réélu avant le délai d'un an. ". Et aux termes des dispositions de l'article R. 2121-5 du même code : " Dans les cas prévus à l'article L 2121-5, la démission d'office des membres des conseils municipaux est prononcée par le tribunal administratif. / Le maire, après refus constaté dans les conditions prévues par l'article L. 2121-5 saisit dans le délai d'un mois, à peine de déchéance, le tribunal administratif. / Faute d'avoir statué dans le délai fixé à l'alinéa précédent, le tribunal administratif est dessaisi () / Lorsque le tribunal administratif prononce la démission d'un conseiller municipal, le greffier en chef en informe l'intéressé en lui faisant connaître qu'il a un délai d'un mois pour se pourvoir devant la cour administrative d'appel () ".

3. Par ailleurs, aux termes des dispositions de l'article R. 43 du code électoral : " Les bureaux de vote sont présidés par les maire, adjoints et conseillers municipaux dans l'ordre du tableau. A leur défaut, les présidents sont désignés par le maire parmi les électeurs de la commune. En cas d'absence, le président est remplacé par un suppléant désigné par lui parmi les conseillers municipaux ou les électeurs de la commune, ou, à défaut, par le plus âgé des assesseurs. Le suppléant exerce toutes les attributions du président. Le secrétaire est remplacé en cas d'absence par l'assesseur le plus jeune. " Et aux termes des dispositions de l'article R. 44 du même code : " Les assesseurs de chaque bureau sont désignés conformément aux dispositions ci-après : / - Chaque candidat ou chaque liste en présence a le droit de désigner un assesseur et un seul pris parmi les électeurs du département ; / - Des assesseurs supplémentaires peuvent être désignés par le maire parmi les conseillers municipaux dans l'ordre du tableau puis, le cas échéant, parmi les électeurs de la commune. / Le jour du scrutin, si, pour une cause quelconque, le nombre des assesseurs se trouve être inférieur à deux, les assesseurs manquants sont pris parmi les électeurs présents sachant lire et écrire le français, selon l'ordre de priorité suivant : l'électeur le plus âgé, puis l'électeur le plus jeune ".

4. En vertu de ces dispositions la fonction de président ou d'assesseur de bureau de vote qui peut être confiée par le maire à des membres du conseil municipal compte parmi les fonctions qui leur sont dévolues par les lois au sens de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales. Ainsi, un membre du conseil municipal ne peut se soustraire à cette obligation que s'il est en mesure, sous le contrôle du juge administratif, de présenter une excuse valable.

5. Il résulte de l'instruction que M. C a indiqué par message électronique du 6 juillet 2024 adressé au responsable du service élections de Triel-sur-Seine que, comme il l'avait précédemment indiqué par téléphone, il était en déplacement professionnel et ne pourrait participer à l'organisation du scrutin. Pour étayer ce motif professionnel d'absence, sur lequel il ne résulte pas de l'instruction que les services municipaux lui aient demandé de justification, il produit à la présente instance, un devis en date du 28 décembre 2023, sur lequel son client, directeur d'une entreprise située dans le Valais suisse, a apposé la mention " bon pour accord " et sa signature, le 6 janvier 2024. Ce devis fait état d'une mission de prestation de service cohérente avec l'objet social de l'entreprise de conseil de M. C et avec celui de l'entreprise de son client. Cette formation était prévue sur quatre jours, dont du 6 au 7 juillet 2024. Il produit également une attestation de son client, datée du 29 juillet 2024 certifiant qu'il était bien présent pour animer cette prestation à la date des 6 et 7 juillet. Il produit enfin la carte nationale d'identité de son client. Or, d'une part, les élections législatives résultent d'une dissolution et ne pouvaient être prévues et, d'autre part, M. C n'a disposé que d'un court délai pour obtenir une attestation de la part de son client, lequel en tant que chef d'entreprise est libre de suivre des formations les jours de la semaine qui lui conviennent pourvu qu'il trouve des prestataires qui acceptent de travailler les jours demandés. Compte tenu de l'ensemble de ce qui précède, les justificatifs ainsi produits sont suffisants pour que M. C soit regardé comme justifiant d'une excuse valable pour ne pas participer à l'organisation du scrutin, étant au demeurant précisé que le maire n'a pas justifié pour l'exercice de quelles missions l'intéressé avait été contacté par le service municipal chargé des élections.

6. Il résulte de tout ce qui précède que le maire de Triel-sur-Seine n'est pas fondé à demander la démission d'office de M. C. Sa requête doit donc être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par le maire de Triel-sur-Seine est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au maire de la commune de Triel-sur-Seine, à M. Hassan Ahssakou et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise pour information au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 14 août 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Grand d'Esnon présidente,

- M. Maitre, premier conseiller,

- Mme Mathé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

J. Grand d'Esnon

L'assesseur le plus ancien,

signé

B. Maitre La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir l'exécution de la présente décision.

N°2406302

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