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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406860

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406860

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406860
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationUrgences
Avocat requérantTO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 août 2024, M. B C, représenté par Me Ansquer, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de de la décision tacite du maire du Mesnil-Saint-Denis née le 19 décembre 2023 autorisant Mme A à construire une maison d'habitation, ainsi que la décision implicite rejetant le recours gracieux du 3 mai 2024 née le 4 juillet 2024 ;

2°) de mettre à la charge de la commune la somme de 4 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de 13 euros au titre des droits de plaidoirie.

Il soutient que :

-la requête est recevable car il a intérêt à agir, étant voisin immédiat ; le projet préjudicie à sa jouissance avec une perte totale d'ensoleillement ; les délais de recours ne sont pas expirés en l'absence d'affichage du permis de construire sur le terrain et le recours contentieux a été notifié conformément aux dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ainsi que le recours gracieux ;

- la condition d'urgence est remplie car les travaux ont commencé ;

- la condition du doute sérieux quant à la légalité de la décision est remplie ; le permis de construire n'a pas été présenté par le copropriétaire, l'administration ne pouvait pas ignorer sa qualité et l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme est donc méconnu ; le dossier de demande de permis de construire est incomplet car les documents graphiques et photographiques sont insuffisants, faute de figuration de l'ensemble des constructions, et méconnait l'article L. 432-10 du code de l'urbanisme ; il méconnait l'article R. 431-6 du code de l'urbanisme en l'absence de mention du garage dans le tableau des surfaces ; il méconnait l'article R. 431-1 du code de l'urbanisme en l'absence de production de l'attestation de respect des performances énergétique et environnementale ; il méconnait l'article 6 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone UR 4, les deux mètres de retrait par rapport à la voie publique n'ayant pas calculés à partir du point le plus éloigné de la construction ; il méconnait l'article 8 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone UR 4, la distance minimale entre deux constructions de 12 mètres n'étant pas respectée entre la maison et le garage au vu du plan de masse ; il méconnait l'article 12-2 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone UR 4, les aires de stationnement ne respectant pas l'obligation d'un dégagement de 5 mètres et les 3 places requises au regard de la surface de plancher à prendre en compte.

Au cours de l'audience publique tenue le 5 septembre à 14h00, en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, M. Mauny a lu son rapport, informé les parties qu'il était susceptible de fonder sa décision sur le moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la requête en l'absence de preuve de la notification du recours gracieux adressé à la commune, a invité M. C à produire la preuve de cette notification et entendu les observations de Me Montigny, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens. La commune du Mesnil Saint-Denis et Mme A n'étaient ni présentes ni représentées.

Par un mémoire enregistré le 6 septembre 2024, M. C, conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2024, Mme A, représentée par Me Tilliard, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

-la requête est tardive et donc irrecevable au regard de l'affichage du panneau depuis le 24 janvier 2024 alors que son recours gracieux n'a été formé que le 6 mai 2024 ;

-le règlement de copropriété lui donne la possibilité de solliciter une autorisation d'urbanisme ;

-le dossier de demande de permis de construire est complet.

Par un mémoire en réplique enregistré le 7 octobre 2024, M. C conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

Il fait valoir en outre que :

-les conditions d'affichage du permis de construire sur le terrain n'étaient pas régulières et que sa requête n'est pas tardive ;

-Mme A doit être regardée comme acquiesçant à son argumentation pour le surplus.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Mauny, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 7 octobre 2024 à 14h00, en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, M. Mauny a lu son rapport, et entendu les observations de Me Montigny, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre que la commune devait vérifier la capacité de construire du copropriétaire, que l'affichage était irrégulier et que les actions entreprises sont justifiées.

La commune du Mesnil Saint-Denis et Mme A n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 14h12.

Considérant ce qui suit :

1. M. C demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution du permis tacite qui a été délivré le 3 décembre 2023 par le maire de la commune du Mesnil-Saint-Denis à Mme A pour démolir une maison et construire une maison individuelle d'habitation sur une parcelle sise 13, avenue des platanes sur la même commune.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " La demande de suspension de l'exécution d'une décision non contestée dans les délais ne peut être accueillie.

3. D'autre part, l'article R.* 600-2 du code de l'urbanisme dispose que : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". Aux termes de l'article R.* 424-15 du même code : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite () est acquis () / Un arrêté du ministre chargé de l'urbanisme règle le contenu et les formes de l'affichage ". L'article A. 424-16 de ce code dispose que : " Le panneau prévu à l'article A. 424-15 indique le nom, la raison sociale ou la dénomination sociale du bénéficiaire, le nom de l'architecte auteur du projet architectural, la date de délivrance, le numéro du permis, la nature du projet et la superficie du terrain ainsi que l'adresse de la mairie où le dossier peut être consulté. / Il indique également, en fonction de la nature du projet : a) Si le projet prévoit des constructions, la surface de plancher autorisée ainsi que la hauteur de la ou des constructions, exprimée en mètres par rapport au sol naturel () ".

4. En imposant que figurent sur le panneau d'affichage du permis de construire diverses informations sur le permis, les caractéristiques de la construction projetée et le lieu de consultation du dossier, les dispositions citées au point précédent ont pour objet de permettre aux tiers d'apprécier l'importance et la consistance du projet et de les mettre à même de consulter le dossier du permis. Il s'ensuit que, si les mentions prévues par l'article A. 424-16 du code de l'urbanisme doivent, en principe, figurer sur le panneau d'affichage, une erreur ou omission entachant l'une d'entre elles ne conduit à faire obstacle au déclenchement du délai de recours que dans le cas où cette erreur est de nature à empêcher les tiers d'apprécier, à la seule lecture du panneau d'affichage, l'importance et la consistance du projet ou d'affecter leur capacité à identifier, à la seule lecture de ce panneau, le permis et l'administration à laquelle il convient de s'adresser pour consulter le dossier.

5. Il résulte de l'instruction et notamment des constats d'affichage dont il a été dressé procès-verbal par un commissaire de justice le 24 janvier, le 23 février et le 26 mars 2024, que le permis de construire tacitement délivré à Mme A a été affiché devant la parcelle sise 13 avenue des platanes du 24 janvier au 26 mars 2024, sans que le requérant ne conteste la continuité de cet affichage. Si le requérant soutient que cet affichage est intervenu à la fin de la période de deux mois suivant la délivrance du permis, une telle circonstance n'a pu avoir aucune incidence sur le droit au recours de M. C contre cette décision. De la même façon, la circonstance que le panneau ne mentionne pas l'adresse de la mairie du Mesnil-Saint-Denis n'a pas été de nature à faire obstacle au déclenchement du délai de recours dès lors que le panneau d'affichage mentionnait que le dossier de permis de construire pouvait être consulté à la mairie du Mesnil-Saint-Denis et renseignait les tiers sur l'administration à laquelle s'adresser. Enfin, si le requérant fait valoir que les informations affichées relatives à la superficie du plancher étaient erronées, mentionnant une surface de 61,08 mètres carrés au lieu des 80,33 mètres carrés portés dans le dossier de demande de permis de construire, et que cette mention a été modifiée pour être portée à 74 mètres carrés en cours d'affichage, il résulte de l'instruction, d'une part, que la superficie de 74,20 mètres carrés était mentionnée sur le panneau dès le 24 janvier 2024, au titre de l'emprise au sol, et que l'affichage mentionne notamment la hauteur au sol de la construction projetée, la surface du terrain et la surface à démolir. Au regard de ces éléments, et en dépit de la différence de superficie qu'il relève, M. C a été mis en mesure d'apprécier l'importance et la consistance de la construction en cause. Par suite, le recours gracieux formé le 6 mai 2024 par M. C à l'encontre de la décision contestée, soit postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois qui a commencé à courir le 24 janvier 2024, n'a pas eu pour effet de prolonger ce délai. Dans ces conditions, la requête tendant à l'annulation de la décision du maire née le 3 décembre 2023 est tardive et par suite, irrecevable. La requête tendant à la suspension de cet arrêté ne peut donc qu'être rejetée.

Sur les frais d'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens et des droits de plaidoirie.

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme demandée par Mme A sur le même fondement.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de Mme A présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à la commune du Mesnil Saint-Denis et à Mme D A.

Fait à Versailles, le 11 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé

O. Mauny

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406860

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