lundi 19 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2407105 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 août 2024, M. et Mme C B A, représentés par la SELAS Nausica, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 16 juillet 2024 portant rejet de leur recours administratif préalable obligatoire exercé contre la décision du 17 juin 2024 par laquelle le rectorat de l'académie de Versailles a refusé de leur délivrer l'autorisation d'instruire leur enfant D B au sein de la famille au titre de l'année scolaire 2024-2025 ;
2°) d'enjoindre au recteur de leur délivrer une autorisation d'instruire leur fille D B en famille sur le fondement du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation à titre provisoire jusqu'au prononcé de la décision au fond.
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'ils doivent inscrire leur enfant dans un établissement public ou privé d'ici la rentrée scolaire, conformément aux dispositions des articles L. 131-5 et suivants du code de l'éducation et aux termes mêmes de la décision de refus de l'autorisation en famille or la scolarisation n'est pas adaptée aux besoins physiologiques de leur enfant ; la décision attaquée est contraire à l'intérêt supérieur de leur fille ;
- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : il existe une situation propre à leur enfant qui justifie que soit accordée une autorisation d'instruction en famille ; l'administration a commis une erreur de droit et a fait une application de la notion de " situation propre " qui est contraire à l'intention du législateur, telle qu'elle ressort des travaux parlementaires et à l'interprétation donnée par le conseil constitutionnel dans sa décision n°2021-823 DC du 13 août 2021 ; la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de leur fille dont les besoins physiologiques particuliers justifient qu'elle bénéficie d'une instruction en famille qui respectera son rythme de sommeil et ses besoins affectifs ; la décision attaquée méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que leur fille est instruite en famille depuis le début de son instruction et elle souhaite le rester en raison des résultats qu'elle y obtient et de l'intérêt que ce mode d'instruction confère à ses apprentissages et dès lors que les supports qui sont utilisés pour son enseignement ne sont pas utilisés dans les écoles publiques et ne le sont que dans des écoles privées dont l'accès n'est pas à leur portée financière ; à titre subsidiaire, il n'est pas établi que la commission qui a pris la décision attaquée était composée conformément à l'article D. 131-11-1 du code de l'éducation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Ghiandoni, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B A, parents de D B, née le 13 septembre 2020, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre la décision du 16 juillet 2024 par laquelle la direction des services départementaux de l'éducation nationale des Yvelines a refusé de leur délivrer l'autorisation d'instruire leur enfant au sein de la famille au titre de l'année scolaire 2024-2025.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". En vertu des dispositions de l'article L. 522-3 de ce code, lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'engager une procédure contradictoire ou de tenir une audience.
3. D'autre part, l'article L. 131-2 du code de l'éducation, modifié par l'article 49 de la loi du 24 août 2021, soumet l'instruction en famille à un régime d'autorisation préalable à compter du 1er septembre 2022. Les conditions permettant la délivrance de cette autorisation d'instruction en famille sont précisées à l'article L. 131-5 du même code, aux termes duquel : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. () / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : () / 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour une durée qui ne peut excéder l'année scolaire. Elle peut être accordée pour une durée supérieure lorsqu'elle est justifiée par l'un des motifs prévus au 1°. Un décret en Conseil d'Etat précise les modalités de délivrance de cette autorisation. () / La décision de refus d'autorisation fait l'objet d'un recours administratif préalable auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie, dans des conditions fixées par décret. / Le président du conseil départemental et le maire de la commune de résidence de l'enfant sont informés de la délivrance de l'autorisation () ".
4. Pour la mise en œuvre des articles L. 131-2 et L. 131-5 du code de l'éducation dans leur rédaction issue de l'article 49 de la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021, dont il résulte que les enfants soumis à l'obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement ou école d'enseignement, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à ce que l'instruction d'un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d'une part dans un établissement ou école d'enseignement, d'autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l'issue de cet examen, de retenir la forme d'instruction la plus conforme à son intérêt. En ce qui concerne plus particulièrement l'article L. 131-5 du code de l'éducation prévoyant la délivrance par l'administration, à titre dérogatoire, d'une autorisation pour dispenser l'instruction dans la famille en raison de " l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif ", ces dispositions, telles qu'elles ont été interprétées par la décision n° 2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021, impliquent que l'autorité administrative, saisie d'une telle demande, contrôle que cette demande expose de manière étayée la situation propre à cet enfant motivant, dans son intérêt, le projet d'instruction dans la famille et qu'il est justifié, d'une part, que le projet éducatif comporte les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de cet enfant, d'autre part, de la capacité des personnes chargées de l'instruction de l'enfant à lui permettre d'acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire.
5. En l'état de l'instruction, la décision attaquée est fondée sur le motif tiré de l'absence d'éléments venant étayer une situation propre à l'enfant D B. Aucun des moyens tirés du vice de procédure au regard de l'article D. 131-11-1 du code de l'éducation, de l'erreur de droit, de l'erreur d'appréciation au regard des dispositions du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
6. Il résulte de ce qui précède que l'une des deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant manifestement pas remplie, la requête de M. et Mme B A doit être rejetée dans toutes ses conclusions, sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'urgence.
O R D O N N E:
Article 1er : La requête de M. et Mme B A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme C B A.
Fait à Versailles, le 19 août 2024.
La juge des référés,
signé
S. GhiandoniLa république mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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