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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2407941

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2407941

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2407941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCABINET LANDAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2024, M. A B demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités italiennes pour l'examen de sa demande d'asile.

Il soutient qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il risque un traitement inhumain de la part des autorités italiennes.

Le préfet de l'Essonne a produit des pièces enregistrées le 25 septembre 2024.

Il doit être regardé comme soutenant que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Gosselin pour se prononcer sur les litiges mentionnés aux articles L. 776-1, L. 776-2,

L. 771-1 à L. 777-3 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gosselin, magistrat désigné ;

- les observations de Me Landais représentant M. B non-présent, qui reprend essentiellement ses écritures sur la violation de la directive 604/2013 et précise, en produisant une circulaire du 5 décembre 2022 du ministre de l'intérieur italien, que l'Italie ne peut plus accueillir de personnes en procédure de transfert " Dublin ".

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, de nationalité ivoirienne né le 20 décembre 1996 à Aman (Côte d'Ivoire), est entré irrégulièrement en Italie ; il y a demandé l'asile le 15 septembre 2023. Les autorités italiennes, saisies par le préfet de l'Essonne le 31 juillet 2024 d'une demande de reprise en charge de l'intéressé ont donné leur accord implicite le 15 août 2024. Par arrêté du 13 août 2024, le préfet de l'Essonne a décidé de remettre M. B aux autorités italiennes ; ce dernier demande l'annulation de cet arrêté.

2. M. B soutient qu'il craint de subir des traitements inhumains en Italie.

3. Toutefois, l'Italie est un membre de l'Union Européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit, dès lors, être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette présomption est toutefois réfragable lorsqu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'Etat membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant. Dans cette hypothèse, il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités italiennes répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.

4. Par ailleurs, à l'audience, M. B soutient que le préfet a entaché sa décision d'une seconde erreur manifeste d'appréciation dès lors que par une circulaire du 5 décembre 2022, le ministre de l'intérieur italien a indiqué à ses interlocuteurs européens une " suspension temporaire " des transferts à destination de l'Italie, en raison de motifs techniques liés à la saturation des centres d'accueil des demandeurs d'asile dans ce pays, ce qui aurait pris effet dès décembre 2022.

5. Toutefois, M. B, qui se borne à invoquer la circulaire du 5 décembre 2022 précitée qui ne saurait, par elle-même, établir qu'il existerait en Italie des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, n'établit par aucun document, ni aucune précision, que sa propre demande d'asile serait exposée à un risque sérieux de ne pas être traitée par les autorités italiennes dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, ni qu'elle serait personnellement exposée à un risque réel et avéré de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de transfert aux autorités italiennes.

6. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'Italie ne permettrait pas d'assurer un niveau de protection suffisant aux demandeurs d'asile et d'estimer qu'existent des défaillances du système de procédure d'asile et dans l'accueil des demandeurs d'asile en Italie qui constitueraient des motifs sérieux et avérés de croire que sa demande d'asile ne serait pas traitée par les autorités italiennes dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Si le requérant indique qu'il n'a pas pu se faire correctement soigner, il ne fournit aucun élément relatif à une quelconque pathologie et ne l'a pas mentionné lors de l'entretien qu'il a eu le 25 juillet 2024. Ainsi, la décision n'est nullement entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. B.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 10 septembre 2024.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Essonne.

Lu en audience publique le 2 octobre 2024

Le magistrat désigné,

Signé

C. Gosselin Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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