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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2408121

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2408121

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2408121
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET LANDAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Landais, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre la décision du conseil départemental des Yvelines en date du 6 septembre 2024 refusant sa prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance ;

3°) d'enjoindre au département des Yvelines d'assurer son hébergement et de pourvoir à ses autres besoins fondamentaux sans délai, dès la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département des Yvelines la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est établie dès lors qu'il vit à la rue, livré à lui-même depuis qu'il a été mis fin à l'accueil provisoire d'urgence dont il avait bénéficié alors qu'il est particulièrement vulnérable en tant que majeur âgé de moins de vingt et un ans et ne dispose d'aucune ressource ni soutien financier ou matériel ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ; elle est entachée d'incompétence ; elle méconnaît la convention de New York sur les droits de l'enfant ; elle méconnaît les dispositions de l'article le 5° de l'article L 222-5 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2024, le département des Yvelines, représenté par son président en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce que les dépens soient laissés au requérant.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors qu'aucun élément probant ne démontre la situation d'urgence dans laquelle se trouverait actuellement M. A ;

- il n'y a pas de doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ; le département a saisi le procureur de la République par une fiche navette du 5 octobre 2022 ; le procureur a diligenté un examen osseux le 10 octobre 2022, qui a été diligenté en juillet 2024 de sorte que s'il a été pris en charge par le département M. A n'a jamais été confié au service de l'aide sociale à l'enfance par décision judiciaire et n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'assistance éducative ; par ailleurs M. A ne fait pas la démonstration qu'il ne bénéficierait pas depuis sa majorité de ressources ou d'un soutient familial suffisant justifiant une éventuelle prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2408118 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2022-140 du 7 février 2022 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Ouardes, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 3 octobre 2024 à 14h.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Laforge, greffière d'audience, M. Ouardes a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Landais, pour M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle précise ;

- le conseil départemental des Yvelines n'étant ni présent ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience, à 14h17.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité ivoirienne, est arrivé en France en 2022. Il a été pris en charge par le département des Yvelines à partir d'octobre 2022. Il demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre la décision du conseil départemental des Yvelines en date du 6 septembre 2024 refusant sa prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Eu égard aux effets particuliers d'une décision refusant de poursuivre la prise en charge, au titre des deux derniers alinéas de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, d'un jeune jusque-là confié à l'aide sociale à l'enfance, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsqu'il demande la suspension d'une telle décision de refus. Il peut toutefois en aller autrement dans les cas où l'administration justifie de circonstances particulières, qu'il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.

5. Il résulte de l'instruction que M. A est isolé et sans attache familiale sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier et des éléments indiqués à l'audience qui n'ont pas été utilement contestés qu'il vit à la rue, livré à lui-même depuis qu'il a été mis fin à l'accueil provisoire d'urgence dont il avait bénéficié alors qu'il est particulièrement vulnérable en tant que majeur âgé de moins de vingt et un ans et ne dispose d'aucune ressource ni soutien financier ou matériel. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstance particulière qui s'y opposerait en l'espèce, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :

6. Aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article. () ".

7. Il résulte des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficie d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.

8. Il est constant, en l'espèce, que M. A n'avait pas atteint l'âge de vingt et un an à la date de la décision attaquée et qu'il avait été pris en charge par le département des Yvelines à compter du 8 avril 2022 comme le département le reconnaît d'ailleurs dans ses écritures. En l'état de l'instruction, eu égard à l'absence de soutien familial et au caractère extrêmement limité des ressources du requérant, le moyen tiré de ce que le président du conseil du départemental des Yvelines, en refusant la prise en charge de M. A a méconnu les dispositions précitées du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et familiale, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

9. Les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le président du conseil départemental des Yvelines a refusé sa prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10 Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

11. Il y a lieu, en l'espèce d'enjoindre au département des Yvelines d'accorder provisoirement au requérante, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de la présente ordonnance, et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision litigieuse, le bénéfice de la prise en charge temporaire prévue en faveur des jeunes majeurs par les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles et, en particulier, de l'assister dans ses démarches de régularisation de sa situation administrative. Il n'y a pas lieu, toutefois, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

12. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département des Yvelines la somme de 1 000 euros à verser à Me Landais, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du président du conseil départemental des Yvelines refusant la prise en charge de M. A au titre de l'aide sociale à l'enfance est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 3 : Dans l'attente du jugement au fond sur la requête de M. A, il est enjoint au département des Yvelines d'accorder provisoirement à celui-ci, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de la présente ordonnance, le bénéfice de la prise en charge temporaire prévue en faveur des jeunes majeurs par l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Landais renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, le département des Yvelines versera à Me Landais, avocate de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Landais et au conseil départemental des Yvelines.

Fait à Versailles, le 10 octobre 2024,

Le juge des référés, La greffière,

signé signé

P. Ouardes C. Laforge

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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