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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2510780

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2510780

jeudi 19 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2510780
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL PETRA LALEVIC AVOCAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a annulé l'arrêté préfectoral du 5 septembre 2025 obligeant un ressortissant algérien à quitter le territoire français. La juridiction a estimé que le préfet des Yvelines avait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'exercer son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle, au regard des attaches familiales, de l'insertion sociale et de l'emploi stable de l'intéressé en France depuis plus de cinq ans. La décision s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 septembre 2025 M. A... B..., représenté par Me Alévi, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 5 septembre 2025 par lequel le préfet des Yvelines l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d’enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision refusant la délivrance d’un titre de séjour est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l’illégalité du refus de titre de séjour qui la fonde.



La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n’a pas produit de mémoire en défense, mais versé des pièces enregistrées le 20 octobre 2025.


La clôture de l’instruction a été fixée au 4 novembre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.



La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de Mme Geismar, première conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :
1. M. A... B..., ressortissant algérien né en 1991, est entré en France le 23 octobre 2019 selon ses déclarations, muni d’un visa de type C. Par un arrêté du 5 septembre 2025, dont il demande l’annulation, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. (…). ».


3. Les stipulations de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d’une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s’installer en France. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d’une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l’appui d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l’accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n’interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l’ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d’apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation.
4. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet des Yvelines a, dans l’exercice de son pouvoir de régularisation exceptionnelle, considéré que M. B... ne justifiait pas de motifs exceptionnels de nature à permettre sa régularisation en qualité de salarié. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B..., entré en France en octobre 2019, justifie exercer un emploi à temps plein de « merchandiser », dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée pour la même entreprise depuis le 1er décembre 2019, soit plus de cinq ans et demi à la date de l’arrêté litigieux, et d’une demande d’autorisation de travail le concernant présentée par son employeur le 2 décembre 2024. En outre, M. B... dispose d’attaches familiales sur le territoire où vivent sa sœur, en situation régulière, et ses trois neveux mineurs, de nationalité française. Il justifie enfin d’une bonne son insertion sociale par la production d’attestations élogieuses de son entourage familial, amical et professionnel. Ainsi, dans les circonstances de l’espèce, compte tenu tant de son insertion professionnelle, stable et pérenne, que de ses attaches familiales et personnelles en France, M. B... est fondé à soutenir que la décision lui refusant un titre de séjour est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, M. B... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 5 septembre 2025 du préfet des Yvelines.
6. Le sens du présent jugement implique, ainsi que le demande le requérant, qu’il soit enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sur le fondement de l’article L. 911-2 du code de justice administrative. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.






7. Il y a lieu de mettre à ma charge de l’Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. B... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté du 5 septembre 2025 du préfet des Yvelines est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à M. B... une somme de 1 000 euros (mille euros) en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet des Yvelines.


Délibéré après l’audience du 5 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Cayla, présidente,
M. Bélot, premier conseiller,
Mme Geismar, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2026


La rapporteure,

signé

M. Geismar

La présidente,

signé

F. CaylaLa greffière,

signé

A.Esteves


La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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